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France

Les meilleurs Alliés du monde

Le président Jacques Chirac et son homologue américain ont assisté ensemble à Arromanches aux cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement. 

		( Photo : AFP )
Le président Jacques Chirac et son homologue américain ont assisté ensemble à Arromanches aux cérémonies du soixantième anniversaire du débarquement.
( Photo : AFP )
Les cérémonies de commémoration du 60ème anniversaire du débarquement en Normandie ont donné l’occasion aux chefs d’Etat et de gouvernement présents de faire passer des messages politiques forts. Jacques Chirac et George W. Bush ont ainsi tenu à réaffirmer, chacun à leur manière, à quel point leurs deux pays sont unis par un attachement commun à la démocratie et à la liberté. Même si l’événement plaçait, de fait, la rencontre sous le signe de l’amitié et du souvenir, les discours prononcés lors de ces cérémonies ont marqué la volonté des chefs d’Etat de montrer que, quels que soient les désaccords, sur l’Irak notamment, le lien est indéfectible. La présence du chancelier allemand avait, quant à elle, pour but de prouver que la paix peut être au bout «du chemin». Un message d’espoir, presque une incantation, dans un contexte international particulièrement instable.
Unis pour le meilleur et pour le pire. Qu’il s’agisse de la France et de ses Alliés de la Seconde Guerre mondiale, Etats-Unis et Grande-Bretagne, ou de la France et de l’Allemagne, il semble que cette maxime s’applique immanquablement. Le pire, c’était il y a 60 ans quand les Alliés ont débarqué en Normandie pour libérer la France de l’occupation de l’Allemagne nazie, sacrifiant des milliers de soldats sur les plages d’un pays qui n’était pas le leur. Le meilleur, il est certainement à venir. En tout cas, c’est à cela que le président français Jacques Chirac, le président américain George W. Bush ou le chancelier allemand, Gerhard Schröder, le premier représentant de l’ennemi d’hier et du «frère» d’aujourd’hui, invité à la commémoration du débarquement, ont affirmé aspirer.

«Aux hommes qui s’affrontent dans la nuit interminable de la haine et du ressentiment, notre réconciliation [franco-allemande] offre une véritable espérance. Mieux, elle offre un choix. Celui de l’audace, du courage, de la patience. Il y a toujours un chemin possible pour la paix». Devant le mémorial pour la paix à Caen, et en présence de Gerhard Schröder, Jacques Chirac a célébré les vertus d’une amitié pourtant bâtie sur un terreau de sang et de douleur. Le chancelier allemand lui a répondu en expliquant que l’Allemagne n’oubliait pas sa responsabilité dans une guerre qui a ravagé l’Europe : «Nous Allemands, nous sommes conscients de notre responsabilité face à l’histoire et nous l’assumons entièrement». Il a d’ailleurs évoqué le douloureux souvenir de l’exécution par des soldats SS de 642 personnes à Oradour-sur-Glane, en 1944, en représailles aux attaques des maquisards. Malgré les reproches qui lui ont été adressés dans son pays, Gerhard Schröder a d’ailleurs évité le cimetière de la Cambe où reposent pourtant plus de 20 000 soldats allemands parmi lesquels un grand nombre de Waffen SS. Il a, par contre, choisi de se rendre à Ranville où quelques centaines de militaires de son pays sont enterrés aux côtés de soldats alliés. «Je pense que la commémoration commune doit désormais occuper le premier plan, même la commémoration commune des morts».

«L’Amérique recommencerait pour ses amis»

Si la célébration du soixantième anniversaire du débarquement a donné l’occasion de montrer de la manière la plus symbolique qui soit que l’Allemagne n’est plus aujourd’hui dans le camp des ennemis, elle a aussi permis d’affirmer au monde entier que les Etats-Unis n’en ont pas pour autant perdu leur statut d’allié privilégié de la France. Jacques Chirac a mis au premier plan de ses discours «la reconnaissance et la gratitude» envers un pays qui a sacrifié la vie de milliers de ses jeunes pour chasser les nazis. Il a dit «merci» et a ajouté : «Aujourd’hui comme hier, cette amitié[entre la France et les Etats-Unis], faite de confiance, d’exigence et de respect mutuel, reste intacte». Comme un écho, George W. Bush a répondu : «Notre grande alliance est forte et demeure nécessaire aujourd’hui… Les nations qui ont libéré l’Europe allaient devenir, après cette bataille des alliés pour la paix et nous avons besoin de cette même alliance aujourd’hui». Il a aussi affirmé que la France pouvait toujours compter sur les Etats-Unis : «Le summum, c’est que l’homme puisse sacrifier sa vie pour ses amis…L’Amérique recommencerait pour ses amis». Faut-il voir dans cette phrase un appel à la réciprocité dans un contexte où la France n’a pas voulu s’engager dans l’intervention militaire en Irak et a même tenté de l’empêcher ? Il s’agit en tout cas d’une formule moins brutale que celle que le président américain a employé récemment quand il a comparé la libération de l’Europe avec celle de l’Irak.

Jacques Chirac a lui aussi saisi l’occasion des ces cérémonies pour réaffirmer ses convictions en évoquant les enseignements tirés de la Seconde Guerre mondiale durant laquelle Français et Américains ont défendu ensemble «une certaine idée de l’homme et du monde» qui est «au cœur de la Charte des Nations unies». Le président français a ainsi rappelé l’importance qu’il accorde au rôle de l’Organisation des Nations unies dans la gestion des conflits internationaux. Un message dont George W. Bush n’aura pas manqué de comprendre la portée alors même que cette question a représenté la principale pierre d’achoppement entre Français et Américains concernant l’Irak, et que l’adoption d’une nouvelle résolution de l’ONU sur ce sujet fait actuellement l’objet d’âpres négociations entre les membres du Conseil de sécurité. Malgré tout, Jacques Chirac a sans ambiguïté choisi son camp en déclarant que la France savait «comme tous les pays d’Europe, combien l’Alliance atlantique, forgée dans l’épreuve, demeure, face aux menaces nouvelles, un élément fondamental de notre sécurité collective».



par Valérie  Gas

Article publié le 07/06/2004 Dernière mise à jour le 07/06/2004 à 14:01 TU