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Balkans

L'OTAN prisonnière de ses ambiguïtés

L'armée macédonienne est entrée en action mardi 20 mars, conjointement avec les forces de police, contre les rebelles albanais sur les hauteurs de Tetovo tenues par l'UCK. Et celle-ci a fait parvenir aux médias de Skopje une communiqué qui ressemble à un ultimatum : « notre patience est à bout devant l'attitude hypocrite des autorités macédoniennes qui restent sourdes aux revendications des Albanaisà Nous ne voulons pas la guerre, mais cela ne dépend plus de nous ».
Comment éviter le pire en Macédoine ?


La KFOR, dirigée par l'OTAN, compte actuellement environ 42 000 hommes : 37 000 sont stationnés au Kosovo, 4 à 5 000 en Albanie et quelque 2 800 en Macédoine (à Tetovo, à Skopje et à Kumanovo). Le secrétaire général de l'Alliance atlantique, George Robertson, a annoncé lundi 19 mars l'arrivée prochaine de « troupes supplémentaires », pour renforcer le contrôle de la frontière entre le Kosovo et la Macédoine. Il a même ajouté que l'OTAN «ne contemplera pas le changement de frontières par la violence » dans les Balkans, car « elle est déterminée à ce que les extrémistes soient marginalisés ».

Au même moment, à Washington, la nouvelle administration a renouvelé son soutien au gouvernement macédonien, faisait état de « son inquiétude » face aux attaques des extrémistes albanais, mais sans s'engager trop loin sur le plan militaire. Le porte-parole du Département d'Etat ajoutait même : « nous n'envisageons pas de déplacer des troupes de l'OTAN à travers la frontière (du Kosovo) pour aller en Macédoineà Nous cherchons d'autres moyens pour soutenir le gouvernement macédonien ». Et ce porte-parole de préciser que les Etats-Unis étudient des options « non militaires » afin de lutter contre la violence des extrémistes « qui n'ont aucune légitimité et ne représentent pas la vaste majorité des Albanais de souche en Macédoine ».

Solana 1 contre Solana 2

De son côté, l'Union européenne, après une réunion de ses ministres des Affaires étrangères, a dépêché sur place à Skopje son haut représentant pour la politique étrangère, Javier Solana. Et celui-ci de déclarer aussitôt que le gouvernement de macédonien « ne doit pas discuter avec les terroristes » et qu'il « doit prendre des mesures militaires pour se protéger », en vue d'une riposte militaire "proportionnelle et conforme à nos principes". Selon lui, la Macédoine est suffisamment forte pour en découdre seule avec « ses terroristes » qui « seront contraints bientôt de quitter le pays ».

La veille, le premier ministre macédonien Ljubco Georgievski avait accusé les pays occidentaux de ne rien faire contre les maquisards albanais. « Il s'agit d'une agression venant du Kosovo et nous possédons des preuves. Il s'agit d'une action qui a été bien planifiée, venant de là-basà Si la communauté internationale reconnaît qu'il s'agit d'une agression, elle devra reconnaître l'échec de son action au Kosovo et devra en même temps réexaminer tout son engagement » dans les Balkans. Ce réquisitoire n'a visiblement pas ébranlé les certitudes de l'Alliance atlantique ou de l'Union européenne.

Javier Solana, qui était secrétaire général de l'OTAN lors de la guerre du Kosovo, est désormais devenu le symbole de l'impuissance et des ambiguïtés des Occidentaux : il y a deux ans, il avait du mal à cacher sa sympathie pour les combattants de l'UCK que l'OTAN ravitaillait constamment en armes et munitions; aujourd'hui, il condamne à Skopje les « terroristes » albanais qui sortent des rangs de cette même UCK.

Le « soutien » de l'OTAN à Skopje ne sera donc pas militaire. La KFOR patrouille le long de la frontière Kosovo-Macédoine, observe tout mouvement suspect, mais n'interviendra pas, car, dit-elle, le mandat reçu de la communauté internationale le lui interdit. En fait, il semble que l'OTAN et l'UE se soient partagés les rôles : à l'Alliance atlantique le « volet militaire », à l'Union européenne le « volet politique ». Officiellement, la KFOR est chargée de couper les lignes de ravitaillement en armes et en munitions de la guérilla, sans intervenir directement. Ce qui a tout l'air d'une tâche presque impossible, mais permettra à l'Alliance de se dédouaner quelque peu vis-à-vis des opinion publiques occidentales.

Plus important, en demeurant prisonnière de ses contradictions et d'un engagement à sens unique il y a deux ans au Kosovo, l'OTAN s'identifie de plus en plus avec la stratégie (et les intérêts) des Etats-Unis, au moment où Washington ne semble souhaiter que deux choses : sortir peu à peu du guêpier balkanique pour le « confier » aux seuls Européens, et sauvegarder la stabilité ( et la fidélité) des deux pays membres de l'Alliance qui peuvent en pâtir : la Grèce et la Turquie.

Vu d'Europe, le désengagement américain est d'autant plus inquiétant qu'il donne la possibilité à la Russie de Vladimir Poutine de jouer le beau rôle : celui du « protecteur des pays frères des Balkans », et notamment de la Serbie et de la Bulgarie, deux alliés historiques. Ce que le maître du Kremlin s'est empressé d'exploiter dès lundi dernier en déclarant qu'il fallait utiliser « tous les moyens » pour arrêter les infiltrations des « terroristes albanais » en Macédoine.

Récemment la nouvelle administration américaine a rappelé à plusieurs reprises à l'Europe que « l'ennemi est toujours le même » : la Russie. Nostalgique d'une nouvelle « guerre froide » lui permettant de garder aux USA leur statut de première puissance mondiale, Bush junior peut raisonnablement penser que cela est relativement facile dans les Balkans: il suffit de ne pas intervenir militaire et de laisser les « terroristes albanais » poursuivre leurs « provocations ».



par Elio  Comarin

Article publié le 20/03/2001