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Sida

Des casques bleus à haut risque

La présence des forces de maintien de la paix des Nations unies, dont l’objectif est de permettre de rétablir la sécurité dans les pays ou les régions ravagés par des conflits, peut avoir des effets pervers lorsqu’elle devient un facteur de propagation du sida. Consciente de l’importance de cette question, l’ONU commence à prendre des mesures.
Le sida tue par millions, les guerres aussi. A la croisée de ces deux fléaux, les soldats deviennent des personnes à risque. Risque d’être contaminés mais aussi de participer à la propagation d’un virus sexuellement transmissible et très dévastateur. Victimes et agents de l’infection à VIH, les militaires font partie dans de nombreux pays, surtout en Afrique subsaharienne, des groupes de population où les taux de contamination sont parmi les plus élevés (parfois plus de 50%).

Cette réalité est d’autant plus inquiétante quand les soldats font partie des forces de maintien de la paix de l’ONU. Envoyés aux quatre coins de la planète au sein de contingents multinationaux, ils se retrouvent en contact avec des populations fragilisées auxquelles ils sont censés apporter appui et sécurité. Peter Piot, directeur exécutif d’Onusida, résume le paradoxe de cette situation en affirmant que ces soldats «doivent faire partie des solutions pas des problèmes». Or, les interventions des casques Bleus ont parfois «contribué à diffuser le sida». Cela a été le cas notamment au Cambodge.

Information, prévention, préservatifs

Pour limiter les risques liés aux opérations de maintien de la paix, les Nations unies commencent à mettre en œuvre des programmes de sensibilisation au sein de leurs forces. Peter Piot a d’ailleurs demandé à un groupe d’experts, militaires, juristes, spécialistes de santé publique, de rédiger un rapport et de faire des propositions concernant cette question. Le problème du dépistage obligatoire, avec comme corollaire l’exclusion des séropositifs des troupes, a notamment fait l’objet d’un examen attentif qui a mis en valeur que cette mesure n’était pas forcément la meilleure solution pour obtenir des résultats sur le terrain. Le test n’est, en effet, pas une garantie absolue car «les soldats peuvent être contaminés sur place» et le rendre obligatoire peut être mal interprété. «Les pays africains ont jugé cette mesure discriminatoire alors que dans l’armée américaine, c’est obligatoire. En même temps, ces tests sont contraires aux lois de plusieurs pays européens. Les Nations unies ont dû tenir compte de ces réactions». Les programmes de prévention sont, par contre, recommandés sans restriction. Car l’objectif n’est pas d’essayer d’envoyer une troupe «testée» et au-dessus de tout soupçon, ni de sélectionner les pays participants aux forces en fonction de leur coefficient de risque de contamination. Il s’agit surtout d’envoyer des troupes sensibilisées au problème, capables d’être des vecteurs de la prévention ou, au moins, de ne pas être responsables de la propagation du virus.

Si le dépistage confidentiel volontaire est recommandé, il doit être accompagné d’un véritable effort de sensibilisation et d’information. C’est pour cette raison qu’il y a désormais un conseiller chargé du sida dans chaque opération de maintien de la paix. Les forces envoyées actuellement en Sierra Leone, Erythrée, Ethiopie en bénéficient déjà. D’autres pays comme le Congo démocratique devraient suivre. Il s’agit pour le conseiller de «former les formateurs», c’est à dire de convaincre les officiers qui eux-même répercutent les messages sur les troupes. Pragmatique, Peter Piot estime que «c’est l’avantage de l’armée, il y a une pyramide». Un autre conseiller a la lourde tâche de faire passer le message sur le respect des femmes pour expliquer qu’elles ne sont pas des objets sexuels. Cette mission est, selon Peter Piot, «la plus difficile». Les préservatifs sont, d’autre part, disponibles «à volonté» dans les unités et un kit d’information dans lequel est glissé un exemplaire, est distribué à chaque soldat.

Les Nations unies essaient aussi de plus en plus de définir des programmes d’action avec les pays qui apportent leur contribution aux forces de maintien de la paix. Car l’effort global mené par les agences de l’ONU doit, pour avoir une réelle efficacité, être relayé par les Etats. C’est le cas avec le Sénégal ou la Thaïlande. D’autres pays, plus riches, ont déjà pris des initiatives dans ce domaine. Le gouvernement norvégien a ainsi commencé à mener un effort spécifique auprès de ses soldats et par leur intermédiaire. Il suit trois axes : informer les partenaires en matière de soins, mener des programmes de prévention auprès des civils dans la langue du pays, améliorer le comportement des troupes nationales. L’objectif étant pour le général de division Lars Solverg, de faire des soldats norvégiens présents au sein de la KFOR au Kosovo «des messagers de la prévention contre le sida».



par Valérie  Gas

Article publié le 02/02/2002