Prix littéraires
Quand des journalistes deviennent romanciers<br>
Comme les feuilles mortes, les prix littéraires se ramassent à la pelle, en automne. L'Interallié clôt la saison. Dernier espoir de rattrapage pour les éditeurs et les auteurs oubliés jusque-là, il est toujours bon à prendre pour les libraires. Au total, le crû des prix 2000 aura été plutôt bon.
Journaliste ou pas, l'auteur couronné ? Cette année, le jury a choisi l'un de ses pairs, Patrick Poivre d'Arvor pour son roman L'Irrésolu (Albin Michel). Un journaliste vedette qui n'en est pas à sa première incursion en littérature. Cette fois, PPDA s'est glissé dans le personnage d'un anarchiste de la fin du XIXe siècle, fils d'une ouvrière dans une soierie lyonnaise. Injustement condamné lors d'un procès, emprisonné, ce fils du peuple montera à Paris et deviendraà journaliste. Irrésolu en politique, même si ses tendances anarchistes le rattrapent, il demeurera irrésolu devant le beau sexe puisqu'il hésitera de femme en femme, en une quête de soi qui se terminera tragiquement.
Journaliste ou pas, le choix de l'Interallié ? La question ne devrait pas se poser puisque cette récompense a été créée en 1930 par des journalistes pour des journalistes. Si le Renaudot avait été imaginé en 1926 par des critiques littéraires pour affirmer leur choix face aux jurés du Goncourt, l'Interallié a été créé peu de temps après par un autre groupe de journalistes mécontents, ne faisant pas partie du Renaudot, et qui se sont dit : si un journaliste peut attribuer un prix, pourquoi ne pourrait-il pas en recevoir ? Logique. Aujourd'hui, les jurés journalistes ne sont plus mécontents, mais ils restent amateurs de bonne chère : le restaurant Lasserre, où ils délibèrent, n'est pas moins réputé que le Drouant, fief des Goncourt et Renaudot!
Avant PPDA, Malraux, Dutourd ou Cavanna
De fait, on trouve dans le palmarès de l'Interallié quelques exceptions, parfois glorieuses : en 1930, le premier Interallié était allé à André Malraux pour La Voie royale; il a couronné Pierre Daninos, Jean Dutourd, Michel Déon, François Cavanna ou Bernard-Henri Lévy, écrivains ou philosophes. Mais les règles sont faites pour être parfois transgressées : de par sa vocation, le Goncourt devrait révéler un romancier de qualité et inconnu. Ce n'est pas toujours le cas, loin de là. L'année dernière, l'Interallié est allé à un médecin, le Dr Jean-Christophe Rufin pour Les Causes perdues car, avait déclaré Jean-Marie Rouart, membre du jury, «l'humanitaire est une des formes de l'aventure contemporaine»; le livre de Rufin, de toutes manières, avait fait l'unanimité depuis le début de la saison, ce qui est exceptionnel.
Passant en dernier, les jurys de l'Interallié doivent en effet se livrer à une course d'obstacles : dès le début de la saison, ils sélectionnent aussi dix livres, mais après les choix des Goncourt, Renaudot, Fémina et Médicis, la vitrine se dégarnit. Ainsi, ils avaient retenu cette année Ahmadou Kourouma qui a déjà obtenu deux prix! Amélie Nothomb, elle, figurait également sur plusieurs listes, dont la leur : heureusement pour elle, ce jeune auteur grand public n'a pas besoin du sacre des prix puisque sa dernière £uvre, La Métaphysique des tubes, a été tirée d'emblée à 280 000 exemplaires.
Les journalistes qui se lancent dans la fiction et, si possible, la poésie de l'écriture romanesque sont très nombreux en France, de même que les professeurs : ces deux professions constituent naturellement, de par leurs affinités et le prestige que conserve la littérature dans ce pays, une majorité d'auteurs. On le voit avec les premiers romans à chaque rentrée de septembre.
Ainsi, la saison des prix les plus médiatisés de l'année se termine : le crû 2000 est de qualité, avec Pascal Quignard (Grand Prix du roman de l'Académie française), Jean-Jacques Schuhl (Goncourt) et Ahmadou Kourouma (Renaudot et Goncourt des lycéens), Camille Laurens et Yann Apperry, mais surtout Jamaica Kincaid et Michael Ondaatje pour les Fémina et Renaudot. Peu après, le prix Décembre (anciennement prix Novembre, doté de 200 000 FF), créé pourà se démarquer des autres grands prix de la rentrée, est allé à Anthony Palou pour Camille, roman qui raconte des liaisons amoureuses dans les milieux estudiantins de Nantes dans les années quatre-vingt.
Dans le courant de l'hiver et au printemps, d'autres prix littéraires viendront solliciter amateurs de littérature et consommateurs de livres : en décembre, le Grand Prix national des lettres et les prix littéraires de la ville de Paris, en mars et mai, des prix décernés non plus par des jurés issus de l'édition ou la presse mais par d'autres professionnels ou bien par les lecteurs : prix des Libraires, prix des lectrices de Elle, prix du Livre Inter, prix des Maisons de la presse. Ils couronnent des auteurs souvent plus «grand public» mais aussi de qualité, comme Plilippe Delerm, Yves Simon, Claude Michelet, Patrick Modiano, Michel del Castillo, Anne Hébert, Daniel Pennac, Bernard Clavel ouà Ahmadou Kourouma.
Journaliste ou pas, le choix de l'Interallié ? La question ne devrait pas se poser puisque cette récompense a été créée en 1930 par des journalistes pour des journalistes. Si le Renaudot avait été imaginé en 1926 par des critiques littéraires pour affirmer leur choix face aux jurés du Goncourt, l'Interallié a été créé peu de temps après par un autre groupe de journalistes mécontents, ne faisant pas partie du Renaudot, et qui se sont dit : si un journaliste peut attribuer un prix, pourquoi ne pourrait-il pas en recevoir ? Logique. Aujourd'hui, les jurés journalistes ne sont plus mécontents, mais ils restent amateurs de bonne chère : le restaurant Lasserre, où ils délibèrent, n'est pas moins réputé que le Drouant, fief des Goncourt et Renaudot!
Avant PPDA, Malraux, Dutourd ou Cavanna
De fait, on trouve dans le palmarès de l'Interallié quelques exceptions, parfois glorieuses : en 1930, le premier Interallié était allé à André Malraux pour La Voie royale; il a couronné Pierre Daninos, Jean Dutourd, Michel Déon, François Cavanna ou Bernard-Henri Lévy, écrivains ou philosophes. Mais les règles sont faites pour être parfois transgressées : de par sa vocation, le Goncourt devrait révéler un romancier de qualité et inconnu. Ce n'est pas toujours le cas, loin de là. L'année dernière, l'Interallié est allé à un médecin, le Dr Jean-Christophe Rufin pour Les Causes perdues car, avait déclaré Jean-Marie Rouart, membre du jury, «l'humanitaire est une des formes de l'aventure contemporaine»; le livre de Rufin, de toutes manières, avait fait l'unanimité depuis le début de la saison, ce qui est exceptionnel.
Passant en dernier, les jurys de l'Interallié doivent en effet se livrer à une course d'obstacles : dès le début de la saison, ils sélectionnent aussi dix livres, mais après les choix des Goncourt, Renaudot, Fémina et Médicis, la vitrine se dégarnit. Ainsi, ils avaient retenu cette année Ahmadou Kourouma qui a déjà obtenu deux prix! Amélie Nothomb, elle, figurait également sur plusieurs listes, dont la leur : heureusement pour elle, ce jeune auteur grand public n'a pas besoin du sacre des prix puisque sa dernière £uvre, La Métaphysique des tubes, a été tirée d'emblée à 280 000 exemplaires.
Les journalistes qui se lancent dans la fiction et, si possible, la poésie de l'écriture romanesque sont très nombreux en France, de même que les professeurs : ces deux professions constituent naturellement, de par leurs affinités et le prestige que conserve la littérature dans ce pays, une majorité d'auteurs. On le voit avec les premiers romans à chaque rentrée de septembre.
Ainsi, la saison des prix les plus médiatisés de l'année se termine : le crû 2000 est de qualité, avec Pascal Quignard (Grand Prix du roman de l'Académie française), Jean-Jacques Schuhl (Goncourt) et Ahmadou Kourouma (Renaudot et Goncourt des lycéens), Camille Laurens et Yann Apperry, mais surtout Jamaica Kincaid et Michael Ondaatje pour les Fémina et Renaudot. Peu après, le prix Décembre (anciennement prix Novembre, doté de 200 000 FF), créé pourà se démarquer des autres grands prix de la rentrée, est allé à Anthony Palou pour Camille, roman qui raconte des liaisons amoureuses dans les milieux estudiantins de Nantes dans les années quatre-vingt.
Dans le courant de l'hiver et au printemps, d'autres prix littéraires viendront solliciter amateurs de littérature et consommateurs de livres : en décembre, le Grand Prix national des lettres et les prix littéraires de la ville de Paris, en mars et mai, des prix décernés non plus par des jurés issus de l'édition ou la presse mais par d'autres professionnels ou bien par les lecteurs : prix des Libraires, prix des lectrices de Elle, prix du Livre Inter, prix des Maisons de la presse. Ils couronnent des auteurs souvent plus «grand public» mais aussi de qualité, comme Plilippe Delerm, Yves Simon, Claude Michelet, Patrick Modiano, Michel del Castillo, Anne Hébert, Daniel Pennac, Bernard Clavel ouà Ahmadou Kourouma.
par Henriette SARRASECA
Article publié le 14/11/2000
