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Congo démocratique

Les milices tiennent toujours Bunia

Les combats à Bunia entre milices rivales des ethnies hema et lendu ont fait plusieurs milliers de morts. reportage de notre envoyé spécial Gabriel Kahn.
De notre envoyé spécial

Des bandes de chiens errent dans la ville de Bunia déserté à la recherche de leurs maîtres qui sont morts ou en fuite. Le premier souci de l’armée française qui dirige la force d’intervention multinationale c’est la vitesse. «Il s’agit de déployer le plus rapidement possible le matériel et les hommes à Bunia afin de sécuriser la ville», souligne le colonel Dubois, l’un des porte-parole de l’opération «Artémis», du nom de la Déesse de la chasse. Quelques 500 militaires français sont déjà arrivés à Bunia.

Ils sont soutenus par une base logistique en Ouganda, où un vaste camp de toile géré par l’armée française a pris forme sur l’aéroport d’Entebbe. Le Canada et la Belgique participent à l’opération. Le Pakistan et la Grande Bretagne sont sur les rangs. L’ensemble du déploiement de cette force prendra trois semaines selon le capitaine Solano, un porte-parole de l’armée française. En attendant, les militaires français et les milices se jaugent dans une ville désertée par ses habitants. Des milliers de familles, terrorisées par le nettoyage ethnique qui a eu lieu ces dernières semaines, ont cherché la protection de la Mission d’observation des Nations unies en République Démocratique du Congo (Monuc) et campent dans l’aéroport ainsi que dans le centre ville à l’abri de rouleaux de fils de fer barbelés. Bunia est d’autant plus dangereuse que les milices portent parfois des vêtements ôtés aux morts et notamment des uniformes de la police de Kinshas.

Lourd silence sur la ville

Pour l’instant, chacun s’observe. C’est un face-à-face. Les milices hémas armées par le Rwanda qui tiennent Bunia depuis le mois dernier regardent sans émois apparents se déployer la force d’intervention multinationale dirigée par la France. Les miliciens de l’Union des patriotes congolais (UPC) sont partout. On les voit par petits groupes devant des boutiques désertées et criblées de balles. Ils sont aux aguets dans les maisons, dans les jardins. Un lourd silence s’est étendu dans la ville, mettant en relief les rues désertées, les maisons pillées. On pourrait entendre un doigt se poser sur la gâchette, se dit-on.

Les seuls lieux animés sont les camps de déplacés près de l’aéroport de Bunia et dans le centre ville où quelques 15 000 personnes ont trouvé la protection des fils barbelés tendus à la hâte par les Nations unies. Il s’agit des populations non hémas de la ville qui n’ont pas les moyens de fuir la province. «Les miliciens hémas ont massacré toute ma famille et pillé ma maison. J’ai tout perdu et je n’ose pas retourner chez moi. J’attends de pouvoir embarquer dans un avion pour partir d’ici», confie une déplacé qui préfère garder l’anonymat.

L’aéroport de Bunia est recouvert des matelas de gens qui cherchent ainsi à fuir une ville dont toutes les routes vers l’extérieur sont bloquées par diverses milices. Quant aux camps de déplacés, ils ressemblent déjà à des grands villages, avec ses boutiques et ses artisans, sous de grandes bâches en plastique. Cependant des avions de chasse français ont effectué jeudi des vols à très basse altitude au-dessus de Bunia, avec un bruit assourdissant. Terrorisées, plusieurs personnes se sont évanouies dans le camp de déplacés situé derrière le quartier général de la Monuc en centre ville. Ces vols qui étaient destinés à impressionnées les milices ont eu lieu alors qu’arrivaient à Bunia pour une visite de quelques heures les représentants du Conseil de sécurité. «La sécurisation de Bunia doit permettre la relance du processus politique. Beaucoup dépendra du Rwanda et de l’Ouganda Il n’y a pas de solutions militaires au Congo», a souligné Jean-Marc de la Sablière, le représentant de la France au Conseil de Sécurité.

Le Rwanda est accusé d’avoir relancé les combats ces derniers jours dans l’est de la République Démocratique. Les milices de l’UPC tentent depuis le début du mois de prendre les mines d’or de Montgwalu aux milices des Forces armées du peuple congolais (FAPC). «Nous avons le devoir de remettre l’ordre dans tout l’Ituri» explique John Ntinanzabo, le secrétaire général de l’UPC. Mais les chefs du FAPC, une milice armée par l’Ouganda, accusent le Rwanda de diriger l’actuelle offensive de l’UPC contre Montgwalu. C’est Jacques Nziza, des services de renseignement de l’armée rwandaise qui dirige cette offensive de l’UPC contre nos forces, dénonce Ide Kalema, le conseiller chargé des relations extérieures du FAPC.

C’est encore l’armée rwandaise qui est accusée de diriger une offensive contre des positions du RCD-ML,un mouvement pro-gouvernemental dans le Nord Kivu, où elle s’est emparée la semaine dernière de Kanya-Bayunga, une localité située à la frontière de la zone d’influence rwandaise en République Démocratique du Congo. Butembo et Béni où se sont réfugiés des dizaines de milliers de déplacés sont
désormais menacés.





par Gabriel  Kahn

Article publié le 13/06/2003