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Timor-oriental

«<i>On a voté dans l'euphorie</i>»

Ce jeudi 30 août, les bureaux de vote ont fermé plus tard que prévu au Timor oriental. En présence de huit mille Casques Bleus, de la police locale d'un millier d'observateurs, environ 93% des électeurs (selon les premières estimations) se sont rendus aux urnes pour élire leur première Assemblée constituante. Lisa Hiller travaille pour le PNUD, le Programme des Nations Unies pour le Développement. Elle a assisté à cet événement qui marque le premièr pas du Timor vers son indépendance.
RFI : Quelles sont vos impressions après ce scrutin historique au Timor ?

Lisa Hiller : C'était vraiment incroyable. Très tôt ce matin les gens se sont rendus vers les bureaux de vote, certains se sont mis en marche avant le lever du soleil. La plupart des bureaux de vote avaient fermé à seize heures (07H00 TU), comme prévu, et d'autres ont prolongé leur ouverture car tout le monde n'avait pas encore pu voter. Les électeurs étaient là, ils attendaient calmement leur tour en de longues files, et il régnait un vrai sentiment d'euphorie. Après avoir voté les gens restaient un long moment à bavarder, c'était comme un pique-nique ou une fête, on sentait tout le monde heureux. Cela contrastait sans appel du référendum de 1999. Il y avait ici, dans ce geste de porter un bulletin dans l'urne, quelque chose d'un accomplissement. Je vous assure qu'on ne peut être témoin de cet événement sans éprouver soi-même une jubilation.

RFI : Seize partis étaient en lice, dont le légendaire Fretilin, le Front révolutionnaire de libération du Timor. Après plusieurs siècles d'histoire politique douloureuse, ces formations sont-elles prêtes à accepter le pluralisme ?

L.H.: C'est une question délicate. D'un côté, il est certain qu'il y a une aspiration globale à la démocratie. Durant la campagne électorale, il y eut de très nombreuses discussions, des consultations, des rencontres sur ce que signifie être un pays démocratique.

Mais les électeurs du Timor ont besoin que les partis s'affirment clairement. Beaucoup d'entre eux ne savent pas ce qu'est un parti, c'est la première fois qu'ils ont à voter. Même certains partis ne savent pas bien ce qu'on attend d'eux... Au cours de la campagne, ils étaient peu nombreux à développer un vrai programme, ou à se prononcer sur l'avenir du pays ou sur la Constitution. Or il me semble que pour marcher vers la démocratie, un peuple a besoin d'information, et de projets efficaces et clairement énoncés. Par exemple ces jours-ci, des candidates indépendantes ont défendu des points cruciaux, comme l'égalité de la femme ou l'instauration d'un système de santé. Cela, c'est vraiment important.

La «culture politique» est une plante qui n'a pas encore eu le temps de pousser au Timor. Ce sera un long processus pour le gouvernement à venir, et un enjeu important.

RFI : Que penser du «guerrier poète», Xanana Gusmao, qui sera selon toute vraisemblance le premier Président du Timor oriental ?

L.H.: Ce n'est pas un passionné de politique, il voulait au contraire se retirer. Il a annoncé il y a trois jours son intention de se présenter, et il semble qu'il l'ait fait à reculons. Cela dit, tout le monde compte sur lui, car il est une figure de stabilité.

RFI : Le Timor est très faible économiquement, très dépendant du marché û certains parlent d'une «bulle» éphémère - ouvert par la présence étrangère sur son territoire. Pour envisager son développement, peut-il compter à court terme ses hydrocarbures ?

L.H. : Le budget du Timor est actuellement de 600 millions de dollars. C'est très peu. Même s'il engage tout de suite une politique économique solide, cinq ans passeront avant qu'il n'en retire le moindre bénéfice. Il ne peut donc pas compter tout de suite sur le pétrole. Il lui faudra aussi développer d'autres richesses, comme le café ou la pêche ûmais il faudra également du temps. Mais le Timor est confronté à un double défi : s'il souffre d'une faiblesse économique, il lui faut aussi faire face à une grande carence en ressources humaines. Par exemple, il a très peu d'ingénieurs. La grande majorité des jeunes aura vraiment besoin de recevoir une formation.

RFI : Quel bilan faites-vous de la mission de maintien de la paix de l'ONU jusqu'à aujourd'hui ?

L.H : Cette mission figurera dans le Livre du Succès ! La première raison pour laquelle les gens étaient heureux aujourd'hui, c'est qu'ils se sentaient en sécurité. J'ai parlé avec beaucoup de personnes ici. Le manque de sécurité ûphysique, alimentaireà- est ce qui est ressenti le plus douloureusement. Depuis des siècles, un traumatisme profond a marqué leurs vies. Panser cette blessure est un enjeu considérable à l'avenir. C'est pourquoi la mission de pacification est une réussite, car elle touche un point vital pour les Timorais, de même que l'aide au développement. C'est pourquoi aussi, sans doute, il est souhaitable que les Nations Unies maintiennent une certaine forme de présence pour accompagner la genèse de ce nouvel Etat.




par Marie  BALAS Propos recueillis par

Article publié le 30/08/2001