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Mauritanie

Le général Abdel Aziz : «La démocratie en Mauritanie n’a pas échoué»

Article publié le 10/08/2008 Dernière mise à jour le 12/08/2008 à 08:35 TU

Le général Mohamed ould Abdel Aziz.(Photo : Manon Rivière / RFI)

Le général Mohamed ould Abdel Aziz.
(Photo : Manon Rivière / RFI)

Le général Abdel Aziz, qui a pris le pouvoir en Mauritanie mercredi, appelle le peuple mauritanien à le soutenir dans son combat contre la corruption. Dans un entretien accordé à RFI, le nouvel homme fort de Nouakchott demande à la population de s’atteler à travailler et d'aider le nouveau pouvoir à s’occuper des problèmes qui menacent le pays, comme la faim, l’ignorance et la maladie. Pour lui, la bonne gouvernance est de lutter de manière implacable contre la corruption.

RFI : Général, Bonjour.

Mohamed ould Abdel Aziz :  Bonjour.

RFI : Est-ce que cette prise du pouvoir mercredi, était préparée de longue date ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Non ce n’était pas du tout préparé. On n’était pas préparé, mais on a été en réalité poussé à cela. Vous savez, depuis quelques temps il y a eu un blocage systématique de toutes les institutions démocratiques de ce pays, dû au fait du comportement de l’ancien président de la République qui a été élu démocratiquement, mais avec le temps, il a commencé complètement à dévier. Et cette dérive, malheureusement, a donné lieu à une situation qui a bloqué totalement les institutions démocratiques dans ce pays. Et pour couronner le tout, l’ancien président s’est réveillé un beau matin et a décidé unilatéralement et de lui-même de démettre tous les chefs militaires d’un seul coup. Donc il s’est attaqué au système sécuritaire qui était la seule institution qui fonctionnait dans ce pays. Donc il a (en prenant son acte) monté les officiers les uns contre les autres. Nous pensons que, par cet acte, le président a fait un coup d’Etat contre son propre pays, contre son propre camp, contre toutes les institutions militaires et sécuritaires qui fonctionnaient à ce jour.

RFI : Est-ce qu’il était nécessaire d’arrêter le président, le Premier ministre, le ministre de l’Intérieur et d’autres personnalités politiques et quand allez-vous les  relâcher ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Leur arrestation était nécessaire pour sécuriser le pays. Parce qu’il y a un président qui a décidé unilatéralement de désigner des officiers à la place d’autres, et puis il fallait que cet acte soit annulé. Et lui il refusait d’annuler cet acte, alors que cet acte mettait le pays en danger. C’était le pays, ou lui. On a choisi le pays.

RFI : Et les autres personnes qui sont arrêtées avec lui ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Pour les autres : le Premier ministre, c’est le chef du gouvernement, et puis le ministre de l’Intérieur aussi a une responsabilité dans ce qui s’est passé.

RFI : D’autres personnalités sont aussi retenues, le directeur de l’Anair (Agence nationale pour l'accueil et l'insertion des réfugiés) ou encore le président du Conseil économique et social. Tous ces gens, quand est-ce qu’ils vont pouvoir rentrer chez eux ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Ces personnes pourront rentrer chez elles dès que possible.

RFI : Est-ce que ce coup d’Etat n’illustre pas l’échec de la transition de 2005 ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Non ! A mon sens, il n’illustre pas du tout l’échec de la transition mais il illustre l’échec du pouvoir exécutif, seulement, du président. La démocratie en Mauritanie n’a pas échoué mais c’est le pouvoir exécutif seulement qui a échoué.

RFI : Comment expliquer à la communauté internationale, qu’après avoir soutenu Sidi ould Cheikh Abdallahi en 2007, vous le démettiez aujourd’hui ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Nous l’avons soutenu ouvertement à l’époque, croyant qu’il allait bien diriger le pays pour un programme bien déterminé et précis et, quand il a commencé à dévier, tous ces principaux soutiens l’ont complètement lâché, parce qu’ils ont vu qu’il ne pouvait plus diriger le pays. Ca a été la déception au niveau de tous ses soutiens.

RFI : Est-ce qu’on peut envisager des élections dans un an ou plus ? Ou est ce que ça va vraiment être dans un délai plus restreint ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Je ne peux pas donner de délai. On tiendra nos engagements. Mais laissez-nous un peu de temps, de voir les choses de manière claire. Ne nous poussez pas à avancer des dates qu’on ne pourrait pas respecter.

RFI : Quelle est la place pour l’armée en Mauritanie et est-ce que vous comptez par exemple modifier la Constitution pour lui donner une place plus importante ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Nous sommes un pays démocratique et nous le resterons. Je ne vois pas pourquoi nous allons changer notre Constitution pour intégrer l’armée. L’armée est déjà intégrée. Elle a une mission très importante. Je crois qu’il n’ya pas lieu de lui ajouter d’autres missions.

RFI : Est-ce que votre intervention a aussi été dictée par la menace terroriste en Mauritanie ?

Mohamed ould Abdel Aziz : Vous savez, l’ancien président, a pratiquement, sur le plan de gestion du pays, échoué totalement. La situation du pays, sur le plan économique, elle est catastrophique. La situation sécuritaire, elle est catastrophique. Il s’est allié avec certains groupuscules politiques et affairistes qui ont mis le pays dans cette situation, qui n’était pas souhaitable et qui n’était pas du tout attendue. C’est vrai qu’il y a eu développement du terrorisme, de part le fait des libérations anarchiques qui ont été faites récemment et qui ont conduit le pays à des actions terroristes à l’intérieur même du pays, qui ont été faites par des gens qui étaient en prison à l’arrivée du président. Donc, ils ont été libérés de manière unilatérale sans concertation avec les services spécialisés dans la lutte antiterroriste. Cela a conduit malheureusement aux actions terroristes menées dans notre pays, aussi bien à l’intérieur qu’au niveau de la frontière.

RFI : Est-ce que vous comptez interdire le parti islamiste Tawassoul ?

Mohamed ould Abdel Aziz : C’est un parti qui est reconnu déjà par l’ancien président. Il a réussi avec le temps à s’allier au président. Malheureusement c’est une situation de fait et tout dépendra de leur comportement.

RFI : Les Etats-Unis ont suspendu leur aide non humanitaire, Bruxelles menace de faire de même, la France rejette le principe d’une élection présidentielle. Est-ce que vous vous attendiez à ces réactions ?

Mohamed ould Abdel Aziz : C’est tout à fait normal qu’ils réagissent à ce qui s’est passé. Mais nous avons de très bonnes relations avec ces pays. Dans les jours et semaines à venir, ils comprendront la situation de notre pays. Quand ils auront plus d’information, ils seront rassurés.

RFI : Quel est le message que vous voulez faire passer à vos concitoyens aujourd’hui ?

Mohamed ould Abdel Aziz : J’appelle l’ensemble des Mauritaniens à dépasser toutes les petites divergences qui sont passagères et qui sont peu importantes dans la vie d’une nation et de s’atteler à travailler et à aider le nouveau pouvoir à bien s’occuper des problèmes qui menacent le pays : la faim, l’ignorance, la maladie. Nous, de notre côté, nous prenons l’engagement d’assainir la situation politique et de favoriser l’ancrage de la démocratie chez nous. La bonne gouvernance est de lutter de manière implacable contre la corruption. Et ça je tiens à ce que tout le monde y participe, parce que nous en avons besoin. Nous avons un pays certes dont on dit qu’il est pauvre, mais nous avons beaucoup de possibilités et de potentialités. Nous sommes venus accidentellement au pouvoir mais uniquement pour bien servir le pays.

RFI : Monsieur le président du Haut Conseil d’Etat, merci.

Mohamed ould Abdel Aziz : Merci

Propos recueillis par notre correspondante à Nouakchott, Manon Rivière