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Immigration

Des Africains tombent devant Melilla

Trois candidats à l'émigration sont morts lundi, lors d'un assaut mené par plus de 50 clandestins qui voulaient passer dans l'enclave espagnole de Melilla au nord du Maroc. 

		(Photo : AFP)
Trois candidats à l'émigration sont morts lundi, lors d'un assaut mené par plus de 50 clandestins qui voulaient passer dans l'enclave espagnole de Melilla au nord du Maroc.
(Photo : AFP)
Alors que la conférence de Rabat sur les migrations commence lundi prochain, le Maroc est une nouvelle fois confronté à l’arrivée de migrants africains. Un groupe d’hommes a tenté le passage vers l’Europe par l’enclave espagnole de Melilla. Trois sont morts et d’autres ont été arrêtés. L’automne dernier, des centaines de migrants avaient déjà tenté de passer par cet endroit. Il y avait eu des morts.

Trois immigrants sont morts lundi après avoir tenté d’escalader le grillage de six mètres de haut qui sépare le sol marocain de l’enclave espagnole de Melilla. Les trois hommes sont tombés en tentant l’escalade. Un groupe de 50 et 70 personnes a tenté de passer simultanément côté européen du mur. Sept personnes ont été arrêtées.

L’agence de presse marocaine MAP a donné des détails pour prouver que les candidats au passage n’ont pas été atteints par des balles qui auraient été tirées par des gardes frontières : « Lors de la tentative et en dépit des tirs de sommation d’usage des éléments de surveillance en poste, les candidats à l’émigration illégale ont continué leur escalade de la clôture grillagée entraînant des blessures graves de sept d’entre eux à cause des fils de fer barbelés », a expliqué une source d’information locale relayée par l’agence de presse marocaine.

Côté espagnol, le préfet de Melilla a évoqué la probabilité d’un décès « dû aux tirs d’une arme à feu ». José Fernandez Chacon a souligné que « la garde civile (espagnole) n’utilise pas ce type d’armes » dans cette zone, mais seulement des armes anti-émeutes. Un immigré est mort côté espagnol, les deux autres côté marocain.

C’est la première fois, depuis l’automne dernier, que des migrants s’organisent pour tenter ensemble un assaut sur Melilla afin de passer en Europe. Dans ces vagues répétées pour passer à Ceuta ou à Melilla, 14 Africains avaient trouvé la mort. Certains avaient été tués par balle par les forces de sécurité espagnoles ou marocaines. Ces événements avaient provoqué beaucoup d’émotion et avaient conduit la communauté internationale à organiser une nouvelle conférence sur l’immigration. Elle débute lundi à Rabat.

Ce nouveau drame intervient alors que la gendarmerie marocaine vient de découvrir 18 cadavres sur une plage d’El Ayoun, au Sahara occidental. Ils sont morts noyés en essayant de rejoindre les Canaries, nouvelle route vers l’Europe depuis que l’Espagne a augmenté la hauteur du grillage entourant ses enclaves au Maroc et que des renforts ont été envoyés sur place.

Sept migrants ont survécu à ce naufrage dont deux Gambiens et deux Ghanéens. Ils ont expliqué aux autorités marocaines qu’ils étaient 37 en tout sur cette embarcation, d’autres ressortissants de leur pays ainsi que des Guinéens et des Sénégalais. Deux femmes font partie des personnes décédées.

L’Italie, elle aussi, est confrontée à une nouvelle vague d’arrivants. Depuis dix jours, un millier de personnes a tenté de rejoindre l’île de Lampedusa, en Méditerranée. Cette route maritime a comme points de départ la Tunisie et la Libye.

Comme une poussée avant la conférence

Les candidats à l’immigration en Europe semblent s’être donné le mot pour attirer l’attention sur leur sort. Dans quelques jours, des représentants de plusieurs pays d’Afrique et d’Europe se réunissent (10 et 11 juillet) à Rabat pour une conférence ministérielle euro-africaine sur la migration et le développement. L’automne dernier, après les tentatives répétées de migrants de passer par Ceuta et Melilla, le Maroc avait géré dans l’urgence le retour de ces hommes dans leur pays. Rabat avait alors rejeté l’entière responsabilité de ces flux migratoires passant sur son sol.

Au cours de ce mouvement sans précédent, Camerounais, Nigérians, Libériens, Nigériens, Ghanéens, Guinéens, Bissau-Guinéens, Togolais, encore plus démunis au retour qu’à l’aller, avaient été secourus par les organisations non gouvernementales. A quelques jours de la conférence ministérielle de Rabat, ces ONG se sont elles aussi réunies dans la capitale marocaine pour dénoncer d’avance les stratégies que les gouvernements pourraient mettre en place, les estimant « sécuritaires et répressives ». Ces associations ont appelé les pays occidentaux à une « réforme des politiques migratoires sur la base du respect des droits humains ».

« Nous appelons le gouvernement marocain - dont le pays est une zone de transit pour les subsahariens – et les gouvernements européens, à garantir la libre circulation des personnes entre le Nord et le Sud », a déclaré Hicham Rachidi, l’un des organisateurs de cette réunion.

Le Maroc a l’expérience des migrations. Trois millions de ses ressortissants sont expatriés et 80% d’entre eux vivent en Europe. Ils ont souvent commencé par une vie clandestine avant d’obtenir leur régularisation.

Sur son site internet, la conférence de Rabat indique qu’elle « vise à aller au-delà des discours et à jeter les bases d’une nouvelle coopération entre l’Europe et les pays africains (et) qu’elle est basée sur une approche continentale et internationale, privilégiant l’efficacité et la concertation entre les pays d’origine, de transit et de destination des migrations ».

Trouver des solutions concrètes

L’Espagne, pays tout à fois de transit et de destination, a commencé les travaux pratiques. Après une visite au Sénégal, le secrétaire d’Etat espagnol aux Affaires étrangères s’est rendu fin juin au Mali. C’était avant cette reprise des tentatives de passage par Melilla. Mais c’était au moment où l’Espagne avait déjà comptabilisé 9 500 Africains ayant réussi à accoster dans l’archipel des Canaries. A Bamako, le responsable espagnol, Bernardino Leon, avait rencontré le Premier ministre Ousmane Issoufi Maïga. Les deux hommes ont conclu un accord : l’Espagne aidera le Mali à développer son agriculture. En contrepartie, tout nouvel immigrant malien tentant sa chance en Espagne sera rapatrié dans son pays d’origine. L’an dernier, l’Espagne a régularisé 7 000 Maliens.

Sur le plan diplomatique, le Maroc a préparé la conférence des 10 et 11 juillet par des entretiens préliminaires. Mohamed Benaïssa, chef de la diplomatie marocaine, s’est rendu à Banjul, capitale de la Gambie, pour y rencontrer les chefs d’Etat du Sénégal, de Gambie, du Gabon, du Congo et de Sierra-Leone. Ils ont discuté des questions d’immigration dans la perspective de cette conférence voulue par l’Espagne et le Maroc, et soutenue par la France et l’Union européenne. Ces pays africains sont tous concernés à double titre. Soit parce que leurs concitoyens veulent s’en aller, soit parce que des migrants de la région arrivent. Ces derniers, lorsqu’ils n’arrivent pas à passer par les routes connues, cherchent à en ouvrir d’autres, même en faisant de grands détours. Le but est toujours de rejoindre l’Europe et pourquoi pas l’Amérique.

      



par Colette  Thomas

Article publié le 04/07/2006Dernière mise à jour le 04/07/2006 à TU

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(Conception : RFI)

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