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Iran

La rencontre Poutine-Khatami agace Bush

Le président Khatami est le plus haut responsable iranien à se rendre à Moscou depuis quarante ans. Cette visite a apparemment permis de relancer la coopération entre les deux pays sur le plan politique, diplomatique et surtout militaire. Un succès qui irrite et préoccupe George Bush junior.
De notre correspondant en Iran

« L'Iran a le droit d'assurer ses capacités défensives et sa sécurité...L'Iran doit être un Etat indépendant capable de défendre ses intérêts nationaux. » En recevant le président iranien au Kremlin, le président Poutine n'a pas caché sa volonté de développer les relations entre la Russie et l'Iran, au grand dam des Américains.
Lors de cette visite, qualifiée d'« historique » par les médias iraniens, deux accords cadres ont été signés. Le premier d'une durée de dix ans prévoit la coopération dans le domaine militaire et de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques. Le second, qui concerne la mer Caspienne, l'Asie centrale et le Caucase, stipule que le futur statut de la mer Capsienne, qui déterminera le partage de ses ressources énergétiques, devra être décidé à l'unanimité des cinq Etats riverains (Russie, Iran, Azerbaïdjan, Turkménistan, Kazakhstan). Ces deux accords
satisfont les demandes de l'Iran sur ces deux sujets cruciaux pour Téhéran.

La coopération entre l'Iran et la Russie a débuté au lendemain de la révolution islamique de 1979. Mais depuis l'éclatement de l'ex-URSS et, surtout durant les dernières années de la présidence de Boris Eltsine, les relations entre les deux pays ont connu un certain ralentissement. Ainsi, en 1995, l'ancien premier ministre russe Victor Tchenomerdine a signé un accord secret avec l'ancien vice-président américain Al Gore par lequel Moscou s'engageait à ne pas livrer d'armes modernes à l'Iran. L'année dernière, Moscou a dénoncé cet accord.

Selon l'agence officielle iranienne IRNA, la Russie doit livrer à Téhéran 570 chars T72-C et 1000 véhicules blindés BMP-1 et BTW-80. La Russie a également accepté de vendre à l'Iran les pièces pour équiper des chasseurs Sukhoi 24 et 25, des Mig 29 ainsi que pour trois types d'hélicoptères actuellement utilisées par les forces armées iraniennes. Les Iraniens s'intéressent aussi aux systèmes de missile sol-air Tor-M1
et Osa. Ces ventes d'armes représentent au moins quelque 300 millions de dollars par an. Mais selon d'autres sources, elles seraient beaucoup plus élevées et la Russie pourrait fournir à l'Iran près de sept milliards de dollars d'armements ultramodernes ces prochaines années.

La coopération nucléaire entre les deux pays devrait également connaître un nouvel essor. Selon un accord signé au milieux des années 90, Moscou est en train d'achever la centrale nucléaire de Buschehr, dans le Sud de l'Iran. Les Russes doivent également construire une seconde centrale nucléaire en Iran. L'accord signé entre les présidents russe et iranien, prévoit aussi la construction d'autres centrales nucléaires en Iran par
les Russes.

Poutine se tourne vers l'Asie

Enfin, cette visite devait aplanir le différend entre l'Iran et les pays de l'ex-URSS à propos de la mer Caspienne. Téhéran refusait jusqu'à maintenant le partage de cette mer fermée entre les cinq pays riverains, ce qui lui était désavantageux. La déclaration commune des présidents Khatami et Poutine qui stipule que le futur statut de la mer Caspienne doit être approuvé par l'ensemble des pays riverains satisfait donc
l'Iran. Téhéran veut soit une exploitation commune des ressources de cette mer ou bien un partage équitable entre les pays riverains. Mais la position iranienne a évoluée ces dernières semaines. En signant, début mars, un contrat avec un consortium international pour mener des opérations de forage dans la partie sud de la mer Caspienne, Téhéran a de fait accepté le partage de cette mer. Reste que l'Azerbaïdjan et le
Kazakhstan, qui ont déjà commencé les opérations d'exploitation, veulent limiter la part de l'Iran à seulement 13% du total. Les présidents des cinq pays riverains doivent se retrouver en avril au Turkménistan pour trouver un accord définitif. L'Iran espère avoir l'appui de la Russie
pour obtenir gain de cause.

En tout cas, le rapprochement et l'essor pris dans les relations entre Téhéran et Moscou, en particulier le volet militaire, a fortement agacé le gouvernement américain. « Nous sommes très inquiets face aux ventes d'armes conventionnelles avancées ou de technologies sensibles à l'Iran», a affirmé le porte-parole du département d'Etat américain. Une inquiétude qui n'a guère ébranlé la volonté du président russe Vladimir Poutine, qui a engagé son pays dans une politique étrangère plus tournée vers les pays asiatiques, en particulier, la Chine, l'Inde et l'Iran.



par Siavosh  Ghazi

Article publié le 14/03/2001