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Liban

L'amertume des réfugiés de l'ALS

Israël a accordé refuge à près de 5 000 Libanais, miliciens de l'ALS accompagnés de leurs familles, qui ont fui le Liban par crainte d'être jugés pour «collaboration avec Israël».
Pour la première fois dans l'histoire contemporaine, des milliers de civils arabes fuient un pays arabe pour trouver refuge en Israël et non l'inverse. En 1948, la création de l'Etat juif avait jeté sur les routes 700 000 Arabes. La guerre de 1967 avait déclenché un nouvel exode. Mais en quittant subitement la zone occupée depuis 1978, l'armée israélienne a abandonné à leur sort les 2 500 miliciens de l'Armée du Liban Sud promis par les autorités de Beyrouth à un jugement pour collaboration avec l'ennemi. Le gouvernement libanais a refusé d'accorder l'amnistie à ceux qu'il considère comme des traîtres. La perspective de passer en jugement n'était d'ailleurs pas la plus effrayante : nombre de miliciens pouvaient à juste titre redouter la vindicte du Hezbollah et des populations locales sur lesquelles a régné sans partage l'ALS avec le soutien d'Israël. La plupart en ont tiré les conséquences : ils n'avaient d'autre choix que de demander l'asile à l'Etat qu'ils ont fidèlement servi vingt années durant.

Hier encore, ils étaient officiers et redoutés. Aujourd'hui, ce sont des réfugiés ordinaires. Soulagés d'avoir échappé à la vengeance, mais démunis et inquiets de l'avenir. Amers aussi. Ils ont le sentiment d'avoir été lâchés par l'Etat d'Israël qu'ils ont fidèlement servi contre leur propre pays. A la frontière, le chef du Likoud, Ariel Sharon qui avait organisé l'invasion du Liban en 1982, n'a pas de mots assez dur contre un gouvernement qui abandonne des frères d'armes qui ont combattu aux côtés de Tsahal. Au point de passage, après des heures d'attente, ils sont désarmés et soumis à un contrôle d'identité très strict. Le gouvernement israélien craint que parmi eux se soient glissés des éléments du Hezbollah. La plupart sont regroupés dans un village de vacances à Amnon, près du lac de Tibériade, le temps de régler leur situation administrative.

Leur sort reste en suspens. Ce n'est pas l'asile politique qui leur est proposé. Ehoud Barak a certes garanti qu'Israël ne refoulerait pas les réfugiés et que l'Etat hébreu était prêt à en accueillir plusieurs milliers « à titre provisoire » avant qu'ils puissent regagner leurs foyers. Mais ce sont des visa de tourisme qui leur sont accordés. Ils pourront néanmoins recevoir également un permis de travail. Parmi eux, certains sont chrétiens, d'autres chiites, mais bien peu imaginent de passer le reste de leur vie en Israël.




par Olivier  Da Lage

Article publié le 24/05/2000