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Tensions franco-allemandes autour d’Airbus

Xavier Petrachi, délégué de la CGT d’Airbus, déplore le «silence radio de l’Etat français». 

		(Photo : AFP)
Xavier Petrachi, délégué de la CGT d’Airbus, déplore le «silence radio de l’Etat français».
(Photo : AFP)
La mobilisation prévaut dans les rangs syndicaux français et allemands après l’annulation du Comité du groupe européen d’Airbus. EADS, la maison-mère de l’avionneur, a reporté l’adoption du plan de restructuration, baptisé « Power8 », qui prévoyait plus de 10 000 suppressions d’emplois et une réorganisation complète de l’outil industriel. Le comité du groupe a notamment été annulé faute d’un accord entre les partenaires allemands et français sur la répartition de la charge de travail pour construire le futur long courrier A350.

«Mobilisation dans toutes les usines». Tel était le mot d’ordre des syndicats d’Airbus, pour ce mardi 20 février. La CGT avait lancé un appel national à la mobilisation sur tous les sites de production du groupe. Avec la CFDT, ce syndicat se prononce en faveur de «revendications communes» à l'échelle européenne. Ils ont regretté que le gouvernement français ne s’engage pas autant que le font, à leurs yeux, les autorités allemandes. Xavier Petrachi, le délégué syndical de la CGT d’Airbus, a notamment déploré le «silence radio de l’Etat français», alors que Pierre-Henri Coat, le délégué central CFDT a demandé «à ce que l’Etat français s’implique davantage dans le dossier». Et il y a urgence puisque Dominique de Villepin a, lui-même confirmé, mardi matin, le chiffre de 10 000 suppressions d’emplois envisagé par le plan «Power 8 ». Par ailleurs, le Premier ministre a demandé à Louis Gallois, coprésident d’EADS et président d’Airbus, de tout faire «pour éviter les licenciements secs ».

Les 56 000 salariés du groupe et les 30 000 personnes employées par les sous-traitants, très inquiets de ces annonces, vont devoir encore patienter pour être fixés sur leur sort. Au sein même de la direction de l’avionneur, on évoque la possibilité d'une crise grave, si Louis Gallois n’arrive pas à décrocher un compromis. Le président d’Airbus était censé en effet rendre public, aujourd’hui à Toulouse, le contenu de son plan de restructuration. Mais le conseil d'administration d’EADS a reporté sine die cette présentation, du fait de divergences persistantes entre les actionnaires allemands et français sur la répartition du programme du long-courrier A350. Les principaux dirigeants allemands ont exigé des engagements d’Airbus, et  l’assurance, notamment, que l’Allemagne gardera sa part dans l’assemblage de l’A380 et de l’A350. Un accord aurait été trouvé sur l’A380 mais pas sur l’A350.

«Une solution qui surmonte les clivages nationaux»

Pour l’heure, la situation est bloquée, à quelques jours de la rencontre prévue vendredi entre Jacques Chirac et Angela Merkel. Les deux parties qui ont chacun le même poids au sein d’EADS, ont beaucoup à perdre en matière d’emplois. Airbus compte sept usines outre-Rhin et quatre en France sur seize sites en Europe. Selon les estimations, de 10 à 12 000 emplois pourraient ainsi disparaître, soit près de 4 000 en France et autant en Allemagne. Ces réductions d’effectifs ne concerneront pas seulement les salariés d’Airbus, mais aussi les employés des sous-traitants travaillant sur les sites de l’avionneur. Dans un communiqué, Louis Gallois a exhorté la partie allemande «à trouver très rapidement une solution qui surmonte les clivages nationaux». Aucune date n’a été fixée pour une prochaine réunion du conseil d'administration d’EADS,  mais les administrateurs doivent se revoir dans les prochains jours pour déterminer les efforts que devront faire chacun des pays actionnaires, la France, l’Allemagne mais également la Grande-Bretagne et l’Espagne dans le cadre de cette restructuration.

Annoncé dans les grandes lignes en octobre, ce vaste plan baptisé «Power8»  est à la fois un plan de réduction des coûts, visant à économiser 5 milliards d'euros d'ici 2010, puis 2 milliards par an à partir de cette date, afin de compenser notamment les surcoûts liés aux retards de l'avion géant A380. C’est également un plan de réorganisation industrielle, destiné à rendre Airbus plus efficace. L’avionneur compte d’une part, réduire le nombre de ses sous-traitants - de 3 000, ils devraient chuter à environ 500 - et d’autre part, augmenter le recours aux sous-traitants dans des pays à bas coûts. L’avionneur envisage également de réduire le nombre de ses plateformes logistiques au nombre de 80 à moins de 8. A la recherche d’économies, Airbus compte aussi réduire ses frais de fonctionnement de 30 % sur quatre ans. Ce qui se traduira par des suppressions d’emplois via des départs en retraite mais aussi une réduction du nombre d’intérimaires et des contrats à durée déterminée dans le secteur de la production.  



par Myriam  Berber

Article publié le 20/02/2007 Dernière mise à jour le 20/02/2007 à 15:37 TU