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Croatie

Législatives : l’Union européenne pour objectif

Les principaux partis en lice pour les élections législatives de dimanche en Croatie partagent tous le même objectif : obtenir au plus vite l’intégration européenne de cette République autrefois yougoslave, ravagée par la guerre de 1991 à 1995. L’absence de coopération avec la justice internationale demeure pourtant le principal obstacle sur cette voie.
De notre correspondant dans les Balkans

En février dernier, le Premier ministre social-démocrate Ivica Racan, qui avait chassé du pouvoir les nationalistes de la Communauté démocratique croate (HDZ) en janvier 2000, a déposé la candidature officielle de la Croatie à l’Union européenne. Et les espérances croates se focalisent autour de la date de 2007, qui devrait voir la Bulgarie et la Roumanie rejoindre l’Europe unie.

Les Croates soulignent que l’économie de leur pays a une bonne longueur d’avance sur celle de ces futurs membres de l’Union européenne. Cependant, la relative prospérité croate est en partie un mirage : le pays vit essentiellement de la manne touristique, les étrangers revenant massivement depuis quelques années sur les côtes dalmates. Pour le reste, les réformes structurelles de l’économie se poursuivent à un rythme bien plus lent que celui que souhaiterait Bruxelles. Et la Croatie accumulait cet automne une dette extérieure de 19 milliards de dollars.

Tandis que le chômage touche près de 20% de la population active et qu’une bonne part de la population s’enfonce dans la misère, le pays vit à crédit. Dans le même temps, la monnaie nationale, la kuna, est fortement surévaluée, ce qui handicape les exportations croates. Les économistes s’accordent pour penser que la monnaie nationale devrait être dévaluée de 30 à 40%. Le pays connaît également un degré élevé de corruption : selon le dernier rapport de l’organisation Transparency International, la Croatie se classe au 57e rang mondial, aux côtés de pays comme la Colombie ou le Salvador.

Affronter le passé récent

L’économie n’est pourtant pas le principal obstacle au rapprochement entre la Croatie et l’Europe. Le pays tarde toujours à remplir ses obligations envers le Tribunal pénal international de La Haye (TPI). Inculpé depuis 2001 de crimes de guerre contre les civils serbes, le général Ante Gotovina court toujours. Il se cache probablement en Croatie, où il jouirait de la protection d’une partie des services de l’État.

Pour beaucoup de Croates, le général Ante Gotovina est un «héros» de la «guerre patriotique» qui a opposé le pays aux sécessionnistes serbes soutenus par Slobodan Milosevic. Il ne saurait être considéré comme un criminel. Le Président de la République, Stipe Mesic, martèle que la Croatie doit avoir le courage d’affronter son passé récent et qu’elle ne peut pas prétendre à l’intégration européenne sans collaborer avec la juridiction internationale. Certains le soupçonnent pourtant de conserver lui-même un lien secret avec le général Gotovina.

Grands concurrents des sociaux-démocrates, les nationalistes du HDZ, espèrent profiter du mécontentement social et économique. L’Église catholique, toujours influente dans le pays, leur apporte un soutien ouvert, et le nouveau dirigeant du parti, Ivo Sanader, multiplie les déclarations modérées. Il a notamment appelé les réfugiés serbes à revenir vivre en Croatie.

Pourtant, même si le HDZ essaie désormais de se présenter comme une formation conservatrice pro-européenne «recentrée», la vieille garde du parti reste farouchement hostile à toute coopération avec le TPI. Le HDZ est également menacé sur sa droite : l’extrême droite pourrait faire une percée, et une «liste des généraux» se présente dans le collège électoral réservé à la diaspora croate à l’étranger. Conduite par le général Rojs, cette liste revendique le soutien d’Ante Gotovina, et axe son programme sur la dénonciation du TPI.

Dans les sondages, le HDZ et les sociaux-démocrates sont au coude à coude, et la formation d’une nouvelle majorité supposera donc la formation de coalitions post-électorales. Les petits partis de gauche et les puissants mouvements régionalistes, partenaires naturels des sociaux-démocrates, déclarent vouloir poser des exigences précises sur la coopération avec le TPI, mais le SDP pourrait préférer une formule d’entente nationale avec ses adversaires de droite.
Dans ce cas de figure, les généraux fugitifs pourraient dormir sur leurs deux oreilles.

L’absence de coopération avec la juridiction internationale risque pourtant de bloquer toutes les aspirations européennes de la Croatie. Si le pays manquait le train de 2007, il devrait probablement attendre l’hypothétique intégration européenne des autres Républiques ex-yougoslaves et de l’Albanie.



par Jean-Arnault  Dérens

Article publié le 22/11/2003