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Proche-Orient

Les hôpitaux palestiniens au bord de la rupture

L'équipement de plus en plus précaire, manque de médicaments,… le système de santé publique palestinien pourrait mener à un effondrement complet.(Photo : AFP)
L'équipement de plus en plus précaire, manque de médicaments,… le système de santé publique palestinien pourrait mener à un effondrement complet.
(Photo : AFP)
Du fait du boycottage de l’Autorité palestinienne par les bailleurs de fonds internationaux, le système de santé publique menace de s’effondrer.

De notre correspondant dans les Territoires palestiniens

Depuis un mois, Shifa, l’hôpital central de la bande de Gaza, fonctionne au ralenti. Une dizaine d’opérations seulement sont pratiquées par jour, au lieu de quarante en temps normal. Du fait de la crise financière qui frappe l’Autorité palestinienne et de la fermeture par Israël du terminal de Karni, le cordon ombilical de la bande de Gaza, les stocks de l’établissement sont en voie d’épuisement. «Près de deux cents types de médicaments sont désormais introuvables», dit Jomaa Al-Saqqa, le directeur des relations publiques. Gants, bandages, aiguilles jetables : les pénuries s’aggravent de jour en jour. Dans les couloirs de l’hôpital, certains malades atteints du cancer attendent leur chimiothérapie depuis plus d’un mois. Faute de pièces de rechange disponibles, un tiers des appareils de dialyse sont en panne. Au lieu de trois traitements par semaine, ce qui est la norme, les malades doivent se contenter de deux traitements. Cette prise en charge déficiente a déjà causé la mort de quatre patients atteints d’insuffisance rénale. Un bilan qui pourrait s’aggraver très rapidement. «D’ici une dizaine de jours, la réserve de produits anesthésiants sera écoulée et les chirurgiens ne seront plus en mesure d’opérer», dit Jomaa Al-Saqqa.

Cette situation de crise existe aussi en Cisjordanie mais à un degré moindre car le bouclage israélien y est moins sévère. «Nous n’avons plus un sou, dit Hosni Al-Attari, le directeur de l’hôpital de Ramallah. Certes le personnel qui n’est pas payé depuis plus de deux mois continue à venir travailler. Mais notre équipement est de plus en plus précaire». Le système D tient lieu de béquille. Les familles des malades pallient la pénurie de médicaments en les achetant elles-mêmes dans les pharmacies. Des poches de perfusion ont été acheminées d’urgence de l’hôpital de Jénin où les stocks sont en meilleur état. «Pour les points de suture, nous nous débrouillons avec du fil de mauvaise qualité mais même celui-là va finir par manquer», dit Hosni Al-Attari.

Le risque d’un effondrement complet

Un document confidentiel de l’Organisation mondiale de la santé tire la sonnette d’alarme. Cité par le New York Times, il met en garde contre «un rapide déclin du système de santé publique qui pourrait mener à un effondrement complet». Selon un rapport de l’organisation israélienne Médecins pour les droits de l’homme, le budget du ministère palestinien de la Santé couvre 65% des besoins médicaux de la population. En 2005, il a permis de payer les soins de près de 20 000 Palestiniens obligés de se faire hospitaliser en Israël, Jordanie ou Egypte, faute de structures adéquates dans les territoires occupés. «Il est impossible de suspendre le financement de l’Autorité palestinienne tout en préservant l’aide humanitaire, comme prétend vouloir le faire la communauté internationale», dit Jomaa Al-Saqqa. Le système de santé publique est d’autant plus incontournable que la débâcle économique en vigueur détourne les malades des cliniques privés. «Nos services sont débordés, dit Hosni Al-Attari. Nous avons près de 80 nouveaux cas par jour contre 50 en temps normal».

Si les caisses du régime palestinien ne sont pas renflouées, l’organisation Médecins pour les droits de l’homme redoute «des milliers de morts à court terme et une recrudescence de la mortalité à long terme». Hosni Al-Attari confirme cette prophétie. «Les malades du cancer qui ne peuvent pas bénéficier de chimiothérapie ou de radiothérapie régulièrement ne vont pas décéder du jour au lendemain, mais au lieu de vivre encore cinq années, ils risquent de n’en vivre plus qu’une seule». Et il ajoute, en levant les yeux du relevé des admissions : «A quoi cela rime-t-il de punir des malades ? Notre ministère de la Santé est-il un ministère de la Défense ? Mes infirmières sont-elles des terroristes ? La communauté internationale doit se réveiller très vite. Nous sommes au bord du désastre». 


par Benjamin  Barthe

Article publié le 13/05/2006 Dernière mise à jour le 13/05/2006 à 12:37 TU