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Russie

Election présidentielle au son du canon

Les Russes vont se rendre aux urnes, le 26 mars 2000, pour élire le nouveau président de la Fédération, mais le vainqueur semble connu d'avance. Vladimir Poutine, le successeur désigné par Boris Eltsine lors de sa démission surprise du 31 décembre 1999, garde une confortable avance sur son principal adversaire, le post-communiste Ziouganov, selon la plupart des sondages: 60% d'intentions de vote contre 20%.
En réalité, le président par intérim est au centre du pouvoir politique russe depuis l'été 1999, lorsqu'il a été nommé Premier ministre et a aussitôt relancé la guerre dans le Caucase, en chargeant l'armée de "chasser les bandits tchétchènes", qui venaient d'être accusés d'avoir perpétré des attentats que de nombreux Moscovites attribuent aujourd'hui aux services de renseignements dont est issu Poutine. Depuis le pays vit au rythme de la nouvelle "sale guerre" de Tchétchénie: sept Russes sur dix estiment en effet, selon des sondages, que cette guerre doit continuer, mais la plupart d'entre eux ne font guère confiance aux informations officielles sur ce conflit. Quelque 20% des Russes pensent cependant qu'il faut arrêter les combats dans le Caucase.

Le soutien de l'opinion publique a permis à Poutine de se présenter comme celui qui peut redonner à la Russie un statut de grande puissance, mais aussi de féliciter l'armée pour le "travail" accompli en Tchétchénie, alors que les pressions (strictement verbales) de la communauté internationale s'intensifiaient. Celle-ci a dénoncé de nombreuses violations des droits de l'homme, notamment dans les "camps de filtration" installés autour de Grozny. La capitale tchétchène demeure interdite aux civils jusqu'au 1er avril.

Parallèlement Vladimir Poutine a entrepris une reprise en main des médias russes, et surtout de la chaîne privée NTV, tout en laissant l'armée rendre de plus en plus difficile le travail des journalistes russes et étrangers dans le Caucase. Une trentaine de médias russe ont dénoncé ces "atteintes à la liberté de la presse", et on est toujours sans nouvelles d'Andreï Babitski, correspondant de Radio Liberty (Radio Svoboda), enlevé près de Grozny en janvier, très probablement par le FSB (ex-KGB).

Sur le plan politique Poutine est parvenu à mettre hors jeu le seul candidat qui aurait pu lui disputer la victoire, à savoir Evgeny Primakov, ancien Premier ministre. Celui-ci a même été incapable de remporter l'élection à la présidence de la Douma (qui demeure aux mains des communistes) et a finalement préféré jeter l'éponge. La Russie de l'après-Eltsine risque ainsi d'être dirigée par un nationaliste partisan de la grandeur d'antan, tandis que le Parlement demeure entre les mains d'un parti communiste nostalgique de l'Union soviétique.



Article publié le 10/07/2000