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Relations franco-américaines

Célébrer l’amitié malgré l’opposition

Le président Bush vient en France pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie. 

		(Photo AFP)
Le président Bush vient en France pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944 en Normandie.
(Photo AFP)
Unis sur l’essentiel, mais franchement en désaccord : c’est le paradoxe qui caractérise les relations franco-américaines en ces temps de communion solennelle, au moment où le président Bush vient en France pour la commémoration du débarquement du 6 juin 1944, en Normandie.

La visite en France de George W. Bush ne comblera pas le fossé qui s’est creusé entre les deux capitales au cours des dix-huit mois écoulés. Elle ne scellera pas non plus la réconciliation entre Paris et Washington. Mais, après les affrontements diplomatiques qui ont émaillé les relations, l’heure est au constat que les deux pays sont de solides alliés en dépit des profondes divergences qui les séparent sur l’appréciation de la conduite des relations internationales, illustrée par les séquelles laissées par la crise irakienne. Cette relation s’inscrit dans une longue série de confrontations, plus ou moins marquées depuis le tournant du siècle dernier. Elles sont néanmoins incontournables en raison des positions qu’occupent respectivement la France et les Etats-Unis dans la construction d’une civilisation occidentale.

Ne pas tout mélanger, toutefois : l’opposition qu’inspire en France la politique étrangère de Washington et la reconnaissance à l’évocation du sacrifice des centaines de milliers de combattants américains tombés sur les champs de bataille de la Seconde Guerre mondiale. Car la vivacité de la critique ne s’accompagne jamais de cynisme sur l’enlisement et les déboires des troupes américaines qui endurent l’épreuve du feu sur le terrain. Dans cette affaire, la France connaît l’inconfort de sa position de pays européen, cible elle aussi du terrorisme international dont elle a, à l’instar de ses partenaires européens, à anticiper les attaques.

«Punir les Français»

Dans le débat sur la conduite des relations internationales, le vent de l’histoire a incontestablement tourné en faveur du président français. Pour s’en convaincre, il suffit d’observer l’évolution des propos adressés au «vieux continent», et à la France en particulier, par les diplomates d’outre-Atlantique au cours de ces derniers mois. Alors qu’au lendemain de l’invasion de l’Irak, face à l’opposition de Moscou, Berlin et Paris, il était question de «pardonner aux Russes, ignorer les Allemands et punir les Français», aujourd’hui il n’est plus question à Washington que de célébrer l’amitié franco-américaine. Et d’en engranger les bénéfices au moment où Washington a réellement besoin d’un coup de main.

Quel que soit le dossier considéré, la diplomatie américaine est aujourd’hui sérieusement malmenée. A l’ONU, ses tentatives visant à rallier la communauté internationale sur ses projets irakiens ne constituent encore, au mieux, qu’une « bonne base de discussion », autrement dit une ébauche inacceptable en l’état pour ses partenaires. Son projet de Grand Moyen-Orient suscite davantage de perplexité que d’adhésion. Et sa complaisance à l’égard de la politique menée par Israël finit de la discréditer non seulement aux yeux du monde arabe, mais également vis à vis de bon nombre de pays impliqués dans la recherche d’une solution juste et durable.

Défections à la CIA

On prête au président Bush la volonté d’associer le combat pour la liberté menés par les soldats américains de 1944 à la lutte contre le terrorisme de ces dernières années. Dans ces conditions, il peinera à convaincre. Et son homologue français rencontrera donc un président fragilisé par l’impopularité de sa politique, ses erreurs d’appréciation et celles de ses collaborateurs et les très graves exactions commises par ses soldats en Irak. Jacques Chirac reçoit un président américain dont les proches sont éclaboussés par le scandale et qui vient tout juste d’accepter de se séparer du directeur de ses services secrets, George Tenet, pour des « raisons personnelles » auxquelles nul ne croit, et dont on apprend que son directeur adjoint, James Pavitt, chargé notamment des activités clandestines de la CIA, a décidé de faire valoir le mois prochain ses droits à la retraite.

Le grand trouble qui semble s’emparer de l’administration américaine conforte les positions des adversaires de M. Bush qui multiplie les signes amicaux dans les médias français alors que sa visite en France n’est que la première étape d’une série d’épreuves diplomatiques avec une réunion du G8, du 8 au 10 juin, un sommet Europe-Etats-Unis, le 25 juin, et un sommet de l’Otan, le 28 juin.

Pas question, en tout état de cause, de verser dans un anti-américanisme primaire inacceptable pour l’ensemble des Français et de leur classe politique qui établissent une nette distinction entre les Américains, pour lesquels ils manifestent de l’affection, et leurs dirigeants.

Retrouver le chemin des frites françaises

D’autant que l’Amérique a finalement dépêché en France ses meilleurs ambassadeurs. En effet, on entend à nouveau les accents américains dans le métro parisien. Dégât collatéral de la dégradation des relations franco-américaines, les touristes américains boudaient la destination. Si leur retour n’est pas le signe d’un réchauffement des relations officiels entre les deux pays, il témoigne au moins d’un déclin de la psychose sécuritaire, ou d’une atténuation du discours francophobe officiel, voire d’une prise de distance des citoyens américains vis à vis des déclarations à l’emporte-pièce de leurs dirigeants.

On se souvient de l’épisode des french fries rebaptisées freedom fries par nécessité patriotique. Malgré les mots d’ordre officiels, les Américains auraient donc retrouvé le chemin des frites françaises ? Alors que 2003 avait enregistré une chute de 25% du nombre de visiteurs américains, les professionnels annoncent déjà pour le mois de mars, une hausse de 12% et les professionnels ne désespèrent pas de retrouver les niveaux de 2001, soit avant l’attaque terroriste du 11 septembre.



par Georges  Abou

Article publié le 04/06/2004 Dernière mise à jour le 05/06/2004 à 15:01 TU

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