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Les accords de défense Paris-Abidjan

La France et la Côte d’Ivoire sont liées par pas moins de sept accords dans le domaine militaire : un accord général de défense d’avril 1961, une convention secrète concernant le maintien de l’ordre et considérée par Paris comme caduque, bien que n’ayant jamais été officiellement dénoncée, et enfin cinq accords techniques signés entre 1965 et 1998.

Houphouët a toujours considéré ces accords, ainsi que la présence de forces permanentes à Port Bouët et l’assistance militaire technique (matériels et formation) comme un « parapluie » garantissant la sécurité du pays, sans qu’ils soit nécessaire de dépenser démesurément pour développer une armée ivoirienne.

Depuis l’indépendance la sécurité de la Côte d’Ivoire n’a jamais été sérieusement menacée : le système du parapluie français a correctement fonctionné.

Les difficultés ont commencé à surgir en 1990, à l’occasion des mutineries et manifestations qui avaient secoué Abidjan. Pour la première fois, le président Houphouët-Boigny demandait une intervention française dans le cadre des fameux accords de défense. Le président français François Mitterrand, à propos de l’affaire tchadienne, avait clairement fixé sa doctrine en la matière : Paris n’interviendrait pas en Afrique pour des raisons de sécurité intérieure, mais seulement dans le cas d’une agression extérieure contre ses partenaires, et bien sûr si la sécurité de ses ressortissants devait être menacée. Ce fut donc une réponse négative.

Depuis la France a de nouveau été sollicitée à plusieurs reprises. En décembre 1999, dès le premier jour du putsch, Henri Konan Bédié demandait l’application des accords de défense… qui lui fut refusée. En janvier 2001, lors de l’opération de la « Mercedes noire », Laurent Gbagbo prenait la mesure de l’état de faiblesse extrême des armées ivoiriennes et demandait là aussi une aide massive de la France dans le cadre des accords de Défense. Paris décidait à partir de juin 2001 de relancer sa coopération militaire, sans toutefois répondre favorablement à toutes les demandes ivoiriennes.

En septembre 2002, c’est la quatrième fois que les autorités ivoiriennes invoquaient les accords militaires, pour obtenir une aide. Réponse de Paris : ces événements ne pouvant être considérés comme une agression extérieure caractérisée, mais comme une affaire intérieure ivoirienne, une aide logistique peut être fournie dans le cadre des accords de coopération (notamment les accords de 1965 et de 1978).

La France, depuis septembre 2002, s’est lourdement engagée en Côte d’Ivoire dans des conditions ambiguës. Face à une opération organisée et des assaillants bien équipés, les forces armées ivoiriennes, peu nombreuses, mal dotées en moyens matériels, indisciplinées, se sont révélées incapables de jouer un rôle. Le pari lancé sur la Cedeao pourra-t-il être relevé ? Sans doute pas comme une vraie alternative à la présence militaire française.

Article publié le 07/11/2002