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Géorgie

Adjarie: Abachidze jette l'éponge

Image de la télévision russe NTV montrant la joie des supporters du président géorgien Mikhaïl Saakachvili à Batoumi après le départ du dirigeant autoritaire Aslan Abachidze.  

		(Photo: AFP)
Image de la télévision russe NTV montrant la joie des supporters du président géorgien Mikhaïl Saakachvili à Batoumi après le départ du dirigeant autoritaire Aslan Abachidze.
(Photo: AFP)
La forte pression exercée ces derniers jours par le pouvoir central géorgien relayée par la rue adjare aura finalement eu raison d’Aslan Abachidze. L’homme qui dirigeait d’une main de fer depuis quatorze ans la petite république autonome géorgienne a démissionné dans la nuit de mercredi à jeudi. Il a quitté la capitale adjare, Batoumi, pour Moscou en compagnie d’Igor Ivanov, le chef du Conseil de sécurité national russe, dépêché sur place par le Kremlin pour tenter de trouver une issue pacifique à la crise. Son fils, Gueorgui, et quelques-uns de ses proches collaborateurs l’accompagnaient.

Le président géorgien Mikhaïl Saakachvili a remporté avec succès le bras de fer qui l’opposait depuis plusieurs semaines au chef rebelle adjar, Aslan Abachidze, réitérant ainsi l’exploit qui l’avait mené triomphalement au pouvoir à Tbilissi. Comme lors de la «révolution des roses» qui avait conduit à la chute l’année dernière du régime d’Edouard Chevardnadze, la pression de la rue a poussé l’homme qui défiait ouvertement le pouvoir central géorgien à démissionner de ses fonctions. La tension était montée d’un cran dans la soirée de mercredi lorsque le président Saakaschvili avait annoncé que l’Adjarie était désormais sous son administration directe jusqu’à la tenue d’élections dans la république autonome. «Pour éviter un bain de sang, avait-il ajouté, je suis prêt à garantir une immunité complète à Aslan Abachidze et à sa famille sur le territoire de Géorgie ou à lui laisser la possibilité de partir pour le territoire de son choix, à condition qu’il démissionne de son propre gré et sans violence». Quelques heures après son allocution, des troupes d’élite du ministère géorgien de l’intérieur étaient héliportées en Adjarie.

Acculé par la pression de la population –des milliers de manifestants réclamaient son départ dans les rues de Batoumi– et visiblement lâché par le Kremlin –c’est à la suite d’un entretien de trois heures avec l’envoyé spécial de Vladimir Poutine, Igor Ivanov, qu’il annoncera sa démission– Aslan Abachadize n’avait d’autre solution que de céder le pouvoir. Quelques heures auparavant la police de Batoumi et les ministres de l’Intérieur et de la Sécurité adjars étaient en outre passés dans les rangs de l’opposition. Contraint et forcé l’ancien homme fort de l’Adjarie a donc quitté en toute discrétion la capitale pour la Russie qui était jusqu’à ces dernières heures considérée comme favorable à l’ancien potentat. Officiellement, il n’a toujours pas demandé l’asile politique à Moscou. Son dernier acte politique a été de demander à ses miliciens de déposer les armes.

Le statut d’autonomie de l’Adjarie maintenu

Le président géorgien a lui-même annoncé le départ d’Aslan Abachidze. «Géorgiens, Aslan a pris la fuite! l’Adjarie est libre!», a-t-il lancé lors d’une allocution télévisée. «Aujourd’hui une nouvelle ère a débuté. La Géorgie sera unie et personne ne s’opposera à la volonté du peuple», a-t-il ajouté. Quelques heures plus tard Mikhaïl Saakachvili faisait une entrée triomphale à Batoumi, accueilli par une foule en liesse. Soucieux de rassurer la population adjare, son Premier ministre, Zourab Jvania, a annoncé peu avant l’arrivée du président en Adjarie, la tenue prochaine d’élections dans la petite république autonome et le remplacement des autorités locales mises en place par l’ancien pouvoir. «Par une décision du président de la Géorgie, une commission d’Etat sera créée incessamment. Elle nommera dans les deux jours à venir des chefs intérimaires des districts et des villes», a-t-il affirmé.

Cette commission aura également en charge la préparation de nouvelles élections au Conseil suprême dela république autonome d’Adjarie. S’exprimant au nom du chef de l’Etat, Zourab Jvania a réaffirmé que le statut d’autonomie de l’Adjarie serait respecté. «Ce statut n’est pas menacé et il ne le sera pas à l’avenir», a-t-il insisté en précisant qu’une loi constitutionnelle spéciale allait très bientôt le clarifier.

Le dénouement pacifique de cette crise, qui a permis d’éviter un nouveau conflit séparatiste sanglant en Géorgie, n’a sans doute été rendu possible que grâce à la médiation russe. Les autorités de Tbilissi semblent d’ailleurs l’avoir bien admis. Le chef de la diplomatie géorgienne, Salomé Zourabichvili, s’est dès jeudi matin empressée de salué «le rôle immense» joué par Moscou. «Le rôle de la Russie dans le règlement a été immense et cela aura nécessairement une répercussion favorable dans nos relations», a-t-elle affirmé. Les liens entre les deux pays sont en effet loin d’être au beau fixe. Moscou, qui n’apprécie que très modérément le virage pro-occidental de Tbilissi, accuse régulièrement la Géorgie de tolérer la présence de rebelles tchétchènes sur son territoire, notamment dans la région de Pankissi.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 06/05/2004 Dernière mise à jour le 06/05/2004 à 15:41 TU

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Salomé Zourabichvili

Ministre des Affaires étrangères de Géorgie

«C'est une victoire de la démocratie avec un geste incontestable de la Russie.»

[06/05/2004]

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