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Irak

Les nouvelles photos qui embarrassent Washington

Photo montrant Saddam Hussein en sous-vêtements, à la une du tabloïd britannique <i>The Sun</i>, le vendredi 20 mai 2005.(Photo: AFP)
Photo montrant Saddam Hussein en sous-vêtements, à la une du tabloïd britannique The Sun, le vendredi 20 mai 2005.
(Photo: AFP)
La publication de plusieurs clichés de Saddam Hussein, dont l’un le montre en sous-vêtements, est à l’origine d’une nouvelle polémique. Visiblement embarrassée, l’armée américaine –dont l’image a été dégradée par le scandale des sévices de la prison d’Abou Ghraïb– a très vite réagi en dénonçant «une violation des règlements du département de la Défense et probablement des conventions de Genève sur le traitement des prisonniers». Elle a aussitôt ordonné l’ouverture d’une enquête.

La photo de Saddam Hussein a été publiée vendredi en une du tabloïd britannique The Sun sous le titre «le tyran en sous-vêtements». On y voit l’ancien homme fort de Bagdad debout, devant une porte, en slip, l’air sombre et apparemment occupé à plier un vêtement. D’autres clichés, dans les pages intérieures du quotidien, le montrent en tunique, assis sur une chaise de plastique rose, en train de laver un pantalon, ou encore, dormant dans le lit de sa cellule exiguë. Ces mêmes photos ont été publiés quelques heures plus tard, décalage horaire oblige, par le New York post, un autre journal à sensations appartenant, comme le Sun, au magnat de la presse Rupert Murdoch. «Saddam Hussein vit le pire des cauchemars de tous dictateurs: dépossédé de son pouvoir et de ses vêtements», écrit en légende le tabloïd.

L’armée américaine a très vite réagi en dénonçant la publication de ces clichés. «Une enquête est en cours sur cet écart pour établir autant que possible qui a pris les photos et pour s’assurer du respect des règles et procédures en vigueur afin d’éviter que cela se reproduise», a indiqué un communiqué du Pentagone. Le département de la Défense a également précisé que l’origine de ces photos lui était «inconnue» mais qu’elles «pourraient remonter à un plus d’un an». Confrontée à une recrudescence des attaques de la guérilla, la Force multinationale en Irak s’est dit «déçue qu’une personne responsable de la sécurité, du bien-être et de la santé de Saddam Hussein ait pu prendre et fournir ces photos à des fin de publication». Le Pentagone a également jugé que ces clichés étaient «en violation des règlements du département de la Défense et probablement des conventions de Genève sur le traitement des prisonniers».

Visiblement indifférent aux critiques de l’armée américaine, le Sun a récidivé samedi en publiant de nouvelles photos de l’ancien homme fort de Bagdad ainsi que des clichés d’autres prisonniers comme Ali le chimique, le cousin de Saddam Hussein, responsable de la répression de la minorité kurde. Le tabloïd affirme avoir obtenu ces clichés de «sources militaires américaines» qui les ont fournis «dans l’espoir de mettre porter un coup à la guérilla irakienne». Le directeur de la rédaction de ce journal à sensations a, en outre, estimé que n’importe quel organe de presse aurait fait de même s’il avait été en possession de ces clichés. «Ce sont des photos d’actualité fantastique, emblématiques. Je défie n’importe quel journal, magazine ou chaîne de télévision qui les auraient reçues de ne pas les publier», a notamment affirmé Graham Dudman. 

Bush soucieux de minimiser la portée de ces photos

Le tabloïd britannique a par ailleurs révélé que l’une de ses sources lui a expliqué qu’il était «important que le peuple irakien voie Saddam Hussein tel qu’il est aujourd’hui pour détruire le mythe». Selon le Sun en effet, ses interlocuteurs espèrent que cela entamera la passion des fanatiques qui lui sont encore fidèles. «Saddam n’est pas Superman ou Dieu, il est juste maintenant un homme vieillissant et humble», ont-ils notamment insisté. Mais selon certains observateurs, la publication de ces photos risque, au contraire, d’être vécue comme une nouvelle humiliation par les Irakiens et plus généralement dans le monde arabe. Une position largement partagée par le directeur du quotidien arabe al-Qods al-Arabi qui a notamment estimé que ces clichés allaient alimenter la résistance en Irak et provoquer plus d’attaques à la bombe. «Ils se trompent s’ils pensent que ce genre de photos va mettre un terme à l’insurrection, a affirmé Abdel Bari Atwan. C’est contre-productif. Cela va rendre les insurgés plus déterminés à attaquer». 

Toujours est-il que l’affaire est jugée suffisamment importante à Washington pour que le président américain en personne intervienne immédiatement pour minimiser la portée de la publication de ces clichés. «Je ne pense pas qu’une photo déclenche des meurtres. Je pense que les terroristes sont inspirés par une idéologie qui est si barbare et rétrograde que beaucoup dans le monde occidental ne peuvent pas comprendre leur façon de penser», a défendu George Bush. La Maison Blanche a en tout cas insisté sur la volonté du président américain de voir l’enquête ouverte par le Pentagone menée jusqu’au bout. Une décision approuvée par la Croix-Rouge internationale qui en tant que gardien des conventions de Genève insiste pour que les prisonniers soient à l’abri de «la curiosité publique». Les militaires américains avaient déjà diffusé des photos de Saddam Hussein lors de son arrestation en décembre 2003 où il apparaissait hagard en train de  faire examiner sa dentition par un médecin. A l'époque l'opportunité de diffuser ces photos considérées comme humiliantes pour l'ancien président avait déjà soulevé des interrogations.

La défense de l’ancien président irakien n’a en tout cas pas l’intention d’en rester. Dénonçant «une violation des droits de l’Homme et une contravention à la convention de Genève, l’un de ses avocats, Ziad Khassawneh, a annoncé que «toutes les mesures légales nécessaires pour punir ceux qui commis de tels actes indignes» allaient être entreprises.  


par Mounia  Daoudi

Article publié le 21/05/2005 Dernière mise à jour le 22/05/2005 à 12:49 TU