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Golfe

George W. Bush au Qatar

Dernière étape d’une tournée commencée en Pologne le 30 mai, le Qatar est le seul pays du Golfe que le président américain a visité. Le nouvel allié privilégié des États-Unis dans la région est à ménager.
De notre correspondant à Doha

Neuf heures du matin sur la base américaine d’Al Sayliyah située à une quinzaine de kilomètres de Doha, la température frôle déjà les 35 degrés. A l’abri d’un immense hangar, un millier de soldats en uniforme impeccable attendent l’arrivée du président américain dans un décor digne d’Hollywood: filets de camouflage, jeeps, tentes et sacs de sable entourent l’estrade.

Le temps pour un GI de chauffer la salle et le président peut faire son entrée. Le secrétaire d’état aux affaires étrangères Colin Powell lui emboîte le pas. Ovation.
Devant l’enthousiasme des militaires, George Bush tombe la veste avant de s’avancer vers la tribune: «C’est un grand plaisir pour moi d’être parmi vous aujourd’hui. Je suis venu vous remercier. Vous avez fait du bon boulot, vous avez libéré l’Irak et l’Amérique est fière de vous». Nouvelle ovation. «C’est un président qui sait exactement ce que les troupes endurent», commente le lieutenant Brown.

Si George Bush sait ce que ses soldats attendent de lui, il sait aussi que, comme une part grandissante de la population américaine, certains d’entre eux commencent à s’interroger sur les armes de destruction massive du régime irakien qui ont justifiées l’intervention militaire mais dont aucune trace n’a été trouvé jusqu’à présent. Le chef de la Maison Blanche profite donc de l’occasion pour faire une mise au point: «Nous cherchons et la vérité sera révélée. Une chose est sûre, c’est qu’aucun réseau terroriste n’obtiendra de telles armes de la part du régime puisqu’il n’existe plus».
Après dix minutes d’un discours très formel dans lequel George Bush n’aura pas oublié de remercier les pays qui ont envoyé des troupes pour combattre aux côtés des Américains, la visite se termine finalement par un bain de foule.

Au centre du dispositif militaire américain dans la région

Avant de rencontrer les soldats stationnés au Qatar, George Bush s’est entretenu plus tôt avec l’émir Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani, chef d’un Etat qualifié aujourd’hui «d’ami indéfectible des États-Unis» mais surnommé il y a encore quelques années, «vilain petit Qatar» par les pays de la Péninsule arabique en raison de son retard. Un retard qu’il est en train de rattraper grâce à la découverte dans le nord-est de la péninsule du plus grand gisement de gaz connu à ce jour dans le monde. Une manne qui place cet émirat à peine plus grand que la Corse au troisième rang des réserves mondiales mais qui suscite aussi les convoitises des voisins, à commencer par l’Arabie Saoudite dont les puits de pétrole tendent à s’épuiser.

La principale préoccupation de l’émir qui a pris le pouvoir en renversant son père en 1995, avec la ferme intention de mettre son pays sur la voix de la modernisation, c’est avant tout d’assurer la sécurité du territoire.

La première étape a donc consisté à exister sur la scène internationale. C’est dans cette perspective qu’il faut interpréter la création de la chaîne satellitaire Al Jazira, l’adhésion du Qatar à l’OMC ou encore le rôle croissant du pays dans les organisations régionales ou internationales (le Qatar préside aujourd’hui l’Opep, l’Organisation de la conférence islamique et le Conseil de coopération des pays du Golfe).
La seconde étape, elle, relevait des questions de défenses. C’est là que sont intervenus les Etats-Unis, unique puissance militaire capable de protéger le Qatar et de rassurer les investisseurs étrangers, seule garantie du développement du pays.

Grâce à une diplomatie habile, le Qatar a ainsi su jouer de la dégradation des relations américano-saoudienne depuis le 11 septembre 2001 pour présenter une alternative à l’Etat major américain qui ne demandait pas mieux. En moins de deux ans, l’émirat est donc devenu le point central du dispositif américain dans la région. «C’est un porte-avion permanent» confiait un responsable de l’US Army lors de la signature de nouveaux accords de défense bilatéraux en décembre dernier, en présence du secrétaire d’état à la défense, Donald Rumsfeld.

Aujourd’hui, près de 10 000 soldats américains sont stationnés au Qatar, répartis sur deux bases. Al Sayliyah d’abord, qui accueille le centre de commandement d’où le général Tommy Franks a dirigé les opérations en Irak. Al Oudeid ensuite, qui est devenue la plus grande base américaine à l’étranger et qui abrite depuis quelques semaines le quartier général des forces aériennes tout juste déménagé d’Arabie Saoudite.

A l’heure où l’Amérique redéfinit sa politique étrangère arabe, réexamine ses alliances et redéploie ses forces dans la région, le Qatar fait donc l’objet de toute l’attention des Etats-Unis et de ses gouvernants. Et la venue du président américain, signalée par les journaux locaux à grands renforts de pages spéciales intitulées «Welcome Bush», illustre parfaitement l’importance qu’a prit l’émirat pour Washington dont il est désormais la carte maîtresse au Moyen-Orient, l’allié privilégié qu’était encore l’Arabie Saoudite hier.



par Hugo  Telli

Article publié le 05/06/2003