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Présidentielle 2000

Robert Gueï n'a pas fait campagne

Après une « transition militaire » de dix mois, les électeurs ivoiriens se rendent aux urnes ce dimanche pour choisir leur futur président. Parmi les cinq candidats ( sur dix-neuf) retenus par la Cour constitutionnelle, seuls deux ont des chances de l'emporter dès le premier tour ou lors du deuxième, le 5 novembre : le général-président Robert Gueï , « le candidat du peuple », et l'opposant Laurent Gbagbo, « le candidat des pauvres ». Grande inconnue du scrutin : le taux de participation, car les deux principaux candidats exclus, Bombet (PDCI) et Ouattara (RDR), ont appelé au boycott.
De notre envoyé spécial en Côte d'Ivoire

Samedi, dernier jour de campagne officielle, l'entourage du général Gueï a décidé de ne pas suivre l'exemple de Laurent Gbagbo qui tenait meeting dans le quartier de Yopougon, alimentant les spéculations autour du scrutin. Devant le bâtiment rond du palais des sports de Treichville, quelques militants du général Gueï s'affairent. Des jeunes gens vêtus aux couleurs du chef de la junte ivoirienne rangent du matériel de sonorisation dans un camion couvert d'affiches de campagne. «Nous remballons tout. On nous a dit qu'on ne peut pas organiser de meeting», explique l'un d'entre eux. Depuis le début de la matinée, l'information circulait dans Abidjan qu'un meeting de soutien à Robert Gueï devait se tenir dans ce quartier populaire en présence de son épouse et peut-être même du président du Conseil national de salut public en personne. «Ce n'était qu'une rumeur», assure-t-on dans l'entourage du chef de l'Etat, où l'on souligne que pour des raisons de sécurité ce dernier a exclu toute sortie publique avant le vote de ce 22 octobre.

Alors que son principal adversaire organisait samedi après midi un grand meeting dans le quartier populaire de Yopougon, la fin de campagne de celui qui se présente comme le «candidat du peuple» a été on ne peut plus terne. Abidjan est resté calme le 21 octobre. Seuls quelques cortèges de voitures et de minibus bourrés de jeunes gens klaxonnant et criant des slogans favorables au général Gueï ont sillonné la ville. «Bien sûr on va voter pour le général. Il est venu, on a vu le changement. C'est l'homme qu'il faut pour le pays», s'exclamait l'un d'entre eux, encourageant la fanfare suivant une file de véhicules.

«Gueï n'a pas fini de balayer la maison»

Un peu plus loin, un passant protestait, visiblement excédé : «Regardez, certains d'entre eux n'ont pas plus de quinze ans, on leur a donné 500 FCFA pour faire du tapage dans la rue ». Dans la rue les conversations allaient bon train en tous cas sur l'élection du lendemain. «Moi je suis du PDCI, qui appelle officiellement au boycott, mais je vais voter, car il faut sauver la Côte d'Ivoire», lançait une femme. Voter. Mais pour qui ? Elle ne le dira pas. A côté d'elle un homme a tout de même osé : «Moi je vote Gueï. Avec lui on peut avoir la stabilité. Mais, il faut régler le problème des étrangers qui sont trop nombreux.» La phrase revient souvent dans la bouche des électeurs du général. «Nous voulons voter pour Gueï pour la sécurité. Et puis nous sommes trop envahis par les étrangers», explique Etienne, un homme d'âge mûr arborant fièrement un t-shirt à l'effigie de Robert Gueï. Et à ceux qui accusent son poulain de ne pas avoir tenu sa promesse initiale de quitter le pouvoir, il répond que ce dernier «n'a pas fini de balayer la maison».

La discrétion du général Gueï à la veille du vote n'a apparemment pas gêné ses sympathisants convaincus. Mais d'autres électeurs potentiels n'ont pas la même analyse : «Candidat du peuple, candidat du peuple. Et toujours on ne te voit pas», clamait hier un chauffeur de taxi. Cette mise en retrait d'un chef de la junte de plus en plus cloîtré n'a pu qu'alimenter les deux hypothèses qui courent le plus à Abidjan. La première est que ce dernier compte gagner en force. La seconde serait que le général, conscient de la possibilité d'une défaite face à Laurent Gbagbo, commence à prendre les devants. Jeudi soir, lors d'une allocution radiodiffusée, Robert Gueï a déclaré que s'il venait à être battu, c'est en «digne héritier d'Houphouët-Boigny» qu'il remettrai le pouvoir à son nouveau titulaire. Le lendemain soir, la diffusion par la télévision nationale d'un document d'archives datant de l'élection de 1995, où l'ancien président Konan Bédié appelait à la participation au scrutin, mais présenté comme une allocution enregistrée récemment à Paris à renforcé une impression de fuite en avant. Parmi les partisans du «candidat du peuple», on se dit bien sûr confiant et on rappelle que le général a envoyé des membres de la junte, dont le général Mathias Doué, et plusieurs proches faire campagne pour lui à travers le pays. «Ce dimanche je vote et je sais qu'il va gagner», assure Etienne en saluant un groupe de militaire qui passe en petite foulée. Mais face au leader du Front populaire ivoirien Laurent Gbagbo, et malgré les craintes de fraude, la victoire n'est pas forcément acquise.

CHRISTOPHE CHAMPIN
23/10/2000

par Christophe  Champin

Article publié le 23/10/2000 Dernière mise à jour le 19/10/2010 à 15:10 TU