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Irak

Agacé, Washington critique «<i>la vieille Europe</i>»

Il y a quelques semaines encore, il paraissait plausible de parvenir à concilier les positions américaine et britannique d’une part et française de l’autre concernant le dossier irakien. Aujourd’hui rien n’est moins sûr tant les positions des uns et des autres se sont radicalisées. Paris, soutenu par Berlin qui depuis des mois affirme son opposition catégorique à une guerre contre le régime de Saddam Hussein, plaide pour une poursuite des inspections de l’ONU, estimant pour l’instant «injustifiée» une offensive militaire. Une position réaffirmée avec force par Jacques Chirac et Gerhard Schröder à l’occasion du 40ème anniversaire du traité de l’amitié franco-allemande, ce qu’a visiblement très peu apprécié Washington qui estime que Paris et Berlin ne sont pas représentatifs des opinions européennes.
A en croire Donald Rumsfeld, la majorité des pays européens est favorable à une intervention militaire destinée à renverser le régime de Saddam Hussein. Le secrétaire à la Défense, visiblement agacé par l’alliance affichée de Paris et Berlin sur ce dossier a en effet déclaré, en des termes très peu diplomatiques, qu’il ne voyait pas «l’Europe comme étant l’Allemagne et la France». «Je pense, a-t-il affirmé, que c’est ’la vieille Europe’ et si vous regardez l’Europe entière, son centre de gravité passe à l’Est». Et pour ne laisser planer aucun doute sur son raisonnement, il a souligné, faisant référence aux sept pays de l’Europe orientale généralement pro-américains qui viennent d’adhérer à l’OTAN qu’«un grand nombre de pays ne sont pas avec la France et l’Allemagne mais avec les Etats-Unis». Dans ce même contexte, le secrétaire d’Etat Colin Powell a de son côté conseillé à Paris et Berlin d’attendre le rapport des inspecteurs de l’ONU qui doit être présenté lundi devant le Conseil de sécurité avant de s’opposer à une intervention armée. Il a en outre implicitement accusé les deux pays de faire semblant d’ignorer le fait que l’Irak ne se conformait pas à ses obligations internationales. «Il y a certains pays de par le monde qui voudraient simplement se détourner de ce problème et prétendre qu’il n’existe pas», a-t-il notamment affirmé.

Ce durcissement de ton de Washington à l’égard de la France et de l’Allemagne a été très mal accueilli dans les deux pays. «Nous avons une Europe qui regarde vers l’avenir», a notamment affirmé le chef de la diplomatie française Dominique de Villepin, en réponse aux propos de Donald Rumsfeld, tandis que le ministre de l’économie Francis Mer se déclarait «vexé» estimant notamment nécessaire de rappeler que «cette vieille Europe a des ressorts et est capable de rebondir». Pour le socialiste Jack Lang, «le jeu de M. Rumsfeld est irresponsable, dangereux et criminel». Selon lui, «le gouvernement américain est le meilleur allié objectif des fanatiques et des terroristes». La critique a également été virulente en Allemagne où le socio-démocrate Hans Ulrich Klose a qualifié les propos du secrétaire à la Défense américain d’«inconvenants». «Les Américains ne devraient pas essayer de diviser les Européens en bons et moins bons», a-t-il notamment affirmé, tandis que l’un des experts en politique européenne des chrétiens-sociaux, Berbd Posselt, estimait que les critiques de Donald Rumsfeld étaient «néocolonialistes». «Les Etats-Unis devraient apprendre que l’Union européenne est un partenaire et non pas un protectorat», a-t-il souligné.

L’OTAN divisée

Ce raidissement dans les rapports entre Américains d’une part et Allemands et Français d’autre part risque de s’accentuer dans les jours qui viennent. Berlin, qui doit présider en février le Conseil de sécurité de l’ONU, a en effet l’intention de demander un deuxième rapport aux inspecteurs en désarmement sur l’Irak. «Nous voulons qu’ils continuent à travailler et s’ils doivent continuer à le faire, ils doivent aussi faire un rapport», a annoncé le chef de la diplomatie allemande Joschka Fischer. En réclamant un nouveau rapport pour le 14 février, l’Allemagne pourrait ainsi empêcher une guerre contre l’Irak dans l’immédiat. Cette mesure est visiblement soutenue par la France puisque Dominique de Villepin a souligné qu’il était «très important d’aborder la situation dans un esprit commun». Il a rappelé que le rapport du 27 janvier devant le Conseil de sécurité sera «l’occasion de faire le point».

Mise à part la convergence de point de vue de Paris et Berlin sur le dossier irakien, l’agacement de Washington est sans doute également dû aux difficultés de l’OTAN à parvenir à un accord sur le rôle de l’organisation en cas de conflit avec Bagdad. Réunis mercredi à la demande des Etats-Unis pour décider d’un éventuel soutien à la Turquie, pays voisin de l’Irak, les 19 pays membres de l’Alliance sont restés très divisés sur la question. Les Américains, qui attendent de l’OTAN un soutien logistique n’impliquant pas une participation directe au conflit, ne sont pas parvenus à convaincre leurs alliés. Toute décision devant se faire sur la base du consensus, Washington n’est donc pas prêt d’obtenir le soutien qu’il réclame. Certains pays refusent en effet de se placer dans une logique de guerre et estiment que l’annonce immédiate d’une position de l’OTAN risque de «nuire aux efforts diplomatiques en cours», destinés à trouver une issue pacifique à la crise.

Très conscient des réticences de Paris à s'engager dans un conflit contre l'Irak sans l'aval des Nations unies, Washington est passé à l'offensive jeudi en affirmant qu’«il est tout à fait possible que la France ne soit pas dans les rangs» d'une coalition contre le régime de Bagdad.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 23/01/2003