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Islam en France

Les musulmans ont élu leurs représentants

Les élections au Conseil français du culte musulman, qui se sont terminées dimanche, ont débouché sur la victoire de la Fédération nationale des musulmans de France, au détriment des listes soutenue par la Mosquée de Paris. Cet organisme a pour mission de représenter le culte musulman auprès des pouvoirs publics.
Trois ans après que Jean-Pierre Chevènement, alors ministre de l’Intérieur, eut lancé l’idée d’une consultation, les musulmans de France possèdent désormais un organisme représentatif, le Conseil français du culte musulman (CFCM). Le scrutin s’est déroulé sur deux journées: le 6 avril, les délégués des lieux de culte de neuf régions avaient voté les premiers, imités ce dimanche par ceux de seize autres régions. Le découpage électoral n’était pas complètement calqué sur celui des régions administratives françaises, l’Ile-de-France étant divisée en trois secteurs. Au total, plus de 4 000 grands électeurs, désignés par environ un millier de lieux de culte, ont eu à choisir les représentants de quatre instances: d’une part, le conseil d’administration et le bureau des Conseils régionaux du culte musulman, et d’autre part, l’assemblée générale et le conseil d’administration du CFCM.

Au terme du scrutin, la composition du conseil d’administration du CFCM est assez surprenante. Les listes soutenues par la Mosquée de Paris étaient données gagnantes de ce scrutin. Or, elles n’obtiennent que six des quarante-et-un sièges de ce conseil soumis au vote, quarante quatre autres étant eux cooptés. Elles arrivent ainsi en troisième position, loin derrière la Fédération nationale des musulmans de France (FNMF) qui en emporte seize, et l’Union des organisations islamiques de France (UOIF) qui en obtient treize. Deux sièges reviennent à la fédération des associations turques, deux autres à des listes indépendantes et deux aux listes présentées à Saint-Denis de la Réunion.

Ces résultats ne font pas l’affaire du recteur de la Mosquée de Paris, Dalil Boubakeur, qui va devoir présider un conseil au sein duquel les listes qu’il soutient sont minoritaires. Il est en effet acquis depuis plusieurs mois que Dalil Boubakeur, défenseur d’un «islam éclairé et libéral», assumera la présidence de ce conseil. Un accord en ce sens avait été trouvé entre les différentes organisations musulmanes, octroyant les postes de vice-président à Mohamed Bechari, de la FNMF, et Fouad Alaoui, de l’UOIF. Les postes de direction avaient été répartis avant le scrutin afin d’éviter que des luttes intestines n’empêchent la composition de ce conseil après l’annonce des résultats. Toutes les formations participant au vote avaient soutenu cet accord trouvé à l’issue d’un conclave qui s’était déroulé en décembre sous l’égide du ministre français de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy. Elles ont d’ailleurs rappelé lundi que Dalil Boubakeur assumerait, comme convenu, la présidence du conseil d’administration pour une période de deux ans. Sa composition doit être entérinée le 3 mai par les 150 membres de l’Assemblée générale du CFCM.

L’influence de pays étrangers

Saluant la forte participation des délégués à ce suffrage, près de 87% le 6 avril et plus de 88% dimanche, Dalil Boubakeur a estimé que les résultats de cette consultation ne devaient par être pris «au pied de la lettre». Il a expliqué lundi sur La Chaîne Info (LCI) qu’il s’agissait «d’évaluations officielles des populations qui fréquentent les mosquées en France», ajoutant que ces chiffres montraient bien «qu’aucune des fédérations ne peut à elle seule diriger, ou être prépondérante, dans le CFCM ou dans les conseils régionaux». De fait, toutes les tendances de l’islam français se retrouvent représentées sans qu’un mouvement ne parvienne vraiment à dominer les autres. Un équilibre des forces salué par différents dirigeants musulmans, à l’instar de Khalil Merroun, du Centre culturel islamique d'Evry, qui estime «qu’il n'y a pas de vainqueur ou de vaincu» au terme de ce suffrage.

L’un des principaux gagnants de cette élection est en fait le gouvernement français, satisfait de voir la deuxième religion de France réussir enfin à se doter d’organes représentatifs. Les instances nationales devraient assumer un rôle de porte-parole pour tous les musulmans de France, les conseils régionaux devant, quant à eux, gérer l’organisation du culte musulman sur le territoire. Le gouvernement français n’a cependant pas réussi à atteindre l’un des objectifs majeurs qu’il s’était fixés avant l’organisation de cette élection, celui de réussir à faire émerger un islam de France échappant à l’influence des pays étrangers. La FNMF est une organisation liée au Maroc, tandis que la plupart des activités de la Mosquée de Paris sont financées par l’Algérie. La victoire de la FNMF s’explique d’ailleurs notamment par une meilleure organisation en France des musulmans d’origine marocaine.

Les résultats des élections régionales confirment la victoire de la FNMF et de l’UOIF sur les listes soutenues par la Mosquée de Paris. Ainsi, en Ile-de-France centre (Paris et départements de petite couronne), la liste GMP conduite par Hocine Raïs, le responsable aux affaires culturelles de la Mosquée de Paris, ne se situe qu'en troisième position. En Rhône-Alpes, la liste menée par le recteur de la grande mosquée de Lyon Kamel Kabtane, affiliée à la GMP, arrive derrière l'UOIF. Même configuration dans le nord-Pas de Calais, ou encore en PACA, où la liste de Bachir Dahmani est devancée par une liste indépendante soutenue par l'UOIF. En Lorraine, autre région de forte immigration, la liste soutenue par la mosquée de Paris est troisième.



par Olivier  Bras

Article publié le 14/04/2003