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Réchauffement climatique

Moscou redonne vie au Protocole de Kyoto

Un activiste de Greenpeace s'était enchainé, en juin dernier, au ministère du Développement économique à Moscou pour réclamer la ratification du Protocole de Kyoto. 

		(Photo : AFP)
Un activiste de Greenpeace s'était enchainé, en juin dernier, au ministère du Développement économique à Moscou pour réclamer la ratification du Protocole de Kyoto.
(Photo : AFP)
Après plus de deux années de tergiversations, le gouvernement russe s’est finalement prononcé en faveur de la ratification du Protocole de Kyoto, ouvrant du même coup la voie à l’entrée en vigueur de ce traité international qui vise à lutter contre le réchauffement climatique en limitant les émissions de gaz à effet de serre. Moscou a longtemps pesé le pour et le contre et sa soudaine décision n’est sans doute pas étrangère au récent soutien qu’il a obtenu de l’Union européenne pour sa candidature à l’Organisation mondiale du commerce.

Le chef de la diplomatie russe avait créé la surprise la semaine dernière à la tribune des Nations unies à l’occasion de l’Assemblée générale. «Nous envisageons sérieusement la ratification du Protocole de Kyoto», avait en effet affirmé Sergueï Lavrov, soulignant que cette décision obéissait pour le Kremlin au besoin «de maintenir la sécurité écologique» de la planète. Le même jour à Moscou, les principales administrations concernées par ce dossier –les ministères des Ressources naturelles, du Développement économique, de l’Industrie et de l’énergie, des Finances et de la Justice– recevaient pour accord des documents sur la ratification de ce Protocole. Un premier pas important était alors franchi même si le feu vert de Moscou n’était pas encore véritablement acquis. Mais le fait même de distribuer à ces administrations ces documents était alors interprété comme une volonté ferme du gouvernement, et donc de Vladimir Poutine, de remettre sur les rails un projet qui semblait en apparence relégué aux oubliettes.

La décision jeudi du gouvernement russe d’approuver le Protocole de Kyoto constitue donc une étape décisive vers la ratification de ce traité. Le texte doit en effet être transmis dans les jours qui viennent à la Douma, la chambre basse du parlement où le parti pro-Kremlin Russie unie dispose d’une majorité absolue. Son adoption par les députés russes, acquis pour la plupart à Vladimir Poutine, n’est donc plus qu’une formalité.

La ratification du protocole de Kyoto par la Russie va enfin permettre l’adoption définitive de ce traité international conclu en 1997 mais qui ne pouvait entrer en vigueur qu’à partir du moment où il était ratifié par 55 pays représentant 55% des émissions de gaz à effet de serre des pays industrialisés pour l’année 1990. La décision en mars 2001 de l’administration Bush de le rejeter avait porté un coup rude au Protocole, les Etats-Unis représentant à eux seul 36,1% de ces émissions. Dans ce contexte, l’adhésion de la Russie, dont le quota est de 17,4%, était donc plus qu’indispensable à son entrée en application. Car si jusqu’à présent pas moins de 120 pays avaient ratifié ce traité, leurs émissions de gaz à effet de serre ne dépassaient pas les 44%.

Mécontentement à Moscou

Conclu pour lutter contre le réchauffement climatique, le protocole de Kyoto impose des réductions de gaz à effet de serre à 39 pays industrialisés de 2008 à 2012 par rapport à 1990. Chaque pays a en fonction de ses émissions un pourcentage différent, la réduction moyenne atteignant 5,2%. Dans le cas de la Russie, Moscou doit se contenter de stabiliser ses rejets à leur niveau de 1990. Dans un rapport diffusé en juin, les Nations unies ont révélé que ce pays avait «abaissé ses émissions de 38% entre 1990 et 1999» grâce notamment à la fermeture de ses usines les plus polluantes après la chute du communisme. Le document concluait que la Russie n’aurait à ce titre aucun mal à respecter le Protocole de Kyoto, ses émissions «restant vraisemblablement, même en 2020, en dessous de leur niveau de 1990» et cela même avec une croissance économique forte.

Mais la décision du gouvernement russe de ratifier ce traité n’a pas fait que des heureux à Moscou. Le conseiller économique de Vladimir Poutine, farouche opposant à la ratification du Protocole de Kyoto, n’a pas caché son mécontentement. «C’est une décision politique, une décision forcée», a commenté Andreï Illarionov qui défend depuis des années l’idée selon laquelle la croissance de l’économie russe pâtirait inévitablement de l’adhésion de la Russie à ce traité. «Ce n’est pas une décision que nous prenons avec plaisir», a-t-il ajouté visiblement excédé.

Présentant le projet de loi en conseil des ministres, le vice-ministre des Affaires étrangères, Youri Fedotov, n’a d’ailleurs pas caché que la décision que devait prendre le gouvernement était avant tout politique. «Le caractère particulier de notre position, a-t-il souligné, est que tout dépend de nous. L’avenir du Protocole de Kyoto est entre nos mains». Mettant en avant les conséquences d’un rejet de ce traité, le responsable russe a fait valoir qu’un refis de ratifier le Protocole conduirait à une marginalisation de la Russie sur la scène internationale. «Cela aurait des préjudices non seulement politiques mais peut-être aussi économique», a-t-il insisté.

Ce «oui» du Kremlin au Protocole de Kyoto a été interprété comme un gage de bonne volonté de Moscou envers l’Europe qui s’est récemment engagée à faciliter l’entrée de la Russie dans l’Organisation mondiale du commerce à laquelle Vladimir Poutine espère faire adhérer son pays dès l’année prochaine. Il vise également à réhabiliter l’image du pouvoir russe à un moment où les réformes politiques récemment mises en place par le Kremlin en vue d’un renforcement de la centralisation des pouvoirs sont vivement critiquées en Occident.



par Mounia  Daoudi

Article publié le 30/09/2004 Dernière mise à jour le 30/09/2004 à 14:47 TU

Audio

Sergueï Yastrajemski

Conseiller du président russe pour les Affaires européennes

«Il y a une divergeance dans l'opinion publique de la Russie pour la ratification du protocole de Kyoto.»

[21/05/2004]

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