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Togo

Le dialogue renaît

La libération il y a deux semaines de l'avocat Yawovi Agboyibo semble relancer le débat politique au Togo avec la reprise mardi du dialogue entre la mouvance du président Eyadéma et l'opposition.
Ils étaient tous présents mardi matin, membres de la mouvance du président Eyadéma et de l'opposition, dans la salle de conférence de l'Hôtel-Ecole Le Bénin à Lomé, pour reprendre le dialogue politique là où ils l'avaient laissé en septembre dernier. Ouattara Fambaré Natchaba, président de l'Assemblée nationale, le général Sizing Walla, Koffi Sama, secrétaire général du Rassemblement du peuple togolais (RPT, au pouvoir), Joseph Kokou Koffigoh, ancien Premier ministre pour ne citer que ceux-là, de la mouvance présidentielle.

Du côté de l'opposition, les principaux leaders ont fait le déplacement : Yawovi Agboyibo du Comité d'action pour le renouveau (CAR), fraîchement libéré de prison pour diffamation, Edem Kodjo de la Convergence patriotique panafricaine (CPP), Léopold Gnininvi de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA) et Jean-Pierre Fabre, secrétaire général de l'Union des forces de changement (UFC) de Gilchrist Olympio.

L'ambiance était bon enfant. «C'était surprenant !», a observé un membre du Comité paritaire de suivi, l'organe au sein duquel se poursuit le dialogue né des accords politiques de juillet 1999 entre la mouvance présidentielle et l'opposition. Le ton était même conciliant, à l'instar de l'avocat Yawovi Agboyibo, après plus de sept mois passés en prison. Il a répété mardi que «le passé, c'est le passé», avant de réitérer sa disponibilité «sans retenue» pour apporter sa contribution «à la poursuite de l'oeuvre commune» que l'Accord-cadre de Lomé leur a assignée. Principale mission : l’organisation des élections législatives anticipées prévues, en principe pour 2000, pour faire représenter l'opposition à l'Assemblée nationale, constituée exclusivement de députés du parti au pouvoir

L’opposition dénonce toujours la modification du code électoral

Seule fausse note de la reprise de ce dialogue que les deux parties semblent à présent vouloir paisible, la modification en février dernier par l'Assemblée nationale de la loi électorale. L'opposition dans son ensemble a exigé l'abrogation «pure et simple» de la nouvelle loi. La raison est simple : «en s'arrogeant le privilège d'élaborer unilatéralement» le code électoral devant régir les élections législatives, la mouvance présidentielle a rejeté le principe de base de l'Accord-cadre de Lomé qui est l'organisation «consensuelle» des élections, a souligné le parti de l'opposant Gilchrist Olympio dans une déclaration à cette première séance. «Si le processus du consensus pour organiser les élections est rejeté, il n'y a plus d'Accord-cadre de Lomé», précise la déclaration. Et s'il n'y a plus d'Accord-cadre de Lomé, il se pose alors un problème de cadre de discussion.

La mouvance du président Eyadéma s'est pour le moment donné le temps nécessaire, jusqu'à la prochaine séance, de réfléchir à la réponse à donner aux exigences de l'opposition. Elle avait déjà souligné que les modifications apportées au code électoral n'affectent en rien le caractère consensuel et paritaire des accords de Lomé. Les prochaines discussions promettent beaucoup compte tenu de la divergence de points de vue. Mais, des deux côtés, il y a un impératif : l'organisation des législatives anticipées reportées sine die début mars dernier, en raison de l'absence de la Commission électorale nationale indépendante (CENI). Celle-ci ne pouvait être reconstituée que lorsque le consensus sera dégagé sur la nouvelle loi électorale.

Il est évident, aux yeux de plusieurs observateurs, que les élections ne résoudront pas la longue crise togolaise. Mais elles constituent le passage obligé pour que le Togo renoue avec la communauté internationale, 9 ans après la suspension de la coopération. A sa sortie de prison, Me Agboyibo avait appelé à une «réflexion de fond» sur les élections, au-delà du dialogue formel mené jusqu'ici. «Nous n'y parviendrons qu'en nous interrogeant rationnellement sur le type de configuration politique qui puisse garantir à notre pays une stabilité propice à la reconstitution nationale», a-t-il répété à la reprise du dialogue. L'idée semble faire l'écho de l'appel lancé dans la presse par l'ex-Premier ministre Edem Kodjo sur le grand pardon qu'est l'élaboration de «garanties sérieuses et fiables susceptibles de rassurer les tenants du pouvoir et de conduire le Togo vers des lendemains assurés et stables».



par Guy  Mario

Article publié le 26/03/2002