Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Proche-Orient

Sommet arabe : le scepticisme de la rue arabe

Officiellement, le monde arabe est optimiste et unifié, du Golfe à l’Atlantique. Cet optimisme des hommes politiques laisse toutefois l’homme de la rue sceptique.
De notre correspondant en Égypte

Officiellement, le monde arabe est optimiste, du Golfe à l’Atlantique. Au Caire comme à Ryad, les milieux politiques soulignent en effet que «les pays arabes n’ont jamais été aussi d’accord qu’aujourd’hui». D’accord sur le rejet de toute frappe américaine contre l’Irak. Une attitude qui a consommé l’échec de la tournée du vice-président américain Dick Cheney venu chercher un soutien des modérés arabes contre d’éventuelles opérations militaires contre Bagdad. Les gouvernements arabes sont aussi pleinement d’accord sur la nécessité de soutenir les Palestiniens et leur autorité.

La politique musclée du Premier ministre israélien Ariel Sharon a eu ce mérite, celle de faire taire les critiques contre le chef de l’Autorité palestinienne Yasser Arafat. Arafat dont les chances de participer au sommet restent très minces. Toutefois, certains diplomates estiment que son absence pourrait jouer pour lui. «Auparavant il tenait des discours peu charismatiques sur les souffrances des Palestiniens. Aujourd’hui son absence va être la meilleure démonstration de l’injustice subie par ce peuple non seulement au niveau arabe mais international».

La pression de la rue

Toutefois, on reconnaît en privé l’existence de divergences. Bagdad et Koweït restent à couteaux tirés notamment à cause de la question des «disparus koweïtiens». D’autre part, l’initiative de paix saoudienne, acceptée sur le principe, continue à diviser sur les détails. La question du retour des réfugiés palestiniens reste au centre des débats. Les modérés comme l’Égypte, l’Arabie Saoudite et la Jordanie sont partisans d’une formule «souple» qui parle d’une «solution équitable» tandis que les Syriens, Libanais et Libyens insistent sur la mention du «droit au retour» de tous les réfugiés (près de 3,5 millions de Palestiniens vivent en dehors de la Cisjordanie et Gaza). Cette question sera au centre des travaux préparatifs au sommet qui commencent lundi 25 mars avec une réunion formelle des ministres arabes des affaires étrangères.

La presse reste, elle aussi, optimiste. Certains éditorialistes vont jusqu’à penser que la réunion de Beyrouth pourrait être «un sommet historique» où les Arabes parleront de la même voix. Une unité qui «pourrait forcer Washington à réviser sa politique de soutient aveugle à Israël».

Toutefois, cet optimisme laisse l’homme de la rue sceptique. Des promesses, il en a entendues. Du discours va-t-en guerre aux promesses de paix prospère. Mais la réalité têtue est toujours venue démentir ces lendemains qui chantent. Aujourd’hui la rue arabe, échauffée par les images véhiculées par les télévisions sur la situations dans les territoires palestiniens, se rapproche du seuil de saturation. Les manifestations qui se multiplient du Caire à Beyrouth en passant par Amman mettent la pression sur le gouvernements arabes. Des gouvernements qui doivent maintenant prendre en considération les conséquences de résultats décevants sur leur opinion publique. Une opinion qui jusqu’à récemment, était tenue pour quantité négligeable.



par Alexandre  Buccianti

Article publié le 25/03/2002