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Médias

Berlusconi et Murdoch se disputent les dépouilles de Kirch

La disparition désormais inéluctable de l’empire de Leo Kirch provoque une vive polémique entre Européens à cause surtout du conflit d’intérêt concernant Silvio Berlusconi, à la fois premier ministre italien et magnat médiatique. Celui-ci pourrait en effet se partager, avec son «ami» Rupert Murdoch, les dépouilles d’une entreprise criblée de dettes. Et ainsi intervenir dans le débat politique allemand via ses télévisions, à quelques mois des élections législatives de septembre prochain.
Une petite phrase prononcée à Berlin par le chancelier allemand Gerhard Schröder, et rendue publique jeudi soir à quelques heures d’une réunion cruciale autour de l’avenir de l’empire de Léo Kirch, a aussitôt provoqué une série de réactions en chaîne, dans les milieux politiques comme financiers. Mais elle a surtout empêché que les deux principaux «vautours» qui tournoyaient depuis des semaines au-dessus du groupe allemand, Berlusconi et Murdoch, ne se partagent déjà les dépouilles de Kirchmedia, la filiale du groupe regroupant les chaîne de télévision en clair (Pro-Sieben, Kabel1, N24 et Sat1), et les sommes colossales liées aux droits de films et à ceux du football.

«A propos de Berlusconi, a dit le chancelier allemand, je crois que cela n’irait pas sans poser de problèmes que le chef de gouvernement d’un pays ami puisse exercer une influence dans le paysage médiatique allemand au travers de son entreprise privée. Il faut au moins une séparation crédible des affaires et de la politique». Cette prise de position a-t-elle aussitôt repoussé aux calendes grecques le «règlement» de l’affaire Kirch, tel qu’il avait été annoncé par le Financial Times ?

Selon celui-ci, le compromis mis au point ces derniers jours devait assurer à Berlusconi et à Murdoch la majorité des 79% du capital de Kirchmedia détenus par Leo Kirch, tandis que les banques créancières devaient se contenter d’une minorité inférieure à 40%. Mais lors la réunion cruciale de jeudi soir celles-ci ont préféré jouer la montre en attendant que les autres investisseurs (Murdoch et Berlusconi) «présentent un plan de sauvetage solide». Elles ont ainsi obtenu que le verdict final sur le groupe Kirch soit reporté de quelques jours.

Berlusconi, un «ami» très encombrant pour Stoiber

En fait, un autre grand du paysage médiatique allemand avait entre temps fait son entrée en scène: Axel Springer (propriétaire des quotidiens Die Welt et Bild, mais présent lui aussi dans le capital de Kirchmedia) s’est soudainement dit prêt à favoriser une «solution incluant Murdoch et Berlusconi», dans le but évident de prendre encore davantage pied dans les télévisions allemandes. Des manœuvres de dernière minute qui semblent viser plus Berlusconi que Murdoch, selon les souhaits explicites de Schröder lui même, qui avait tenu à préciser qu’il n’était pas du tout opposé à l’arrivée de Murdoch, dont les succès en Grande Bretagne dans le domaine de la télévision payante sont, à ses yeux, plus que probants.

En réalité, la disparition programmée de l’empire Leo Kirch, un proche de l’ancien chancelier Helmut Kohl, inquiète tous les milieux nationalistes allemands, car elle peut hypothéquer l’issue du prochain scrutin. Elle risque aussi de priver la CDU-CSU (droite) d’un soutient non négligeable. Pour son candidat aux élections législatives de septembre prochain, Edmund Stoiber, actuellement chef de gouvernement de la Bavière, l’arrivée éventuelle au cœur de l’audiovisuel allemand de l’«ami» Silvio Berlusconi -ils partagent le même groupe parlementaire à l’Assemblée de Strasbourg- n’est vraiment pas souhaitable. Selon le quotidien bavarois Süddeutsche Zeitung, Stoiber «adore par-dessus tout son ami Berlusconi quand il est très loin, à Rome»… Cet «ami» plutôt encombrant avait pourtant été invité par la CSU, à l’automne dernier; mais le leader de Forza Italia s’était finalement décommandé.

Enfin, le conflit d’intérêt du Premier ministre italien fait d’ores et déjà des vagues comparables en Espagne, où son groupe détient 44% de la télévision Telecinco. Berlusconi compte en effet augmenter de façon significative sa participation dans cette télévision, en récupérant le paquet d’actions détenu jusque là par Kirch et que la Dresdner Bank a en quelques sorte «gelé» ces derniers jours. En attendant des jours meilleurs.



par Elio  Comarin

Article publié le 29/03/2002