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Caricatures de Mahomet

La politique s'invite au procès

Philippe Val, le directeur de «Charlie Hebdo», à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris. 

		(Photo : AFP)
Philippe Val, le directeur de «Charlie Hebdo», à son arrivée au tribunal correctionnel de Paris.
(Photo : AFP)

Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle, a apporté son soutien à Charlie Hebdo dont le procès s’est ouvert, ce mercredi, à Paris. L’hebdomadaire satirique français est poursuivi pour avoir publié, en 2006, des caricatures du prophète Mahomet. Les uns jugent qu'il s'agit d'une «injure» à l’islam, les autres, d'un droit à la liberté d’expression. Pour manifester sa «solidarité», le quotidien Libération s’est associé avec Charlie Hebdo pour une édition spéciale et publie les caricatures si controversées. Selon les sondages, plus des trois-quarts des Français jugent «inacceptable» de se moquer publiquement des religions.


Au nom de la «liberté de sourire de tout», Nicolas Sarkozy, ministre de l’Intérieur et candidat à la présidentielle défend «l’excès de caricatures à l’absence de caricature» et se déclare défavorable «à toute forme de censure», dans une lettre de soutien à l’hebdomadaire satirique, lue à l'audience par l'avocat du directeur du journal, Philippe Val. Saluant cette intervention, le premier secrétaire du Parti socialiste, François Hollande a ironisé : «Mieux vaut tard que jamais». Le leader socialiste a aussi apporté son soutien à Charlie Hebdo, considérant que ce procès constituait «un abus de droit».

«Qu'est-ce qu'il reste au citoyen si on ne peut plus rire des terroristes ? Si on ne peut pas en rire, on est foutu!», a déclaré Philippe Val, directeur de Charlie Hebdo, devant le tribunal correctionnel, niant avoir voulu injurier les musulmans. Le directeur de la publication de Charlie Hebdo, se dit «prêt à prendre le risque de mettre à la une un même type de dessins», si l'actualité l'exigeait.

Charlie Hebdo avait publié les caricatures de Mahomet le 8 février 2006, alors que la polémique battait son plein, une semaine après leur publication dans plusieurs journaux européens, simultanément. L’Union des organisations islamiques de France (UOIF) et la Grande mosquée de Paris (GMP) avaient alors porté plainte contre l'hebdomadaire pour «injures stigmatisant un groupe de personnes en raison de leur religion». Ces organisations musulmanes considèrent qu’en publiant, à ce moment-là, un numéro spécial consacré aux caricatures ayant pour thème la religion musulmane, l’hebdomadaire satirique a commis «un acte délibéré d'agression visant à heurter» les personnes de cette religion.

Les caricatures au centre du procès

Au centre de ce procès, trois des caricatures représentant le prophète Mahomet. Deux d'entre elles faisaient partie de la série publiée dans le journal danois Jyllands-Posten en septembre 2005 qui avaient provoqué une onde de choc dans le monde musulman et de nombreuses manifestations. La plus controversée de ces caricatures représente le prophète Mahomet avec une bombe dans son turban et la profession de foi des musulmans (le Chahada) est inscrite sur la bombe. Dans l’autre, le prophète accueillant des kamikazes au paradis s’exclame : «Arrêtez, arrêtez, nous n'avons plus de vierges». La troisième caricature, mise en cause dans ce procès, du dessinateur Cabu, parue également dans l'hebdomadaire satirique, en une, représente le prophète Mahomet se prenant la tête dans les mains et déclarant : «C'est dur d'être aimé par des cons».

Ce mercredi, alors que s'ouvrait le procès, pour «manifester sa solidarité» avec Charlie Hebdo et au nom de la liberté d’expression, Libération a reproduit les dessins contestés et s’est associé à l’hebdomadaire satirique. Les deux rédactions ont donc fusionné pour une édition spéciale qui publie de nombreux dessins sur les intégristes. Pour l'occasion, la une de Charlie Hebdo montre un prêtre catholique, un rabbin et un imam clamant ensemble : «il faut voiler Charlie !». Celle de Libération montre un imam barbu s'attaquant, à la hache, à un crayon.

Libération s'en prend au président de la République

Dans un éditorial, le directeur de Libération s'en prend au président de la République. «Ce procès idiot, manifestement favorisé par Jacques Chirac, qui a un contrat d'armement à la place du cerveau, est un procès de presse», écrit-il. L'initiative de Charlie Hebdo avait suscité, à l’époque; une critique du président Chirac qui avait condamné une «provocation manifeste» susceptible, selon lui, «d'attiser dangereusement les passions».

Selon un sondage TNS Sofres à paraître jeudi dans le magazine Pélerin, plus des trois-quarts des Français (79%) jugent «inacceptable» de se moquer publiquement d'une religion. Néanmoins, si la majorité des sondés refuse l'idée de critiquer publiquement les religions, ils sont 48% à penser qu'un recours en justice est inacceptable contre 45% qui trouvent normal que les représentants des religions poursuivent devant les tribunaux ceux qui les critiquent. Le sondage montre aussi que plus on est âgé, pratiquant et politiquement à droite et moins on accepte la critique des religions.

Dans ce procès, le directeur de la publication de Charlie Hebdo, est en théorie passible de six mois de prison et de 22 500 euros d'amende, mais la jurisprudence limite en général les peines à des amendes.



par Elisa  Drago

Article publié le 07/02/2007 Dernière mise à jour le 07/02/2007 à 18:05 TU