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OTAN / Géorgie

L’adhésion à l’OTAN sérieusement compromise

par Julie Lerat

Article publié le 14/08/2008 Dernière mise à jour le 14/08/2008 à 17:15 TU

En lançant une opération militaire pour reprendre le contrôle de l’Ossétie du Sud, la Géorgie a réduit ses chances d’adhérer prochainement à l’Alliance atlantique. Elle a donné l’image d’un pays instable, qui pourrait entraîner les membres de l’OTAN dans un conflit dont ils ne veulent pas. En vertu de la clause de défense mutuelle et de solidarité, les Etats de l’Alliance atlantique seraient tenus de voler au secours de la Géorgie lors d’un éventuel futur conflit. Une crainte que Moscou a su attiser en ripostant à l’opération géorgienne sans laisser le moindre doute sur sa volonté.

La carte de la Géorgie et des pays limitrophes.© Darya Kianpour/RFI

La carte de la Géorgie et des pays limitrophes.
© Darya Kianpour/RFI

Les perspectives d’adhésion de la Géorgie à l’OTAN « sont maintenues », a déclaré le secrétaire général de l’OTAN, Jaap de Hoop Scheffer. Une assurance qui devrait rassurer la Géorgie ? Selon Isabelle Facon, spécialiste des politiques de sécurité et de défense russes à la Fondation pour la recherche stratégique,  « officiellement, l’OTAN va continuer à dire que l’adhésion de la Géorgie est à l’ordre du jour. Mais aucun agenda n’est fixé, et ce n’est pas pour demain ». En avril dernier, lors du sommet de Bucarest, les Etats membres de l’OTAN ont discuté d’une possible adhésion de l’Ukraine et de la Géorgie. Ils ont « reconnu que ces deux pays avaient vocation à rejoindre l’Alliance atlantique ».

Mais ils ont jugé qu’il était encore trop tôt pour leur accorder le bénéfice du « Plan d’action pour l’adhésion », le sésame qui ouvre la voie à l’intégration à l’OTAN. Officiellement, c’est « en raison des progrès qu’il leur restait à accomplir » que les pays membres de l’OTAN n’ont pas jugé souhaitable d’ouvrir leurs portes à l’Ukraine et à la Géorgie dans un avenir proche. Ils ont donc décidé de reprendre des discussions en décembre prochain, à l’occasion d’une réunion des ministres des Affaires étrangères de l’OTAN.

L’OTAN divisée sur une future adhésion

En réalité, derrière cet accord de principe sur une future adhésion, les pays membres de l’Alliance atlantique sont divisés depuis longtemps. L’Allemagne et la France, entre autres, ont dit toutes leurs réticences à intégrer des pays qui entretiennent des relations difficiles avec la Russie, et préfèrent éviter de fâcher Moscou. De l’autre côté, les Etats-Unis ont mené une campagne active pour pousser à l’adhésion de la Géorgie et de l’Ukraine. Après le conflit russo-géorgien, ces divisions risquent de se renforcer. 

Selon Isabelle Facon, « les Russes y ont vu une opportunité, ils se sont dit que puisque la crise existait, autant faire le lien avec ce dossier. Pour la Russie, cette guerre est  une bonne façon de renforcer dans leurs positions les Allemands, les Français, et les autres pays qui pensent qu’intégrer la Géorgie et l’Ukraine est trop risqué. Ce conflit  leur donne des arguments substantiels. Les divisions vont donc s’enracine, et ce sera encore plus dur de trouver un consensus. Or pour que l’OTAN prenne une décision, il faut un consensus ».

La Russie parvenue à ses fins

Cette analyse est partagée par Aude Merlin, spécialiste du Caucase et chargée de cours à l’Université libre de Bruxelles. « En terme d’image, l’objectif de la Russie était très certainement de montrer la Géorgie comme un pays peu stable et peu fiable, explique-t-elle. La Russie a sans doute eu l’intention de repousser, voire d’annuler, l’adhésion de la Géorgie à l’OTAN. Cette question est omniprésente dans ce qui s’est passé. Ce conflit s’inscrit dans un contexte où la Russie a la sensation qu’un grignotage des territoires qu’elle considère comme une extension naturelle est en cours ». 

La Russie a en tout cas réussi à geler le processus, même si l’OTAN ne peut se permettre de faire marche arrière. « La position de l’OTAN va rester ouverte, parce que ce serait trop énorme politiquement que l’OTAN renonce, et ce serait inadmissible de dire cela à des pays qui ont fait des efforts énormes pour être aux normes », explique Isabelle Facon.

La fin de l’élargissement à l’Est ?

Mais c’est sans doute la fin, au moins provisoire, de l’élargissement de l’OTAN vers l’Est. Si Moscou a accepté, non sans réticences, l’adhésion à l’OTAN de la Pologne, de la Hongrie, de la République tchèque en 1999, puis celle des pays baltes en 2004, la riposte russe en Géorgie a certainement mis un terme aux avancées de l’OTAN dans la région.

« A l’époque, l’adhésion des autres pays anciennement membres du pacte de Varsovie  a beaucoup froissé Moscou, se souvient Aude Merlin. Mais là, avec la Géorgie et l’Ukraine, on est passé à un niveau supérieur. Les Etats baltes ont été annexés en 1940, et ils appartenaient de fait à l’espace européen, donc la Russie n’a pas fait des pieds et des mains pour les garder. Mais la Géorgie et l’Ukraine étaient des républiques soviétiques. Donc il y a des arguments historiques, symboliques et un effet cumulatif, qui ont fait réagir la Russie ». La Géorgie et l’Ukraine vont sans doute rappeler à l’OTAN que des engagements écrits ont été pris. Mais l’ombre d’un conflit avec la Russie risque désormais de peser lourd dans la balance et de freiner l’adhésion de ces deux pays à l’Alliance atlantique.