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Inde

La mousson fait près de 800 morts à Bombay

Une partie des 6,1 millions d'usagers quotidiens des trains ont dû traverser certains quartiers de la ville, l’eau jusqu’à la taille.(photo : AFP)
Une partie des 6,1 millions d'usagers quotidiens des trains ont dû traverser certains quartiers de la ville, l’eau jusqu’à la taille.
(photo : AFP)
Les autorités de l’État du Maharashtra, au sud-ouest de l’Inde, étaient sur le pied de guerre mardi et mercredi dernier quand des pluies particulièrement violentes se sont abattues sur la région. C’est presque un tiers de Bombay, capitale financière et cinématographique du pays, qui s’est retrouvé les pieds dans l’eau. Dans certains quartiers, le département météorologique a enregistré jusqu’à 944,2 mm de précipitations. Un chiffre qui, d’après lui, n’avait jamais été atteint en une journée, dépassant de loin les 575,6 mm du 5 juillet 1974, quand le quartier sud de Bombay, Colaba, a été inondé. Jusqu’à présent c’était l’état du Meghalaya, situé au nord-est de l’Inde, qui détenait le record des plus fortes pluies du pays, 838,2 mm en 1910. Ces pluies torentielles ont fait près de 800 morts.K

De notre correspondante à Delhi

« C’est la première fois que nous avons des pluies de cette ampleur dans l’histoire de Bombay. C’est une crise sans précédent », a admis le ministre en chef de l’État, Vilasrao Deshmusk. Débordées, les autorités maharashtriennes ont déployé plus de 5 000 forces armées et navales pour aller secourir les habitants, parfois coincés dans leurs bureaux, les écoles ou les transports, sans eau ni nourriture. Ces deux journées ont été déclarées fériées pour les banques et les organismes publics.

Pendant deux jours, la circulation, qui par temps sec est déjà une épreuve d’endurance pour le plus patient des conducteurs indiens, a été paralysée. Le fonctionnement des trains qui font usage de métro et desservent le centre de Bombay sur une soixantaine de kilomètres, a été fortement perturbé. Conséquence, une partie des 6,1 millions de passagers quotidiens a dû traverser certains quartiers de la ville, l’eau jusqu’à la taille.

Les aéroports intérieur et international ont été bloqués pendant deux jours et les avions en provenance de New Delhi ou de Bangalore, déviés. La Bourse de Bombay aussi a été fermée. Le réseau de télécommunication, saturé, a coupé les Bombaikars du reste du pays. Ce sont les télévisions indiennes qui ont alors pris le relais, affichant des textos sur les écrans, sur lesquels on pouvait voir écrit le message d’un parent recherchant un enfant ou un père, ou même des appels au secours d’habitants coincés sur les toits.

Le bilan des victimes est encore difficile à faire puisque des corps se trouveraient toujours sous l’eau ou sous des bâtiments qui se sont effondrés suite aux glissements de terrain. Les autorités affirment avoir repêché près de 200 corps, la plupart dans la ville de Bombay. L’État du Maharastra tout entier a été touché, près de 48 000 personnes ont été évacuées sur des hauteurs, dont 10 000 pour la seule capitale, qui compte 16 millions d’habitants. Chaque année les pluies diluviennes font disparaître des centaines de personnes par noyade, électrocution ou écroulement de maisons. Jusqu’à ce déluge dans le Maharashtra, 650 personnes ont péri en Inde depuis le début de la mousson.

Dégâts urbains

La mousson en Inde s’étend du mois de juin à septembre et représente les quatre-cinquième des pluies annuelles. Si les précipitations sont vitales pour les 60 % d’agriculteurs que compte le pays, en revanche, en zone urbaine, les pluies diluviennes amènent chaos et destruction. Glissements de terrain, destruction de ponts et inondation de quartiers entiers. Sur les axes routiers, c’est le manque de visibilité et l’état déplorable des voies qui augmentent le nombre d’accidents de la circulation. La mousson favorise aussi l’apparition de maladies comme la dengue. Les eaux stagnantes des nids-de-poule sont en effet propices à la multiplication des moustiques et des mouches. À Bombay, les hôpitaux ont signalé des cas de patients souffrant d’infections respiratoires et de maladies gastro-intestinales.

Les canalisations n’étant pas toujours assainées à temps ou correctement, les détritus accumulés aux entrées et les eaux saumâtres refont surface et se mélangent avec les inondations. Sans oublier que les toilettes publiques des bidonvilles de Bombay où vivent 60 % des 16 millions d’habitants n’ont pas dû être épargnées par les flots. En décembre dernier, le gouvernement avait pourtant commencé une politique de recontruction de la ville en détruisant 80 000 bidonvilles, pour en faire « une nouvelle Shanghaï ».

D’après les industriels, cette catastrophe naturelle aura des répercussions sur l’économie du pays, puisque plusieurs usines inondées ont dû arrêter leur production. Les estimations sont encore rapides et prudentes, mais selon la Chambre de commerce et d’industrie de Bombay, les pertes s’élèveraient à plus de 115 millions de dollars. Seuls les hôtels et chambres d’hôtes ont fait des affaires pendant ces deux jours : les chambres libres ont été prises d’assaut par les réfugiés et sans-abri de la mousson.

par Marie  Perruchet

Article publié le 28/07/2005 Dernière mise à jour le 28/07/2005 à 14:58 TU