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Sommet Afrique-France

Chirac : le passé et l’avenir

Le discours d'adieu de Chirac «l'Africain» à Cannes. 

		(Photo : AFP)
Le discours d'adieu de Chirac «l'Africain» à Cannes.
(Photo : AFP)
Jacques Chirac a prononcé lors de la séance d’ouverture du 24ème Sommet Afrique-France, à Cannes, dans le sud de l’Hexagone, ce qui sera peut-être son dernier discours de chef de l’Etat dans une rencontre de ce type. Le président français a redit son attachement au continent devant une assemblée où figurait une trentaine de ses homologues africains. Il a, bien sûr, évoqué les actions menées durant les douze dernières années -celles de ses mandats- qu’il a placées sous le signe du «partenariat». Il a aussi parlé de l’avenir : l’avenir de l’Afrique, auquel il croit, et l’avenir commun de l’Afrique et de la France, qui existe forcément puisque, selon lui, le lien qui les unit n’est pas tout à fait comme les autres.

Jacques Chirac a fait un vœu. Il a souhaité que «le Sommet de Cannes puisse montrer au monde qu’il faut compter sur l’Afrique». En concluant de cette manière son discours, le chef de l’Etat a réaffirmé sa foi et envoyé un message fort aux représentants du continent présents, mais aussi au reste de la communauté internationale. Malgré la conviction manifestée par le chef de l’Etat, il y avait comme un sentiment diffus de dernière fois dans ses mots prononcés avec une voix un peu éraillée par moment. Jacques Chirac termine son deuxième mandat de président de la République. Il est peu probable qu’il se lance à nouveau dans la bataille électorale, même s’il n’a toujours pas annoncé sa décision. En évoquant la politique menée pendant «douze ans» vis-à-vis de l’Afrique, le chef de l’Etat français a donc donné des airs de bilan à son allocution.

Mais il a pris soin de ne pas se présenter comme un homme du passé, qui referme une page. Il a affirmé avoir essayé de travailler pour «refonder (les) liens [entre la France et l’Afrique] dans une relation tournée vers l’avenir». Ces paroles sonnent comme une réponse aux attaques dont il a été souvent victime, le présentant comme l’homme d’une «Françafrique» d’un autre temps, des réseaux et du paternalisme. A entendre Jacques Chirac, on comprend qu’il rejette ces critiques sur la politique française : «J’ai tenu à ce que, tout en assumant dans la fidélité son héritage historique, elle accompagne les évolutions du continent dans un esprit nouveau». Et d’ajouter : «J’ai confiance dans son avenir car j’ai la conviction que l’Afrique nouvelle est en marche».

Chirac, l’avocat

Le chef de l’Etat a lancé des pistes pour aider l’Afrique dont il est fier. Il a ainsi évoqué l’une d’entre elles : la taxe sur les billets d’avion destinée à financer l’initiative Unitaid pour l’achat de médicaments contre la tuberculose, le paludisme et le sida, trois maladies qui ravagent le continent. Jacques Chirac a estimé qu’il ne s’agissait que «d’une expérience» et qu’il était maintenant nécessaire de l’«appliquer à d’autres objectifs». Il a d’ailleurs donné quelques exemples de domaines dans lesquels il faudrait agir : eau, forêt, éducation des filles. Le président français a aussi profité de l’occasion pour plaider une nouvelle fois la cause des Africains. Dans un élan dont il a le secret, il a dénoncé avec véhémence les subventions des pays riches à leurs producteurs de coton qui portent tellement préjudice aux agriculteurs du Sahel. Il a parlé d’une attitude «inhumaine et inacceptable».

Chirac s’est encore une fois fait l’avocat de l’Afrique. Ce qui lui a permis de rappeler qu’il avait toujours essayé de tenir ce rôle dans les arènes internationales et qu’il n’était pas mécontent de voir qu’aujourd’hui, elle est non seulement souvent «au cœur des agendas internationaux», mais aussi de plus en plus «courtisée». Une manière de présenter la montée en puissance de certains pays en Afrique, la Chine par exemple, non pas comme le signe d’une perte d’influence, mais plutôt comme le résultat d’un travail auquel Jacques Chirac estime avoir contribué.

Qui aime bien, conseille bien. Le président français a redit son attachement au continent : «J’aime l’Afrique, ses territoires, ses peuples, ses cultures». Mais il a aussi appelé les gouvernements africains à «renforcer l’Etat de droit». Lui qui a pourtant été accusé d’avoir soutenu des dirigeants peu respectueux des droits de l’homme, au Tchad (Idriss Déby Itno) ou en Centrafrique (François Bozizé), a insisté sur l’importance «du calendrier démocratique» et de «la régularité des élections» pour assurer la «stabilité des Etats». Il a aussi voulu porter la voix de la «société civile» qui «attend plus d’équité, plus de transparence, plus de liberté». Et il a demandé à ses interlocuteurs de «répondre» à ce mouvement en faveur des droits de l’homme et de la bonne gouvernance.

La Côte d’Ivoire, un échec

Il est significatif que Jacques Chirac parle, dans ce chapitre de son intervention, de la Côte d’Ivoire, un pays avec lequel les relations se sont détériorées depuis plusieurs années et dans lequel la France a perdu beaucoup d’influence. Un échec pour le président puisque ni l’envoi de la force Licorne, ni les tentatives de médiations n’ont permis de faire sortir le pays de la crise. Mais il n’est pas sûr que l’allusion de Jacques Chirac à l’époque de l’ancien président Félix Houphouët-Boigny, comme l’époque de référence pour ce pays, l’aide à se défaire de l’image passéiste qui lui colle à la peau.

Après Jacques Chirac, une page des relations franco-africaines sera tournée. Mais avec ou sans lui, il est vraisemblable qu’elles garderont un caractère particulier. Il n’empêche qu’elles devront certainement évoluer et s’adapter à un contexte international en pleine mutation dans lequel les Etats africains ont une carte à jouer.



par Valérie  Gas

Article publié le 15/02/2007 Dernière mise à jour le 15/02/2007 à 16:04 TU