Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Nations unies

Kofi Annan réélu par acclamation

Le Ghanéen de 63 ans est reconduit à son poste pour cinq ans et demi à l'unanimité des 189 Etats membres de l'ONU. La communauté internationale témoigne au secrétaire général de l'organisation d'un confiance sans précédent. Kofi Annan a fait de la lutte contre le Sida «une priorité personnelle», et entend continuer à «parler au nom des sans-voix».
De notre correspondant à New York (Nations-Unies)

L'élection de cette année contraste brutalement avec celle d'il y a cinq ans. Kofi Annan avait alors pris la succession de Boutros Boutros Ghali, brutalement débarqué par les Etats-Unis pour comportement jugé anti-américain. La première puissance mondiale avait alors le nom de Kofi Annan, auquel la France s'était opposée dans un premier temps par un veto. Cinq ans ont passé, la France, par la voix de son ambassadeur à l'ONU, Jean-David Lévitte, a révisé son jugement : «C'est un acte de confiance sans précédent à l'égard de celui que toute la communauté des Nations considère comme le meilleur secrétaire général de l'histoire des Nations Unies».

A 63 ans, le Ghanéen francophone est reconduit à son poste plusieurs mois en avance sur le calendrier normal. A l'instigation des pays du groupe Africain, le Conseil de sécurité à recommandé à l'unanimité à l'assmeblée générale cette semaine de choisir Kofi Annan comme secrétaire général de l'organisation. Les 189 pays des Nations-Unies se sont exécutés vendredi par acclamation, saluant l'arrivée de Kofi Annan à la tribune par un tonnerre d'applaudissements. Face aux représentants des pays qui avaient adopté deux jours auparavant un plan de bataille mondial contre le sida, son dernier succès en date, il a appelé les Etats à mettre en oeuvre leurs promesses de lutter contre la maladie, dont il a fait «une priorité personnelle».

Modestement, il a brossé un rapide bilan de son premier mandat au cours duquel il a tenté de moderniser l'organisation, tout en regardant «sans ciller les échecs de notre passé récent». Des échecs comme le Rwanda ou la Bosnie qu'il a pu observer de près en tant que chef des opérations de maintien de la paix à l'époque, ce qui fait dire à certains que cet homme d'appareil est «un miraculé». Kofi Annan a affirmé qu'il poursuivrait son combat «pour parler au nom des sans-voix, pour le droit des plus pauvres au développement, et pour le droit des plus faibles et des plus vulnérables à la protection».

Débarrassé de la tutelle américaine

Issu d'une famille de commerçants de la tribu des Fante, au Ghana, Kofi Annan a su se débarasser de l'étiquette américaine. Il a conduit une mission de paix controversée à Bagdad en 1998 au cours de laquelle il a rencontré Saddam Hussein, l'ennemi juré des Etats-Unis. Voilà deux ans, il jeté un froid en interpellant les Etats réunis en assemblée générale sur ceux qui s'abritent derrière leur souveraineté nationale pour couvrir de graves violations des droits de l'homme. Depuis, la «doctrine Annan» est devenu synonyme d'ingérence humanitaire. Les organisations non gouvernementales (ONG) lui en gardent une solide sympathie. Human Rights Watch a salué sa réélection, en affirmant que plus qu'aucun autre secrétaire général de l'ONU, il avait su mettre les droits de l'homme au coeur du travail des Nations Unies. On le crédite d'avoir hissé l'organisation au rang d'une autorité morale, ouverte à la société civile, aux ONG et au monde de l'entreprise.

Calme, policé, Kofi Annan est aussi un redoutable diplomate qui a su ménager le moment venu les grandes puissances pour assurer sa réélection. L'affaire était loint d'être gagnée. Après deux mandats à l'Afrique, c'était normalement le tour de l'Asie de désigner un candidat. Faute de consensus et de personnalité crédible, Kofi Annan était candidat unique. «C'est un homme qui surprend par beaucoup de charisme, d'autorité naturelle, poursuit Jean-David Lévitte. Il s'impose non pas par la force, mais au contraire par une extrême douceur, une autorité morale qui émane de lui tout naturellement et qui impose le respect à tous».

Kofi Annan exprime désormais «l'espoir que dans cinq ans les peuples du monde, pour qui cette organisation a été fondée, auront le sentiment qu'elle est plus proche d'eux, travaille mieux pour répondre à leurs besoins, et met le bien-être de l'individu au centre de tout ce qu'elle fait». Mais beaucoup attendent désormais du septième secrétaire général des Nations Unies qu'il retrouve une liberté de ton, quelque peu oubliée ces derniers mois pour cause de campagne électorale.



par Philippe  Bolopion

Article publié le 30/06/2001