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Liban

Majorité parlementaire pour Saad Hariri

Saadeddine Rafic Hariri a gagné son pari en remportant les 28 sièges qui étaient en jeu au Nord du Liban.(Photo : AFP)
Saadeddine Rafic Hariri a gagné son pari en remportant les 28 sièges qui étaient en jeu au Nord du Liban.
(Photo : AFP)
Les listes parrainées par Saadeddine Rafic Hariri ont remporté les 28 sièges en jeu lors de la dernière étape des élections législatives au Liban. Cette victoire lui permet d’obtenir avec ses alliés la majorité absolue au Parlement mais elle réveille les vieux démons des dissensions confessionnelles.

De notre correspondant à Beyrouth

Saadeddine Rafic Hariri, le fils de l’ancien Premier ministre assassiné le 14 février, a gagné son pari en remportant les 28 sièges qui étaient en jeu au Nord du Liban lors de la quatrième et dernière étape des élections législatives. Cette victoire lui permet d’obtenir avec ses alliés, le chef druze Walid Joumblatt, l’ancienne milice chrétienne des Forces libanaises et le Rassemblement de Kornet Chehwane (opposition chrétienne) une majorité confortable de 72 sièges au Parlement qui compte 128 membres.

Quelques 780 mille électeurs étaient appelés aux urnes ce dimanche dans les deux circonscriptions du Nord, qui comprend, entre autres, Tripoli, la deuxième ville du pays à majorité sunnite. Le taux de participation globale a tourné autour de 48%. Mais dans cette région qui compte un nombre exceptionnellement élevé d’émigrés qui ne sont pas autorisés à voter à l’étranger, la participation était en réalité beaucoup plus importante.

La dernière étape des élections qui se déroulent sur quatre dimanches successifs était caractérisée par une campagne électorale d’une violence verbale inouïe et une tension confessionnelle inégalée. Les accusations ont fusé de part et d’autre et de nombreux incidents ont eu lieu entre partisans des listes adverses. Craignant un raz-de-marée des listes du général Michel Aoun semblable à celui qui s’est produit dimanche 12 juin au Mont-Liban, Saad Hariri a personnellement dirigé les préparatifs de la campagne. Il s’est installé la semaine dernière avec tout son état-major dans un hôtel de Tripoli pour mobiliser la population et inciter les électeurs à se rendre en masse aux urnes.

Au cours des quatre meetings monstres qu’il a organisés, il a accusé ses adversaires regroupés autour de Michel Aoun, rentré d’exil le 7 mai, et de l’ancien ministre de l’Intérieur Sleimane Frangié, un ami personnel du président syrien Bachar el-Assad, d’être des «résidus» de la Syrie au Liban. Il a présenté le scrutin du Nord-Liban comme étant une confrontation entre les héritiers politiques de son père et ses assassins. La mobilisation a pris une tournure confessionnelle avec l’intervention directe des principaux ulémas sunnites qui ont appelé les électeurs lors des prêches du vendredi à voter pour les listes parrainées par Saad Hariri. Ce qui a provoqué des incidents dans certaines mosquées de Tripoli et les protestations de l’ancien Premier ministre Omar Karamé qui a menacé de ne plus reconnaître la légitimité du mufti sunnite de la République, cheikh Mohammad Rachid Kabbani.

De leur côté, Aoun et Frangié ont accusé le fils de l’ancien Premier ministre d’avoir dépensé des «dizaines de millions de dollars» pour financer sa campagne et pour l’achat de voix. Ils lui ont reproché d’avoir joué sur la fibre confessionnelle en mobilisant l’électorat sunnite contre «l’invasion chrétienne» conduite par Michel Aoun et ses alliés. Cette polarisation est clairement apparue dans les résultats des élections. L’écrasante majorité des chrétiens ont voté pour les listes Aoun-Frangié, alors que les sunnites ont choisi en masse les listes parrainées par Saad Hariri. Mais comme ces derniers sont plus nombreux, tous les candidats de Hariri sont passés.

Un problème de représentativité

Le scrutin du Nord-Liban met en exergue les carences de la loi électorale en vigueur qui défavorise les chrétiens. Elaborée en l’an 2000 par les Syriens dans le but de les marginaliser, cette loi regroupe dans une même circonscription des districts à majorité chrétienne ainsi que la grande ville sunnite de Tripoli et sa campagne. De la sorte, l’électorat chrétien est dissout dans un vaste ensemble musulman et perd son efficacité. En regardant le scrutin de dimanche ont comprend ce qui s’est passé. Bien qu’ayant recueilli plus des deux tiers des votes dans son fief de Zghorta, et une confortable majorité dans les deux autres districts chrétiens de Batroun et de Koura, Sleimane Frangié a échoué car les sunnites de Tripoli ont voté pour les candidats chrétiens sur la liste de Saad Hariri. Or ceux-ci ont été élus alors qu’ils n’ont obtenu en moyenne que le tiers des votes chrétiens. Ce sont donc les musulmans qui ont choisi les députés chrétiens lors de ce scrutin. Il y a donc un problème de représentativité.

Anticipant sa défaite, Sleimane Frangié a déploré le fait que les électeurs sunnites de Tripoli l’aient sanctionné alors qu’il a toujours choisi «la voie arabe». «Le fait d’avoir eu des orientations pro-arabes était peut-être une erreur, a-t-il dit sur un ton amer. Il aurait peut-être mieux fallu se tourner vers l’Occident».  

Quoi qu’il en soit, Saad Hariri a remporté les 28 sièges en jeu. Il était allié pour l’occasion à des figures du rassemblement de Kornet Chehwan et à l’ancienne milice chrétienne des Forces libanaises. Les quatre candidats de cette formation dissoute en 1994 ont été élus. Parmi eux figure Sethrida Geagea, l’épouse de l’ancien chef de guerre chrétien Samir Geagea emprisonné depuis 11 ans au ministère de la Défense.

Avec 72 députés, Saad Hariri et ses alliés peuvent désormais choisir, à eux seuls, le prochain président de la Chambre et le futur Premier ministre, et contrôler le pouvoir législatif pour les quatre années à venir. Mais ils n’ont pas pu atteindre la barre des deux tiers (86 députés) qu’ils s’étaient fixés et qui est nécessaire pour amender la Constitution. Sans l’apport du bloc des députés chiites (Amal et Hezbollah) ils ne pourront pas démettre le chef de l’Etat, le général Emile Lahoud.


par Paul  Khalifeh

Article publié le 20/06/2005 Dernière mise à jour le 20/06/2005 à 11:31 TU

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Frédéric Domont

Journaliste à RFI

«Tous les coups, jusqu'aux plus bas, ont été permis dans cette ultime et décisive étape de ces élections»

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