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Insécurité

Les politiques s'affrontent sur la délinquance

Les derniers chiffres sur la délinquance en France arrivent à point nommé pour entretenir la polémique sur l'insécurité dans laquelle les hommes politiques français se sont engouffrés récemment. Jacques Chirac et Lionel Jospin en tête.
La délinquance est en hausse de plus de 5 % par rapport à l'année 1999, selon les chiffres que le ministère français de l'Intérieur a rendu publics le 2 février. Les fraudes à la carte bancaire et les vols de téléphones portables sont les deux secteurs qui ont connu la plus forte augmentation. Après les récents affrontements entre plusieurs centaines de jeunes des banlieues à La Défense, près de Paris, qui ont ravivé la polémique sur l'efficacité des politiques engagées par le gouvernement et la question des sanctions des délinquants mineurs, l'annonce de ce mauvais résultat apporte un nouvel argument aux hommes politiques désireux de mettre sur le devant de la scène le problème de l'insécurité.

Dans la perspective des prochaines échéances électorales, municipales d'abord, législatives et présidentielles ensuite, il semble que cet enjeu soit devenu incontournable. D'ailleurs, un récent sondage Ipsos/Le Monde a mis en valeur que pour 56 % des Français, la sécurité devait être au premier rang des priorités des maires à élire au mois de mars.

«Traduire cette priorité en acte»

Jacques Chirac l'a bien compris. Et n'a pas hésité à prendre position sur l'action du gouvernement en la matière, notamment à l'occasion de son récent déplacement à Dreux, une ville symbolique où le Front national avait fait une percée en jouant la carte de l'insécurité : il a déclaré n'être venu «ni pour faire un diagnostic, ni pour souligner encore la nécessité d'ériger en priorité de la nation, la lutte contre la violence», mais parce qu'il «est temps de traduire cette priorité en acte». Le président de la République a insisté sur la nécessité de renforcer le rôle du maire dans la coordination des services et des actions en matière de sécurité. Il a aussi fait référence à la notion de «tolérance zéro» face à la délinquance, chère au maire républicain de New York Rudolph Giuliani, dont l'application pratique a permis à celui-ci de faire chuter le nombre de crimes dans «Big Apple» de manière spectaculaire en quelques années.

Lionel Jospin, en voyage à La Réunion, n'a pas tardé à répondre pour ne pas laisser au chef de l'Etat le champ libre sur un sujet aussi important. Il a défendu le bilan du gouvernement qui, selon lui, «a fait son devoir». Et s'est félicité des avancées réalisées dans les domaines de la police de proximité ou de la lutte contre la délinquance des mineurs. Il a aussi rappelé qu'à la suite de la réunion du Conseil de sécurité intérieure le mardi 30 janvier, des mesures comme le recrutement de mille gardiens de la paix supplémentaires ou de cinq mille adjoints de sécurité avaient été décidées. Par contre, le premier ministre a pris le contre-pied de Jacques Chirac en dénonçant «la fausse solution de la municipalisation de la police qui serait une démission de l'Etat».

Guerre des chefs mais aussi guerre des lieutenants. Dans la grande bataille préélectorale, tout le monde met la main à la pâte. François Hollande, premier secrétaire du Parti socialiste, a tenté de calmer le jeu et «d'éviter les surenchères» en appelant à un «consensus» sur le dossier de la sécurité. Patrick Devedjian, porte-parole du RPR, a quant à lui estimé : «Lionel Jospin n'a jamais voulu qu'on parle de sécuritéà Autrefois, quand l'extrême droite était plus puissante il disait, quand on parlait de sécurité, que c'était pour faire le jeu de l'extrême droite». Le ton est donné.



par Valérie  Gas

Article publié le 02/02/2001