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Afghanistan

A Londres, le monde renouvelle son aide à Kaboul

Trop peu d'Afghans ont bénéficié des changements politiques ces dernières années, la plupart continuant à vivre dans la pauvreté.(Photo: Anne Le Troquer/RFI)
Trop peu d'Afghans ont bénéficié des changements politiques ces dernières années, la plupart continuant à vivre dans la pauvreté.
(Photo: Anne Le Troquer/RFI)
Préoccupées par la situation de l’Afghanistan, toujours en proie à une fragilité et à une pauvreté extrêmes quatre ans après la chute des talibans, près de 70 nations ont renouvelé leur soutien à ce pays à l’ouverture d’une conférence internationale de deux jours à Londres. Un plan de partenariat sur cinq ans avec le gouvernement du président afghan, Hamid Karzaï, baptisé «Afghanistan Compact», a ainsi été adopté. En échange d'un important soutien financier, le gouvernement afghan s'engage à réduire la misère, à assurer la sécurité et à moderniser les infrastructures du pays. Une générosité internationale qui traduit aussi le souci de ne pas voir Kaboul devenir à nouveau un refuge pour les réseaux terroristes.

De notre correspondante à Londres

Difficile de ne pas noter le contraste entre un Afghanistan ravagé par la guerre et le lustre des salles de réception de Lancaster House en plein coeur de Londres où s’est déroulée la conférence des donateurs de ce pays. Et pourtant ce qui s’est décidé ce mardi dans cette somptueuse résidence, à deux pas de Buckingham Palace, est décisif pour l’avenir de Kaboul. Et pas seulement de par le montant de l’aide promise (en tout près de 5 milliards de dollars de dons), mais parce que ce rendez-vous a replacé l’Afghanistan au centre des préoccupations et rappelé à tous que malgré des progrès indéniables, la tâche consistant à remettre le pays sur pied est loin d’être achevée.

En effet, certains membres de la communauté internationale ont tendance à considérer que parce que l’Afghanistan s’est doté d’un président et d’un parlement élus, le pays est de nouveau sur les rails. C’est peut-être pourquoi le secrétaire général de l’ONU a tenu à rappeler dans son discours d’ouverture que « hier prisonnier du terrorisme, l'Afghanistan est aujourd'hui une démocratie naissante, mais notre optimisme reste tempéré par de sérieux obstacles. L'Afghanistan reste aujourd'hui un territoire peu sûr. Le terrorisme, la violence des extrémistes, l'industrie illégale de la drogue et la corruption qu'elle nourrit menacent » cette démocratisation.

« Le passage de la tyrannie à la démocratie »

Hôte de la conférence, le Premier ministre britannique Tony Blair, qui vient de décider d'envoyer 3 300 militaires supplémentaires cette année en Afghanistan, a pour sa part souligné que « la stabilité de l'Afghanistan » restait cruciale dans la lutte globale contre le terrorisme. « Les soldats britanniques sont confrontés au danger. Mais il est important de montrer que partout où les gens se dressent face au terrorisme, nous serons avec eux », a renchéri Tony Blair. La secrétaire d'Etat américaine Condoleezza Rice, qui a assisté à l'ouverture de la conférence avant de repartir rapidement pour Washington, pour y assister mardi soir au discours du président Bush sur l'état de l'Union a, quant à elle, qualifié « le passage de l'Afghanistan de la tyrannie à la démocratie » de « l'une des plus grandes réalisations de ce début de siècle ». « La transformation de l'Afghanistan est remarquable mais incomplète », a-t-elle toutefois admis.

Le problème reste en effet que trop peu d’Afghans ont bénéficié des changements politiques de ces dernières années, la plupart continuant à vivre dans la pauvreté. C’est d’ailleurs pourquoi les différents ministres afghans venus assister à la conférence aux côtés du président Hamid Karzaï répètent qu’il faut faire plus pour affermir le pouvoir de ce nouveau gouvernement. Ils voudraient notamment que la communauté internationale accorde plus de confiance à ce gouvernement et lui confie directement l’argent de la reconstruction plutôt, comme c’est le cas actuellement, que de confier ces fonds à des organisations internationales ou des ONG. La contrepartie est bien sûr de mettre un terme à la corruption au sein des instances afghanes. Le président Karzaï, élu en octobre 2004 avec le soutien des Etats-Unis, s’y est engagé et a de son côté soulevé la menace du terrorisme et du trafic de drogue.

La guerre contre l’opium

Il faut dire que l'Afghanistan produit 87% de l'opium mondial et est à l'origine de la quasi-totalité de l'héroïne consommée en Europe. Cette énorme production (plus de 4 000 tonnes), qui représente l'équivalent de la moitié du PIB légal du pays, finance les mafias, les réseaux terroristes et la corruption, selon les bailleurs de fonds de l'Afghanistan, qui entendent l'éradiquer. Le président afghan a cependant reconnu que la lutte contre la drogue serait longue et complexe. « C'est un combat difficile que nous devons mener contre une situation économique surréaliste », a-t-il déclaré. Il a estimé qu'il faudrait à l'Afghanistan « au moins dix ans d'efforts soutenus et systématiques d'éradication, de maintien de l'ordre, et d'offre d'une économie alternative aux paysans afghans pour nous libérer de l'opium.» L'ONU estime pour sa part que même avec une stratégie efficace, il faudra au moins vingt ans au pays pour se débarrasser de la drogue.


par Muriel  Delcroix

Article publié le 01/02/2006 Dernière mise à jour le 02/02/2006 à 16:42 TU