Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Togo

Les élections sous le signe du paradoxe

Les partis politiques de l’opposition au Togo iront malgré tout à l’élection présidentielle du 1er juin. Ils condamnent les conditions d’organisation du scrutin, tout en participant hâtivement à la campagne électorale. La disqualification du candidat Gilchrist Olympio alimente le débat sur une élection dont le résultat est connu d’avance.
Dès l’ouverture de la campagne pour l’élection présidentielle du 1er juin au Togo, la quasi totalité des candidats des partis d’opposition s’en prennent aux méthodes du pouvoir qui selon eux, «se taille la part du lion dans les médias publics». La Convention démocratique des peuples africains (CDPA), s’est plaint que le message diffusé à la télévision de son candidat Léopold Gnininvi avait été «amputé d’un passage». L’Union des forces du changement de Gilchrist Olympio a également dénoncé la censure dont son candidat, Emmanuel Bob Akitani, aurait été victime. D’autres partis ont également protesté contre la réduction de leur temps d’antenne auprès de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (HAAC). En effet les messages enregistrés ont été amputés de pans entiers, ramenant certains à moins de cinq minutes au lieu des quinze initialement prévus. Les mêmes communiqués rappellent que les messages du RPT (Rassemblement du peuple togolais), parti au pouvoir, et de son candidat, le président sortant Gnassingbé Eyadéma, sont diffusés dans leur totalité. Pour toute réponse la HAAC a précisé avoir «attiré l’attention des candidats ou de leurs représentants sur le passage de leurs déclarations ou interventions qui violent les dispositions» requises.

Malgré leurs protestations contre le manque de transparence et de règles du jeu claires, tous les partis d’opposition sont néanmoins présents dans la campagne électorale. La distribution d’objets promotionnels et de propagande, t-shirts et casquettes, bat son plein. Les meetings se multiplient, donnant l’impression d’un bon déroulement des opérations. «Eyadéma, infatigable énergie au service de la nation» est l’un des slogans affichés par le RPT lors du meeting du candidat-président Eyadéma au stade de Kpalimé, le 21 mai, à 120 km au nord-ouest de Lomé. Il s’est présenté comme le seul homme garantissant la paix dans son pays. Les «animations» (chants et danses) exécutées en hommage au président rappelaient la grande époque du parti unique, dans les années 70 et 80 où le culte de la personnalité était érigé en système d’Etat. Sur le terrain de la propagande, le candidat Edem Kodjo de la Convergence patriotique panafricaine, a lui, choisi d’habiller les conducteurs de taxis-motos de Lomé (Zémidjan) en t-shirts à son effigie. Les slogans des uns et des autres évoquent l’espoir, mais adoptent la plupart du temps un vocabulaire guerrier, tels que «Yawovi Agboyibo, l’homme des combats», ou encore «ensemble nous vaincrons» pour Léopold Gnininvi.

L’UE refuse la mission d’observation


Par ailleurs, la campagne est émaillée d’arrestations diverses de militants des partis d’opposition. L’Union européenne s’est dite «préoccupée par les incarcérations arbitraires» et surtout par les traitements infligés au militants d’Acat-Togo, une ONG de défense des droits de l’homme. Le chargé d’affaires de la délégation de l’Union européenne au Togo, Gilles Desesquelles, a aussi annoncé que l’UE n’enverrait pas une mission d’observation pour l’élection présidentielle du 1er juin. L’UE avait souhaité en vain une «mission exploratoire» au Togo avant d’envoyer des observateurs. Le gouvernement togolais s’étonne de la réaction de l’Union européenne et se vante d’avoir obtenu la participation d’autres missions internationales d’observation. Selon le gouvernement togolais, les invitations adressées à l’Union africaine, à la Communauté économique des Etats sahélo-sahariens (CENSAD), et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), n’ont pas été déclinées. D’ailleurs, Sira Diop, la responsable de la mission d’observation de la CEDEAO a déclaré que le processus électoral en cours au Togo était «satisfaisant et se déroule normalement». «A la demande du gouvernement et de l’opposition, l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) sera à Lomé pour observer cette élection», a déclaré Lansana Kouyaté, le représentant spécial de l’organisation pour la Côte-d’Ivoire.

Gilchrist Olympio, le candidat recalé par la Commission électorale nationale indépendante (CENI) a, quant à lui, donné une conférence à Paris le 21 mai devant la presse internationale, pendant laquelle il n’a pas caché une certaine satisfaction devant les positions tranchées de l’Union européenne. Sans condamner le choix des organisations participant aux missions d’observation, il a tout même laissé entendre qu’un boycott de leur part aurait été une dénonciation de la «mascarade d’élection organisée au Togo». Mais on est plus à un paradoxe près. L’opposition n’est pas dupe de l’issue du scrutin à un tour du 1er juin et pourtant participe à l’élection. Il était, dans ces conditions, indélicat de juger ceux qui, comme l’opposition, refusent la politique de la chaise vide. Gilchrist Olympio a surtout consacré son intervention à dénoncer la confiscation du pouvoir par Eydéma, au pouvoir depuis 1967. Il aussi qualifié de «grotesque» l’hommage rendu à Léopold Sédar Senghor pendant cette période pré-électorale, servant de prétexte à l’invitation des chefs d’Etat du Bénin, du Niger, de la Côte-d’Ivoire et du Sénégal. En effet, Lomé accueille pendant deux semaines, une exposition sur l’œuvre littéraire et politique du poète et ancien président du Sénégal. Blaise Compaoré du Burkina Faso n’a pas répondu à l’invitation. Le mini-sommet des chefs d’Etat présents à Lomé s’est conclu par un communiqué condamnant le terrorisme international. Gilchrist Olympio a aussi critiqué cette forme de caution internationale et surtout la tromperie dont se rendent complices certains chefs d’Etat africains ou européens.



par Didier  Samson

Article publié le 22/05/2003