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Liban

Le repli syrien, une mesure préventive

Pour la première fois en dix ans, l'armée syrienne a procédé à un repli d'envergure de certaines régions libanaises. Cette mesure revêt une grande importance sur les plans politique et militaire. Elle marque peut-être un tournant dans les relations tumultueuses entre le Liban et la Syrie.
De notre correspondant au Liban

L'évacuation par l'armée syrienne d'une trentaine de bases et de positions à Beyrouth et au Mont-Liban est le premier mouvement de cette ampleur depuis la conclusion de l'accord de Taëf qui a mis fin à la guerre civile, en 1989. Cette mesure inattendue intervient alors que la vie politique libanaise est dominée depuis le mois de septembre 2000 par une seule question: la présence syrienne au Liban.

Le repli syrien amorcé jeudi dernier n'est pas fictif. Ce n'est pas un écran de fumée, comme l'ont déclaré certains chefs de l'opposition chrétienne. Des habitants et des journalistes ont vu des colonnes de chars et de camions quitter leurs bases et se diriger vers la plaine de la Békaa. Des unités se sont même repliées vers l'intérieur de la Syrie.

Ce sont, en tout, une trentaine de positions, dont douze bases majeures, qui ont été démantelées. Selon des informations recueillis auprès des services de sécurité libanais, ce mouvement a touché 2 500 soldats et officiers. Il ne resterait au Liban que 25 mille soldats syriens.

Le repli syrien a des conséquences militaires importantes. Depuis jeudi dernier, le palais présidentiel, le siège du commandement de l'armée et le ministère de la Défense à Yarzé, symboles de la souveraineté libanaise, ne sont plus à portée des canons syriens. Tous les militaires syriens qui campaient autour de ces sites depuis plus d'une décennie, sont partis. Des journalistes ont pu visiter les baraquements abandonnés. Les soldats syriens ont emporté même les fenêtres et les portes.

Les Syriens ont aussi démantelé une dizaine de positions au Metn, dans le Mont-Liban, notamment la base de Fanar, principal point de friction avec les étudiants chrétiens, fer de lance du mouvement de contestation à la présence syrienne au Liban. Les forces syriennes ont également évacué toutes leurs positions à Beyrouth, y compris les domiciles de l'ancien secrétaire général de la branche pro-irakienne du parti Baas, Abdel Majid Raféï, et du chef du «Mouvement des nassériens indépendants», Ibrahim Koleilat, proche de M. Yasser Arafat.

Les habitants interrogés par les journalistes n'ont pas caché leur joie de voir les soldats syriens partir. Les hommes politiques libanais dans leur ensemble, se sont aussi réjouit de cette mesure qui va contribuer, selon eux, à assainir les relations entre le Liban et La Syrie. C'est notamment le cas de Walid Joumblatt, qui réclamait depuis des mois le redéploiement des troupes syriennes. Le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a salué cette initiative, soulignant toutefois qu'il s'agit d'un premier pas sur la voie du recouvrement par la Liban de sa pleine souveraineté.

Prendre l'initiative plutôt que d'y être contrainte

Alors que le repli syrien se poursuit, les observateurs essaient d'expliquer le pourquoi de cette décision. Les plus sceptiques déclarent qu'à travers ce retrait partiel, Damas veut désamorcer le mouvement de contestation à sa présence au Liban qui risque de s'amplifier et de compromettre sérieusement son influence au pays des cèdres. Ils affirmant aussi que Bachar el-Assad se soucie d'améliorer son image à la veille de son voyage à Paris. Il y a certainement un peu de tout cela, mais il y a sans doute des raisons beaucoup plus profondes. La Syrie, engagée dans un processus de réformes politico-économiques, sait pertinemment qu'elle ne peut plus continuer à gérer le dossier libanais comme elle le fait depuis un quart de siècle. La contestation interne et les pressions internationales finiront par l'obliger à se retirer. Elle préfère donc prendre l'initiative et jeter elle-même les bases d'une nouvelle relation avec le Liban plutôt que d'être contrainte à céder par la force, ce qui lui fera perdre tous ses atouts. Ainsi, le redéploiement est une sorte de mesure préventive.

Au Liban, la Syrie a trouvé l'interlocuteur qu'il lui fallait dans la personne du président de la République Emile Lahoud qui croit fermement aux relations privilégiées avec Damas. Et c'est à lui que revient le crédit de ce redéploiement tant souhaité par la population et les hommes politiques libanais. Dans l'entourage du chef de l'Etat, on assure que d'autres «surprises» vont avoir lieu prochainement. Curieux, les Libanais attendent.



par Paul  Khalifeh

Article publié le 18/06/2001