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Proche-Orient

L'Egypte rappelle son ambassadeur en Israël

Le président égyptien Hosni Moubarak a rappelé en consultations l'ambassadeur d'Egypte en Israël M. Mohammed Bassiouni. On précise ce mardi 21 novembre que l'ambassadeur rentrera au Caire «pour consultations». Aucune précision n'a été donnée sur la durée de ces «consultations» qui, selon une source proche des autorités égyptiennes, dureront «autant qu'il le faudra». Le ministre égyptien des Affaires étrangères, Amr Moussa, a indiqué que cette mesure avait été adoptée pour protester contre «l'agression et l'usage excessif de la force par Israël contre le peuple palestinien».
De notre correspondant en Egypte

C'est la seconde fois, depuis l'arrivée du président Moubarak au pouvoir en octobre 1981 que l'Egypte rappelle son ambassadeur à Tel-Aviv en consultations. Elle l'avait fait en 1982 à la suite de l'invasion du Liban par l'armée israélienne et les massacres dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila par les milices libanaises soutenues par l'Etat hébreu. Ce rappel en consultations avait duré quatre ans (de 1982 à 1986). En effet, même si l'Egypte a été le premier pays arabe à avoir eu des relations diplomatiques avec Israël (janvier 1980) Premier pays arabe à avoir établi des relations diplomatiques avec Israël (janvier 1980), elle n'en a pas été neutralisée pour autant. Contrairement à son prédécesseur Anouar el Sadate qui s'était brouillé avec le monde arabe, le président Moubarak a fixé une politique étrangère basée sur l'équilibre entre l'intérêt des relations avec Israël et celui des liaisons avec le monde arabe. Une politique qui a permis à l'Egypte de réintégrer en 1989 la famille arabe.

La crainte des rétorsions américaines

Avec l'élargissement du processus de paix au reste des pays arabes, l'Egypte a commencé à jouer le médiateur tout en étant acteur dans le camp arabe. Médiateur lors du sommet de Charm el-Cheikh les 16 et 17 octobre qui visait à mettre un terme à la violence entre Israéliens et Palestiniens, l'Egypte a décidé aujourd'hui de retrouver son rôle d'acteur. Un acteur qui pèse lourd du fait de ses 67 millions d'habitants, de sa puissance militaire et du soutient dont il dispose du coté des riches monarchies pétrolières du Golfe, Arabie Saoudite en tête. Le Caire a donc finalement décidé de répondre affirmativement à l'une des principales résolutions du sommet arabe qui vient de se tenir dans la capitale égyptienne : La suspension des relations avec Israël. Une décision que l'Egypte hésitait à prendre de crainte de mesures de rétorsion de la part du Congrès américain. Depuis la signature du traité de paix avec Israël en 1979, Washington accorde à l'Egypte une aide économique et militaire de deux milliards de dollars par an. Une aide votée chaque année par le Congrès. Les bombardements israéliens dans la nuit de lundi à mardi ont fourni aux responsables égyptiens le motif qui leur manquait pour adopter une décision aussi grave.

Par ailleurs, le rappel de l'ambassadeur d'Egypte permet au président Moubarak de satisfaire son opinion publique. Une écrasante majorité d'Egyptiens, des étudiants aux hommes d'affaires, réclamaient la rupture, pure et simple, des relations avec l'Etat hébreu. Le raïs vient donc de faire d'une pierre deux coups. Un risque calculé puisque le Congrès américain est pratiquement hors d'état d'agir. D'ici au retour de la politique extérieure américaine sur ses rails, Le Caire a le temps de voir venir.



par Alexandre  Buccianti

Article publié le 21/11/2000