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Libye

Prospection nucléaire française à Tripoli

La Libye a trouvé le soutien de la France pour entamer une coopération dans le nucléaire civil.(Photo : AFP)
La Libye a trouvé le soutien de la France pour entamer une coopération dans le nucléaire civil.
(Photo : AFP)

A l’issue d’une nouvelle navette entre Tripoli et Paris, le député UMP qui préside le groupe d'amitié France-Libye, mais aussi la commission des Affaires économiques de l'Assemblée nationale, Patrick Ollier, affirme que la France et la Libye devraient signer un accord de coopération sur le nucléaire civil «dans les quinze jours-trois semaines». Le député Ollier ajoute qu’il s’agit d’un «un accord d'Etat à Etat sur une coopération dans laquelle des entreprises vont certainement trouver leur place dans un deuxième temps». Il cite en particulier le groupe français Areva, leader mondial dans le domaine de l’énergie nucléaire.


«Tripoli veut retrouver sa place dans le concert des nations et a engagé l'ouverture de son économie à l'Occident», rappelle Patrick Ollier, qui évoque également l’entrée en scène libyenne de l’industriel français spécialisé dans les télécommunications, Alcatel. Si la Libye retient effectivement le savoir-faire nucléaire français, Paris pourra en tout cas se féliciter d’une manche gagnée dans la farouche compétition industrielle ouverte par le retour de Tripoli dans le concert des nations. Pour cela, en 1999, le «Guide» de la Jamahiriya libyenne, le colonel Mouammar Kadhafi aura reconnu la responsabilités de ses agents dans l’attentat dix ans plus tôt contre un DC-10 de la compagnie française UTA. Il aura indemnisé les victimes et surtout, en décembre 2003, il a renoncé à ses armements biologiques et chimiques. Ce faisant, il a aussi abandonné la perspective du nucléaire militaire en lâchant même aux Etats-Unis les réseaux et les plans de ses fournisseurs pakistanais et nord-coréen.

Etat voyou hier, modèle aujourd'hui

Soumis à des sanctions onusiennes depuis 1992 et paria des pétroliers américains, l’Etat voyou d’hier est aujourd’hui cité en modèle. Un modèle que l'ambassadeur des Etats-Unis à l'ONU, John Bolton, n’hésite pas à recommander à l’Iran, en brandissant les «progrès substantiels dans les relations entre la Libye et les Etats-Unis», depuis que Tripoli a renoncé aux «armes de destruction massive». De fait, crise pétrolière mondiale aidant, la Libye est aujourd’hui très courtisée. Mais, comme le souligne Mouammar Kadhafi, les intérêts de Tripoli passent d’abord par Washington. Il a en effet retenu de l’Histoire récente que rien ne peut se faire contre les Etats-Unis et que ceux-ci ont «besoin de nos marchés». Les Européens ont besoin, eux-aussi, de cette nouvelle surface économique où pétrole et gaz sont à portée de pipelines. Mais ils ne sont pas les premiers servis.

Fin janvier, les pétroliers européens ont fait grise mine lorsque onze nouveaux permis d’exploration sur quinze (portant sur un périmètre de 127 000 kilomètres carrés) ont été emportés par des sociétés américaines. Quelques mois plus tôt, en novembre 2004, pour la première visite d’un chef d’Etat français depuis l’indépendance libyenne, en 1951, le président Jacques Chirac avait pourtant pris la tête d’une délégation française comptant une vingtaine de chefs d’entreprises, parmi lesquelles la pétrolière Total et Gaz de France. En vain, pour ce qui est de la course au pétrole qui doit se prolonger d’ici la fin de l’année par deux nouveaux appels d’offres concernant une quarantaine de permis.

L’accord en vue sur le nucléaire civil ouvre donc une perspective en forme de compensation, une manière de s’ancrer en Libye où Total se contente pour le moment de ses anciennes concessions sur les gisements offshore d′Al Jurf et de Mabruk, de plusieurs permis d′exploration et de 30% dans le consortium étranger présent sur le champ toujours prometteur d′El Sharara. Ce dernier produit en effet chaque jour environ 200 000 barils de brut léger et de nouvelles découvertes viennent d’être faites dans le secteur. Cela ne saurait compenser le manque à gagner des appels d’offres manqués. Alors, au lendemain de la manche nucléaire emportée contre elle par le président américain George Bush en Inde, la France presse le pas libyen en annonçant l’arrivée d’Areva sur le chantier du nucléaire civil libyen, une perspective déjà évoquée en mai dernier par le ministère français des Affaires étrangères. Au passage, cela confirme que l’heure est aujourd’hui à une certaine forme de déréglementation des mœurs internationales en matière de nucléaire, pour peu que les tenants de la non-prolifération estiment disposer de garanties suffisantes de la part des nouveaux venus dans le cercle électro-nucléaire.

Tripoli a signé le protocole de non prolifération

A la différence de l’Iran, mais à l’instar de l’Inde, la Libye est donc jugée apte à recourir à l’énergie nucléaire pour sa production d’électricité. Malgré les services rendus par Islamabad dans la lutte anti-terroriste, l’ex-fournisseur de technologie «illicite» de Tripoli, le père du nucléaire pakistanais Abdul Qadeer Khan voit son pays laissé à la porte de la coopération nucléaire américaine. C’est surtout pour des raisons d’intérêts stratégiques que celle-ci s’ouvre en grand au géant économique indien. Mais l’argument était tout trouvé avec les plans pakistanais de la bombe potentielle que Tripoli s’est empressé de remettre à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) en 2003, pour preuve de sa repentance et de sa conversion aux bons usages internationaux. En mars 2004, la Libye a en outre signé le protocole additionnel de non prolifération de l’AIEA qui autorise les visites surprises des inspecteurs internationaux. Le marché du nucléaire civil libyen est ouvert. La France compte bien l’occuper le plus largement possible.

En juin 2003, le chef de la Jamahiriya a révolutionné à nouveau l’économie libyenne, promouvant l'abolition des entreprises publiques et la privatisation des secteurs pétroliers et bancaires. Parallèlement, la Libye se voit désormais un destin international, au-delà du gazoduc qui alimente l’Italie. La française Total tire de son côté des plans sur un autre projet de gazoduc. Or, en ce moment, les relations entre Tripoli et Rome sont glaciales. La Libye attend toujours la construction d’une autoroute promise par le Premier ministre Silvio Berlusconi, lors d’une visite en 2004.

Dépitée, la Libye vient d’engager un nouveau bras de fer épique avec Rome à l’occasion de l’affaire des caricatures de Mahomet qui a fait des morts et des blessés en grand nombre parmi des manifestants libyens, lors de l’attaque du consulat d’Italie de Benghazi, dans l’est du pays, le 17 février dernier. Tripoli réclame des indemnités pour compenser la colonisation italienne. Une vieille antienne régulièrement relancée et qui affaiblit plus ou moins provisoirement la sérieuse concurrence italienne de la France qui doit aussi compter, dans la compétition intra-européenne, avec Londres ou Madrid.

Une puissance pétrolière montante

Outre la question du terrorisme international sur lequel, lors de son changement de cap, Kadhafi n’a pas été avare de révélations concernant al-Qaïda, la Libye intéresse les Européens comme garde-fou anti-immigration. Fin février, le ministre britannique de l'Intérieur, Charles Clarke, était d’ailleurs à Tripoli pour en discuter avec ses homologues libyens. Mais la Libye, c’est un quota de 1, 5 million de barils de pétrole inscrit chaque jour au registre de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole (Opep). Cela place Tripoli au deuxième rang des producteurs africains, derrière le Nigeria (2,3) et devant l’Algérie (0,8), un rang modeste dû à sa longue mise au ban des nations en général et des Etats pétroliers en particulier.

Pendant deux décennies, il s’est agi d’asphyxier le «Guide suprême» inscrit sur les listes noires du terrorisme international. Aujourd’hui, l’objectif libyen est de remonter la pente par tous les moyens. Tripoli vise les 5 millions de barils quotidiens d’ici la fin de la décennie. Cela signifie en parallèle une courbe ascendante des rentrées en devises et, compte-tenu du mal-développement libyen, l’équivalent en dépenses d’investissement, dans tous les domaines, toutes infrastructures confondues. Les jeux sont ouverts. Concernant le nucléaire, mais pas seulement, la France espère ramasser une partie consistante de la mise, malgré la concurrence européenne et la prévalence américaine. 


par Monique  Mas

Article publié le 06/03/2006 Dernière mise à jour le 06/03/2006 à 18:15 TU