Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Irak

ONU : les inspecteurs au rapport

Il ne s’agit pas d’une date «butoir». Américains et Britanniques n’ont pas cessé de le rappeler ces derniers jours. Il n’empêche que la réunion du Conseil de sécurité de l’ONU durant laquelle, les inspecteurs en désarmement, vont exposer, lundi, leur rapport d’étape sur la situation en Irak, est tout de même très importante. Dans un contexte où le monde entier s’interroge sur l’éventualité d’une guerre contre le régime de Saddam Hussein, les réactions à cette réunion, tant annoncée et attendue, vont influer sur les différents scénarios envisageables pour gérer la crise. Le discours sur l’état de l’Union, que George W. Bush doit prononcer le lendemain, étant un autre moment fort dans ce processus.
Mohamed ElBaradeï, le directeur général de l’Agence internationale de l’Energie atomique, a annoncé dès ce week-end qu’il allait demander au Conseil de sécurité des Nations unies, d’accorder «plusieurs mois» supplémentaires aux inspecteurs qui n’ont pas fini leur travail sur place. Selon lui, la coopération avec Bagad a été «bonne dans certains domaines» mais devrait néanmoins être «plus active dans d’autres». Et en tout état de cause, les inspecteurs n’ont pas encore pu mener à bien tous leurs travaux.

Le rapport qu’il doit présenter avec Hans Blix, le directeur de la Commission de contrôle, d’inspection et de vérification des Nations unies (Cocovinu), précisera l’état d’avancement des investigations et les conclusions qu’il faut en tirer. Mais pour les Américains, la part du doute est infime. Washington estime que Saddam Hussein ment et que l’Irak dispose d’armes de destruction massive. Le refus de plusieurs scientifiques irakiens de répondre en privé aux questions des inspecteurs, ces derniers jours, est venu ajouter un élément à un argumentaire bien huilé, sur le manque de coopération «inacceptable» de l’Irak, révélateur, du point de vue américain, du fait que ce pays a des choses à dissimuler.

Pourtant, l’enjeu de la réunion du 27 janvier qui avait été envisagée, un temps, comme la dernière étape avant la guerre, a été relativisé ces derniers jours par ceux-là même qui avaient fait auparavant monter la pression. A commencer par le Premier ministre britannique, Tony Blair, l’indéfectible allié des Américains, qui a affirmé dimanche qu’il fallait donner aux inspecteurs «autant de temps qu’il faudra». Une manière de minimiser l’impact des déclarations de George W. Bush, il y a quelques jours, dans lesquelles le président américain estimait que «le temps était compté» pour Saddam Hussein. Le porte-parole de la Maison Blanche, Ari Fleischer, s’est lui-aussi appliqué à rappeler que le 27 janvier n’était en aucun cas «une date finale ou d’échéance».

Grandes manœuvres au Koweït

Il n’empêche que sur le terrain, Washington et Londres continuent à mettre en place un dispositif militaire impressionnant et à préparer les troupes déjà présentes dans la région à une intervention. Des manœuvres très importantes, qui ont tout d’une répétition générale, doivent notamment commencer dimanche soir au Koweït. D’un autre côté, Colin Powell, le secrétaire d’Etat américain, a fait lors de son intervention au Forum économique de Davos, des déclarations sans ambiguïté sur les intentions américaines. Il a estimé que Saddam Hussein avait des liens avec Al Qaïda, le réseau terroriste d’Oussama Ben Laden et que les Etats-Unis étaient «déterminés» à faire en sorte «qu’il ne soit pas permis à la situation actuelle de durer». Il a aussi affirmé que les Américains «restaient prêts à agir même si d’autres ne sont pas disposés à se joindre à nous», précisant quand même qu’une douzaine de pays étaient d’ores et déjà d’accord pour participer à une guerre.

Colin Powell a ainsi répondu aux Français et aux Allemands qui ont marqué leur distance face à Washington, la semaine dernière, et ont déclaré clairement leur opposition à une guerre. Une attitude que les Etats-Unis n’ont pas du tout apprécié. D’autant que l’option du vote d’une autre résolution de l’ONU pour décider d’une intervention est toujours envisagée et que dans ce cas, Washington aura besoin de tous les soutiens.

Dans de nombreux pays, en effet, le recours à l’ONU est réclamé à la fois par les politiques mais aussi par les opinions publiques qui se prononcent globalement contre la guerre, même en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis. Certains sondages révèlent, par exemple, que deux Américains sur trois sont opposés à une intervention en Irak sans accord de l’ONU.

Dans ce contexte, la demande d’un délai supplémentaire pour terminer les inspections a toutes les chances d’aboutir. Le tout est de savoir si, du point de vue américain, il s’agit d’une véritable volonté de laisser une chance à la paix ou simplement d’avoir le temps de préparer une intervention déjà décidée et d’être prêts à attaquer ? Des indications sur les intentions des Américains apparaîtront peut-être dans le discours sur l’état de l’Union que George W. Bush doit prononcer mardi.



par Valérie  Gas

Article publié le 26/01/2003