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Proche-Orient

Le mur d’Israël condamné à l’ONU

L’Assemblée générale de l’ONU a massivement adopté une résolution condamnant l’édification par Israël d’un mur défensif empiétant sur les terres palestiniennes. La décision n’est pas contraignante, mais elle marque la désapprobation de la communauté internationale sur le traitement du conflit du Proche Orient et se révèle un cinglant désaveu pour la politique américaine dans la région.
Cent quarante-quatre pays ont approuvé la résolution adoptée par l’assemblée générale de l’ONU exigeant «qu’Israël arrête et revienne sur la construction du mur dans le territoire palestinien occupé, y compris dans et autour de Jérusalem, qui dévie de la ligne d’armistice de 1949 et contredit les stipulations pertinentes de la loi internationale». Quatre pays l’ont rejetée : Israël, les Etats-Unis, la Micronésie et les Iles Marshall. Il y a eu douze abstentions. L’Organisation des Nations unies compte 191 membres.

Les pays arabes avaient décidé de soumettre cette question à la session extraordinaire de l’Assemblée générale des Nations unies, après l’échec essuyé la semaine dernière, lorsque Washington avait menacé d’opposer son veto à une initiative similaire devant le Conseil de sécurité si le projet n’incluait pas la condamnation des attentats suicide perpétrés contre l’Etat hébreu par les kamikazes palestiniens. Cette fois le texte présenté au vote a été jugé plus équilibré, intégrant notamment une condamnation des attaques suicide contre Israël. D’autre part, ce texte avait fait l’objet d’une préparation entre les diplomates arabes et leurs homologues européens. L’équilibre et les concessions mutuelles auxquels ils sont finalement parvenus a permis l’adoption du texte. A la demande des Européens, par exemple, le groupe arabe et les non-alignés ont du renoncer au projet de porter l’affaire devant la Cour internationale de justice de La Haye.

«De toute façon elle n’est pas contraignante»

Israël a rejeté la résolution. «La clôture de sécurité continuera d’être construite», a affirmé le ministre israélien du Commerce et de l’Industrie en réponse à l’adoption du texte. «Nous ne tiendrons pas compte de la majorité automatique à l’ONU qui nous est systématiquement hostile. Le monde entier est contre nous et les Etats-Unis. Et je suis fier d’être aux côtés des Américains», a également déclaré Ehud Olmert, ajoutant que «de toute façon (elle) n’est pas contraignante». En effet, contrairement aux résolutions adoptées par les quinze membres permanents du Conseil de sécurité, celles prises par l’Assemblée générale n’ont pas de caractère obligatoire et aucun pays ne dispose du droit de veto à l’Assemblée générale. Mais, bien qu’indicatives, elles permettent de mesurer très exactement à un instant précis l’état d’esprit de la communauté internationale sur une question particulière. Et de contourner le veto de l’un des cinq membres permanents du Conseil.

L’adoption a été massive. Outre les quatre pays qui se sont opposés à la résolution, et hormis les douze abstentionnistes, la communauté internationale, notamment l’Union européenne, s’est largement ralliée au principe selon lequel l’ouvrage en cours d’élaboration contrevient au droit international et Israël doit en cesser la construction et défaire les parties empiétant sur les terres palestiniennes. Une semaine après la précédente tentative avortée, ce vote de l’ONU est un désaveu de poids pour la politique américaine dans la région. Et souligne un ordre international solidement campé sur le droit de veto de quelques-uns.

L’Autorité palestinienne s’est félicitée de l’adoption de la résolution «très importante dans sa substance politique, juridique et morale», a déclaré Saëb Erakat, proche collaborateur de Yasser Arafat. Selon lui, c’est «une victoire pour le processus de paix, le droit international et la sagesse et un rejet total de la force arrogante». Le Premier ministre palestinien et le secrétaire général de la Ligue arabe ont également salué l’adoption de cette résolution toute symbolique.

Sur le terrain, en Cisjordanie, les forces de défense d’Israël ont abattu mercredi deux palestiniens recherchés qui tentaient d’échapper à leur capture. Et une colonne de fantassins appuyés par des blindés a pénétré à Ramallah où plusieurs dizaines de lanceurs de pierres ont été dispersés à coups de grenades lacrymogènes. Bilan de source médicale: 16 blessés.



par Georges  Abou

Article publié le 22/10/2003