publicite publicite
Rechercher

/ languages

Choisir langue
 
Annonce Goooogle
Annonce Goooogle

Tchad

Nouvelle bataille du pétrole

Idriss Deby le 8 août 2006, lors de la cérémonie d'investiture après sa réélection en mai dernier à N'Djamena. 

		(Photo : AFP)
Idriss Deby le 8 août 2006, lors de la cérémonie d'investiture après sa réélection en mai dernier à N'Djamena.
(Photo : AFP)

Le président Idriss Deby a exigé le départ des représentants du groupe malais Petronas et de la société américaine Chevron. Les deux compagnies sont accusées de ne pas remplir leurs obligations fiscales.  Le gouvernement de N’djamena veut gérer directement les affaires pétrolières du pays, conjointement avec le géant américain Exxon qui demeure dans les bonnes grâces du Président tchadien. Trois ministres liés au dossier pétrolier ont été limogés.


Le président Idris Déby Itno a été très clair en annonçant samedi que «les représentants de Chevron et Petronas doivent quitter [dès dimanche] le Tchad et fermer leur bureaux pour non respect de leur engagements conformément aux clauses relatives au paiement des impôts sur les sociétés». Le président Deby a annoncé ces décisions dans un discours prononcé devant son gouvernement et en présence du bureau de l’Assemblée nationale et des responsables de différents partis politiques dont ceux de l’opposition. Il a aussi précisé que «le Tchad, avec Exxon, géreront le pétrole tchadien en attendant de trouver une solution avec les autres partenaires». Aux termes de la convention en vigueur, Chevron et Petronas détiennent respectivement 25% et 35% de participation dans le consortium pétrolier tchadien et ExxonMobil 40%.

Dans ce discours, le président tchadien a annoncé également que trois ministres devaient «se mettre en congé pour répondre de leurs actes devant les juridictions compétentes». Il s’agit du ministre du Pétrole Mahamat Nasser Hassan, du responsable de l’Economie Mahamat Ali Hassan et de Moucktar Moussa, ministre de l’Elevage qui avait dirigé les affaires pétrolières dans de précédents gouvernements.

Idris Deby Itno a souligné que «le Tchad doit rentrer dans la production de son pétrole pour contrôler ses richesses», étant donné que l’Etat ne reçoit que 12,5% de la valeur du brut produit à Doba, d’où il est acheminé par oléoduc vers le terminal de Kribi, au Cameroun. Le président Deby a déploré que «le Tchad n’ait reçu que des broutilles : 588 millions de dollars», tandis que le consortium a pu enregistrer un chiffre d’affaires de cinq milliards de dollars, depuis moins de trois ans.    

Moussa Doumgor

Ministre de la communication et porte-parole du gouvernement tchadien

«Les pétroliers, Chevron et Petronas, refusent de payer leurs impôts au Tchad.»

Le Tchad est actuellement le dixième producteur de pétrole du continent africain, avec 173 000 barils par jour. La décision du président Idris Deby, obligeant les représentants de Chevron et de Petronas à fermer leurs bureaux et à quitter le pays, va sûrement provoquer des réactions dans les marchés internationaux d’hydrocarbures. Dans une première réaction, samedi, le groupe Chevron qui est le deuxième pétrolier américain, après Exxon, a fait savoir que tous les impôts avaient été payés aux autorités tchadiennes.  

Les représentants de Chevron et Petronas sont priés de fermer leurs bureaux et de quitter le Tchad

«Chevron, le pétrolier californien, a indiqué qu'il respecte pleinement ses obligationts fiscales et ne viole pas ses engagements comme le gouvernement tchadien l'affirme.»

L’extraction du pétrole tchadien a commencé en 2003. Les autorités de N’djamena ont souvent critiqué les opérateurs étrangers qui ont même été accusés de brader le pétrole tchadien sur le marché.

En décembre 2005 une crise a éclaté entre le gouvernement du Tchad et la Banque mondiale sur la gestion des revenus pétroliers. La Banque a même gelé tous les paiements au gouvernement tchadien qui cherchait des revenus supplémentaires pour faire face à l’instabilité provoquée par les rebelles dans la partie est du pays. Un accord a été conclu en juillet qui va permettre au Tchad de consacrer 30% des recettes aux dépenses publiques et les 70% restants à des investissements pour le développement du pays.

Le président Deby a souligné que «le combat engagé pour le contrôle de nos ressources est un combat national qui doit mobiliser tous les Tchadiens au-delà de leurs clivages politiques». La nouvelle Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) devra entrer dans la production. Une commission mixte - composée de représentants du gouvernement, des partis politiques et de la société civile - va être créée dans le cadre des nouvelles orientations qui prévoient aussi de nouvelles négociations avec le consortium, en vue d’une réforme de la convention de 1988 qui a été qualifiée d’ «accord fou» par le président tchadien.

Les spécialistes soulignent que la décision du président Deby d’écarter deux opérateurs pétroliers intervient au moment où le Tchad reprend ses relations diplomatiques avec la Chine et rompt avec Taiwan. Or Pékin est un grand investisseur dans l’industrie pétrolière africaine et tout particulièrement au Soudan, un pays voisin, qui est le cinquième producteur du continent avec 379 000 barils par jour. Les investissements chinois seront aussi sûrement les bienvenus au Tchad.   



par Antonio  Garcia

Article publié le 27/08/2006 Dernière mise à jour le 27/08/2006 à 20:31 TU