Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Guerre en Irak

Un rôle "vital" ou "central" pour l’ONU

Les incursions d’hier font place aujourd’hui à une occupation en règle de la capitale irakienne. Plusieurs bataillons font la jonction au centre ville de Bagdad. Les avancées sont appuyées par des hélicoptères, des avions de combat qui assurent la protection aérienne pendant qu’au sol, chars et soldats à pied prennent position sur des points stratégiques de la ville. Au moment où la chute de Bagdad ne fait plus aucun doute, débute une intense activité diplomatique pour la gestion de l’après guerre en Irak.
Au 20ème jour de la guerre, les troupes américaines sont effectivement dans Bagdad. La 1ère division des marines a pénétré dans Bagdad par les faubourgs est et progresse vers le contre de la ville. D’autres détachements sont entrés par le nord et l’ouest resserrant l’étau autour de la résistance irakienne réduite à des actions isolées et désordonnées. Les Américains craignant des combats de rue ont soumis les poches de résistance à des bombardements très violents. Les hélicoptères qui volent à très basse altitude tirent à vue sur des objectifs désignés et susceptibles d’abriter des soldats ennemis, avant que les hommes à pied n’investissent les lieux. Des maisons sont fouillées et les Américains disent y avoir récupéré de nombreuses armes et munitions de guerre.

Autour de l’aéroport, Saddam Hussein, rebaptisé Aéroport international de Bagdad, 6 000 soldats américains ont déjà pris leur quartier. De leurs positions sont lancées des opérations sur Bagdad. La maîtrise de l’espace aérien a permis à l’état-major américain d’envoyer au combat des avions A-10, appelés «tueurs de chars» pour mener des attaques d’une rare violence sur les bâtiments publics. Les chars Abrams américains ont aussi participé aux combats avant de prendre position sur les différents ponts de la ville. Les Américains se sont rendus maîtres des mouvements à l’entrée et la sortie de la ville. Contrairement aux jours précédents où une certaine activité urbaine était perceptible dans Bagdad, aujourd’hui les rues de la capitale sont désertes. Les seules activités remarquées sont la fuite des populations en voitures, camions, mini bus, occasionnant même en milieu d’après-midi un embouteillage aux sorties de Bagdad.

Renverser Saddam Hussein, oui, faire la police, non

Au nord, à Mossoul et à Kirkouk, l’aviation de la coalition américano-britannique a maintenu ses bombardements devenus classiques réduisant presqu’à néant la défense irakienne. Les alliés en compagnie des soldats Kurdes ont obtenu la reddition d’un détachement de l’armée irakienne. Les Américains auraient aussi réfréné les ardeurs des combattants Kurdes qui menacent de donner l’assaut sur certaines villes irakiennes. A l’extrême sud du pays, à Bassorah, les forces britanniques disent contrôler la quasi totalité de la ville mais elles se refusent à toute mission de police. Cette situation laisse la deuxième ville irakienne de plus d’un million et demi d’habitants sans encadrement ni administration. Un laisser-aller qui profite aux pilleurs qui dépouillent tous les lieux publics de leurs équipements. L’impunité ajoute au climat de chaos obligeant les Britanniques à prendre des initiatives en matière de sécurité, car ils sont maintenant responsables de tout ce qui se passe dans la ville.

Pour pallier ce vide, la coalition a dû revoir son calendrier de gestion de l’après Saddam Hussein. Une autorité locale traditionnelle chiite vient d’être contactée pour prendre les rênes de la ville, et même de la province. Son nom est gardé secret, pour l’instant, et il aura pour mission de former un gouvernement provisoire et reprendre en main l’administration de la province sous le contrôle de la coalition américano-britannique. Par ailleurs, l’opposition irakienne en exil à Londres annonce la tenue d’une réunion le 12 avril à Nassiriyah au sud de l’Irak.

De l’après Saddam Hussein, il a été aussi question à Belfast en Irlande du nord entre Tony Blair et George Bush. Une conférence de presse commune leur a permis de dire le rôle qu’ils souhaitent voir l’ONU jouer après la guerre en Irak. Ils ont ensemble parlé d’un rôle «vital», mais donnent à cet adjectif des sens différents. Tony Blair veut voir l’ONU organiser la nouvelle administration d’après guerre alors que George Bush veut confiner l’ONU dans une mission humanitaire. Jacques Chirac, le chef de l’Etat français ne l’entend pas de cette oreille et voit plutôt l’ONU dans un «rôle central» dans la reconstruction en Irak. «Il appartient à l’Organisation des Nations unies, d’assumer, et elle seule, la reconstruction politique, économique, humanitaire, administrative de l’Irak», a-t-il ajouté. Gerhard Schroeder, le chancelier allemand, Jacques Chirac, le président français et Kofi Annan, secrétaire général de l’ONU se retrouveront à Saint-Pétersbourg, en Russie, les 11 et 12 avril autour du président russe, Vladimir Poutine pour parler de la guerre en Irak qu’ils ont toujours dénoncée et évoquer l’après Saddam Hussein.

La rencontre de Saint-Pétersbourg aura des allures de mini sommet européen et on y parlera forcément de Défense européenne dont il sera question à Bruxelles en Belgique à la fin du mois d’avril. La rencontre de Bruxelles réunira les principaux opposants européens à la guerre en Irak, parmi lesquels la Belgique et le Luxembourg. La Grande Bretagne qui tient tout de même à sa place dans l’Europe de la Défense lance une offensive diplomatique en poussant au développement et à l’approfondissement des «relations bilatérales en particulier en matière de défense» avec l’Allemagne précise le ministre britannique de la Défense Geoffroy Hoon. A l’issue de sa visite à Berlin, ce jour il a attiré l’attention de son homologue allemand, Peter Struck sur «le soutien de la population de Bassorah» en Irak aux troupes britanniques. Il a aussi fait remarquer les «efforts de la Grande Bretagne pour améliorer l’approvisionnement des habitants de Bassorah». Jack Straw, le ministre britannique des Affaires étrangères, participe aussi à l'offensive diplomatique. Il prend son petit-déjeuner à Paris en compagnie de Dominique de Villepin, le ministre français des Affaires étrangères, le 9 avril et déjeune à la mi-journée à Madrid avec son homologue espagnole, Ana Palacio.



par Didier  Samson

Article publié le 08/04/2003