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Côte d''Ivoire

Ouattara réclame de nouvelles élections

L'ancien Premier ministre ivoirien Alassane Ouattara est rentré à Abidjan après un an d’exil volontaire pour participer au Forum de réconciliation. Au cours de sa longue intervention il a réclamé samedi "l'élaboration d'une nouvelle Constitution" et de nouvelles élections présidentielles et législatives.


Alassane Ouattara a également souhaité une rencontre avec ses principaux adversaires politiques - le président Laurent Gbgbo, l'ex-président Henri Konan Bédié, l'ex-chef de la junte militaire Robert Gueï- "pour trouver de vraies solutions à la crise que traverse notre pays". "Notre crise est la conséquence d'une crise de légitimité. Il ne faut pas se voiler la face, pour sortir de cette crise il faut sérieusement nous atteler à l'élaboration d'une nouvelle constitution qui réaffirmera clairement l'égalité des droits et des devoirs de tous les citoyens", a-t-il déclaré. "La crédibilité des institutions étant mise en doute, et parce qu'elles ne sont pas représentatives de l'ensemble du peuple ivoirien, de nouvelles élections générales doivent être organisées". M. Ouattara avait été écarté des élections de l'an 2000 pour cause de "nationalité douteuse".

«Je suis Ivoirien à titre exclusif»

L'ancien Premier ministre de feu Houphouët-Boigny s'est très longuement penché sur la question de sa nationalité et de son éligibilité. Dénonçant une "véritable campagne de dénigrement" il a remis au "directoire" du Forum un certain nombre de pièces administratives, dont un passeport de son grand-père. "Ils savent bien (ses détracteurs) que je suis Ivoirien, que je suis Ivoirien à titre exclusif et que juridiquement je ne me suis jamais prévalu d'une autre nationalité", clause constitutionnelle qui selon ses adversaires le rend inéligible à la magistrature suprême, a-t-il précisé.

Evoquant les déclarations du président Gbagbo, qui a reconnu devant le Forum que certaines conditions d'éligibilité de la Constitution avaient pour but de "l'éliminer", l'ancien Premier ministre a dénoncé "une loi fondamentale dirigée contre un citoyen et tous ceux qui le soutiennent". Il a fustigé "une manipulation de la part d’une certaine classe politique qui rechigne à la compétition". "J'ai pardonné à tous mes frères, à tous mes adversaires politiques et je les invite à en faire autant et à tenir compte de la nécessité de notre cohésion nationale", a-t-il poursuivi.

Contrairement à l’ancien président Bédié, renversé lors du « putsch de Noël » de 1999, Alassane Ouattara continue de contester la légalité des élections dont lui-même a été exclu (mais pas son parti, le RDR). Il a peu de chances d’obtenir satisfaction, car une grande majorité d’Ivoiriens - dont de nombreux membres de son propre parti - ont manifesté leur attachement viscéral au résultat de la compétition, quelques heures à peine après le «putsch électoral» déclenché par le général Gueï à l’issue de la présidentielle de l’année dernière. Des dizaines de civils avaient alors péri sous les balles des forces de l’ordre, parce qu’ils s’opposaient à tout prix à la remise en cause d’un scrutin certes tronqué, mais légitime. Ce que Ouattara semble passer sous silence. Peut-être regrette-t-il aujourd’hui d’avoir poussé son parti à boycotter les législatives de l’année dernière, et de le priver ainsi d’une tribune exceptionnelle : l’Assemblée nationale.

Enfin, Ouattara réclame aussi une nouvelle Constitution, alors qu’il a lui même appelé à voter en faveur de celle qui vient d’être adoptée par référendum il y a un peu plus d’un an. L’ancien premier ministre n’a pas expliqué pourquoi il a changé d’avis, à propos d’une constitution qui a fait couler beaucoup d’encre et provoqué des polémiques sans fin ; mais qui a tout de même été adoptée par une très large majorité d’Ivoiriens.



par Elio  Comarin avec AFP

Article publié le 01/12/2001