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Mexique - Etats-Unis

Le mur de la honte

300 kilomètres de mur existent déjà en Californie. Mais les Etats-Unis ont décidé de doubler le mur, et de le doter d'une troisième barrière virtuelle équipée des dernières technologies en matière de surveillance. 

		(Photo: AFP)
300 kilomètres de mur existent déjà en Californie. Mais les Etats-Unis ont décidé de doubler le mur, et de le doter d'une troisième barrière virtuelle équipée des dernières technologies en matière de surveillance.
(Photo: AFP)
Le Sénat américain vient d’approuver la construction d’un double mur de 1 200 Km sur sa frontière avec le Mexique pour arrêter l’émigration illégale. Une mesure que le Mexique apprécie fort peu. Le ministre des Relations extérieures du Mexique, Luis Ernesto Derbez a annoncé l’envoi d’une note diplomatique à la Maison Blanche.

De notre correspondant à Mexico

Les Etats-Unis qui partagent 3 500 Km de frontière avec le Mexique ont décidé de construire un double mur de 1 125 Km de long entre la Californie et le Texas. Ce mur, constitué de barres d’acier espacées de 20 cm, comme dans les prisons, sera doté d’une troisième barrière virtuelle équipée de caméras, de senseurs terrestres, d’avions sans pilote, et des dernières technologies en matière de surveillance. Par ailleurs, 1 500 gardes supplémentaires viendront renforcer la Patrouille des frontières. Ce sera la plus grande construction de l’histoire humaine après la Muraille de Chine.

Pour le Ministre mexicain des Relations extérieures, Luis Ernesto Derbez, c’est «une décision qui va sérieusement détériorer les relations diplomatiques entre les 2 pays : une mesure qui ne va pas garantir une meilleure sécurité ni résoudre le problème migratoire.  Cette mauvaise décision prise par Washington nous préoccupe car elle va à l’encontre de l’esprit de coopération qui doit prévaloir pour garantir la sécurité de la frontière commune.»

Le mur de la honte

Dans la population mexicaine, ce mur, tout comme celui de Berlin ou de Cisjordanie, est ressenti comme celui de la honte. Le sentiment anti-américain toujours latent au Mexique se raffermit. Le Mexique est le 2e partenaire commercial des Etats-Unis. Il est membre de l’ALENA, l’accord de libre échange nord-américain. Il garantit aux Etats-Unis son approvisionnement en pétrole et en ressources minières. En retour, il ne récolte que le mépris de son puissant voisin qui pourtant ne pourrait avoir une économie compétitive sans ces matières premières et la main-d’œuvre bon marché que lui fournit le Mexique.

Ce mur va rendre encore plus difficile le passage des sans papiers qui passent chaque année la frontière sans pour autant régler le problème. Aucun mur n’arrête la faim. Les « coyotes » (les passeurs) vont doubler ou tripler les prix, ce qui va obliger les saisonniers à rester aux Etats-Unis ou lieu de faire des allers-retours comme c’est la tradition depuis plus de 100 ans. Cette main d’œuvre illégale est bien plus avantageuse pour les Etats-Unis qui refusent donc de légaliser ces migrants. Néanmoins, c’est avec une certaine satisfaction que les Mexicains constatent que cette schizophrénie migratoire qui a atteint les Etats-Unis commence à avoir des effets catastrophiques. Avec le contrôle accru des frontières, 300 km de mur existent déjà en Californie, les fermiers se plaignent du manque de travailleurs pour ramasser les fruits, ce qui se traduit par des pertes en millions de dollars.

Les illégaux mexicains ont encore un avenir

«Qui aux Etats-Unis serait disposé à travailler pour 5 dollars de l'heure pour faire un mur inutile dans un désert ?» Réponse : les Mexicains. Washington sait pertinemment que pour construire ce mur, les entreprises feront appel, comme après le passage de l’ouragan Katrina sur la Louisiane, à la main-d’œuvre bon marché mexicaine. Pour les 11 millions d’illégaux, ce mur est un «éléphant blanc», une chimère supplémentaire des Américains qui, au nom de la sécurité nationale, estiment en cette période électorale que les sans papiers sont les responsables de tous les maux des Etats-Unis.

Mais la faute n'est pas seulement américaine. Pour l’opposition de gauche et les défenseurs des sans papiers, ce mur démontre aussi l’échec de la politique extérieure de Vicente Fox. Ils considèrent que le président mexicain a préféré jouer dans la cour des grands à défendre obstinément l’ALENA, l’accord de libre-échange nord-américain sans mettre au centre des discussions le problème de l’emploi. Résultat : il passe illégalement 2 mexicains par minute aux Etats-Unis, soit 500 000 par an ! Avec une politique ultra libérale pour attirer les investissements étrangers directs, Vicente Fox n'a pas su développer un marché intérieur, pourvoyeur d’ emplois bien payés, ce qui aurait freiné la migration aux Etats-Unis et permis de négocier un accord migratoire au lieu de se voir imposer ce mur absurde.

par Patrice  Gouy

Article publié le 03/10/2006 Dernière mise à jour le 03/10/2006 à 14:26 TU