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Burkina Faso

La méningite a fait plus de 1000 morts en trois mois

Décidément le Burkina semble abonné à la méningite ! Après avoir fait plus de 1800 morts l’an dernier, l’épidémie est encore revenue cette année. En quelques trois mois, elle a déjà tué (officiellement) 1059 personnes. Et pourtant, le gouvernement burkinabé avait procédé en janvier dernier à une vaste campagne de vaccination préventive.
De notre correspondant au Burkina Faso

La méningite se manifeste par une fièvre forte et brutale avec le plus souvent des douleurs au cou et des tâches sur la peau. Chez les enfants, les symptômes sont l’élévation brutale de la température du corps, la fontanelle bombée et des pleurs. Transmis par le vent et la poussière, le germe sévit de façon cyclique dans les régions du Sahel et de savane pendant les périodes de l’année où souffle l’harmattan. En 1996, l’épidémie avait été particulièrement meurtrière au Burkina : 4363 morts officiellement enregistrés. En 1997, elle tuait 2460 personnes avant que le gouvernement ne se décide à lancer une vaste campagne de vaccination. Un vaccin certes efficace, du moins contre la forme la plus répandue (le méningocoque A+C), mais qui ne protège que pendant une période de trois ans. C’est donc logiquement que la maladie est réapparue l’année dernière où elle a fait 1854 décès. Critiquée pour son manque d’anticipation, le gouvernement burkinabé a rapidement procédé à une opération de vaccination dans 28 des 53 districts sanitaires du pays avant de couvrir au cours des deux dernières semaines de janvier dernier le reste du territoire. Mais le germe A, sans doute, eu le temps de se propager. Pis, un nouveau germe est apparu aggravant la situation. Selon les autorités sanitaires burkinabé, les doses de vaccins contre cette nouvelle souche qui aurait été à l’origine de la grave épidémie de méningite en 2000 à la Mecque sont en quantité insuffisante sur le marché international. «L’ensemble des grands laboratoires contactés ne disposent que seulement de 25 000 doses», indique le docteur Sylvestre Marie-Roger Tiendrébéogo, chargé du suivi de l’épidémie à la direction de la médecine préventive. En plus, souligne le ministère de la Santé, ce vaccin «coûte excessivement cher : entre 35 000 et 40 000 FCFA la dose.» Dans ce cas, la seule solution reste donc une prise en charge rapide des malades estimée à environ 10 000 FCFA pour un cas moyen. «Si l’on se présente tôt à l’hôpital, on écarte le risque de mourir», explique le docteur Salam Sanné de MSF venu appuyer le personnel du Centre médical de Pissy, un des quartiers les plus affectés à Ouagadougou. Le gouvernement a décrété la gratuité des soins sur tout le territoire. Mais certaines des 875 formations sanitaires du pays n’ont reçu les médicaments qu’en fin février tandis que d’autres connaissaient des ruptures de stocks.

L’épidémie s'est accentuée aux premiers jours d'avril

Depuis fin mars, l’épidémie est à son pic. A tel point que certains hôpitaux sont débordés. Ici, les malades sont couchés à même le sol dans les couloirs des salles d’hospitalisation. Là, ils sont sur des nattes sous des tentes dressées par la Croix rouge. «Il y a quelques jours encore, on recevait parfois 75 malades par jour, explique le docteur Elise Ouédraogo, médecin-chef du district sanitaire de Pissy. Le personnel était à bout de force. On a dû faire appel aux infirmiers qui sont dans les dispensaires de la zone. L’armée, la Croix rouge et MSF nous ont aussi envoyé des infirmiers et médecins.»
Alors que tout le monde s’attendait à une baisse du nombre de cas par semaine avec l’arrivée des premières pluies de la saison censées atténuer le vent et la poussière, l’épidémie s’est révélée encore plus sévère au cours des premiers jours du mois d’avril. Du 1er au 7, on a enregistré 2297 cas avec 246 décès. Ce qui porte le nombre total de cas à 8446 dont 1059 morts. Face à la gravité de la situation, le ministère de la Santé a lancé un appel aux bailleurs de fonds du pays pour l’aider à acheter les médicaments et les consommables nécessaires à la prise en charge des malades. Un premier tour de table a permis de recueillir en quelques jours un peu plus de 400 millions de FCFA.
Dans une déclaration parue dans la presse, le puissant syndicat des travailleurs de la santé humaine et animale (Syntsha) critique le gouvernement pour sa mauvaise gestion des épidémies. Le Syntsha appelle le gouvernement à «poursuivre la vaccination contre le méningocoque A+C» et à «rendre disponible le vaccin contre la souche W135 et l’inclure désormais dans les campagnes de vaccinations.»



par Alpha  Barry

Article publié le 13/04/2002