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Défense

Bush déterminé à abandonner le traité antimissile

Plus que jamais, les Etats-Unis semblent décidés à faire cavalier seul sur la scène internationale. Le président américain George Bush a annoncé qu'il dénoncerait le traité antimissile ABM que la Russie soit d'accord ou non, et «au moment qui conviendra pour les Etats-Unis».
Depuis plusieurs mois, Washington semblait décidé à dénoncer le traité ABM sur les missiles anti-balistiques de 1972, l'un des obstacles majeurs au nouveau projet de défense de l'administration Bush : le déploiement d'un bouclier anti-missile au dessus des Etats-Unis. C'est dans ce cadre qu'au cours du mois de juillet, le Pentagone avait mené un test d'interception d'un missile par un autre, au-dessus de l'Océan Pacifique, au grand dam de la Russie et de la Chine.

Les inquiétudes autour de l'avenir du traité ABM avaient donné matière à rapprochement aux deux pays. Tous deux avaient signé un traité d'amitié, de non-agression et de coopération économique inédit le 16 juillet dernier. A Pékin, on s'agace surtout des possibilités d'extension du bouclier américain vers ses alliés directs en Asie, comme Taïwan, et le ministère des affaires étrangères appelait ce vendredi Washington «à agir avec prudence». Pour Moscou, le traité ABM de 1972 demeure la pierre angulaire de l'équilibre des relations internationales. «C'est la colonne vertébrale de la sécurité mondiale», a ainsi déclaré le président Vladimir Poutine.


Un nouvel essai d'interception de missile est prévu pour octobre

En effet, en 1972, l'équilibre de la terreur ne suffit plus à empêcher qu'une guerre nucléaire éclate et conduise à la destruction du monde. Les Etats-Unis comme la Russie cherchent à se prémunir d'éventuels tirs de missile en direction de son territoire : tous deux tentent de mettre au point des systèmes de défense coûteux dont la simple existence multiplie les risques de dérapage en renforçant le sentiment d'immunité des superpuissances. C'est pour mettre un terme à cette escalade que Leonid Brejnev et Richard Nixon concluent les traités SALT1 et ABM, le 16 mai 1972, à Moscou. Le premier de ses accords cherche à freiner la course aux armements par une réduction des armes stratégiques.

Quant au traité ABM (Anti-Balistic Missiles), il vise à maintenir les deux pays dans leur situation de vulnérabilité réciproque : il proscrit notamment la mise en place de systèmes anti-missiles couvrant l'ensemble du territoire d'un des pays. Chaque Etat ne peut installer plus de deux sites antibalistiques, dont l'un reste dévolu à la protection de sa capitale et il est désormais interdit de tester ou développer des systèmes ABM sur terre, en mer, dans les airs ou encore dans l'espace. Ce qui n'empêche pas les Etats-Unis de Ronald Reagan de se lancer, dix ans plus tard, dans le programme IDS (Initiative de défense stratégique, c'est à dire le fameux programme «Guerre des étoiles» aujourd'hui abandonné).

Aujourd'hui, dix ans après la fin de la guerre froide, les Etats-Unis souhaitent se prémunir des menaces posées par la prolifération des missiles balistiques dans des régions instables du monde. Cette nouvelle stratégie de Défense, concoctée par le secrétaire américain à la défense Donald Rumsfeld, vise avant tout à défendre le territoire américain de tirs accidentels ou des attaques des «Etats voyous» comme l'Iran, l'Irak, la Syrie ou la Corée du Nord. Or, la dénonciation du traité ABM est indispensable pour mener à bien ce projet. Washington a engagé des discussions intensives avec la Russie pour arracher un accord : mais ni les visites du secrétaire d'Etat adjoint John Bolton ni celles de la conseillère de Bush à la sécurité nationale Condoleeza Rice n'ont infléchi la position de Moscou.

La question du traité ABM a été également longuement abordée par les deux présidents au cours du sommet du G8 de Gènes et une rencontre entre les ministres américain et russe des Affaires étrangères Colin Powell et Igor Ivanov a été fixée au 19 septembre prochain. Officiellement, Washington espère toujours régler le problème par la concertation. Quitte à renoncer à l'abrogation pure et simple du traité en obtenant son amendement. En attendant, le Pentagone poursuit imperturbablement l'application de son programme : un second essai d'interception de missile est d'ores et déjà programmé pour le mois d'octobre. Et en annonçant clairement qu'il se passerait de l'accord de la Russie s'il le fallait, ce jeudi 23 août, George Bush ne laisse de toute façon plus grande place à la négociation.



par Nicolas  Sur

Article publié le 24/08/2001