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Etats-Unis

Le yo-yo présidentiel continue<br>

Vendredi, la Cour suprême de Floride avait ordonné une reprise des décomptes manuels en Floride, redonnant espoir aux supporters d'Al Gore. Samedi, la Cour suprême des Etats-Unis a ordonné la suspension de ces nouveaux comptages, au grand soulagement de George W. Bush. Lundi, les honorables juges, hautement politisés, devraient écouter les arguments des deux camps avant de trancher.
De notre correspondant à New York

Douche froide. Comment mieux résumer ce qui arrive aux Démocrates américains ? Vendredi, à travers tout le pays, ils laissaient exploser leur joie devant les écrans de télévision. Peu avant, ils avaient subi deux nouveaux revers devant un tribunal de Floride. Dans les comtés de Seminole et Martin, des Républicains avaient corrigé à la main plusieurs milliers de vote par correspondance. Les juges ont reconnu la manipulation. Mais ils ne l'ont pas estimée suffisamment grave pour annuler les milliers de bulletins «propres» avec lesquels ils avaient été mélangés. Consternation dans le camp Gore, qui se distendait un peu plus chaque jour, des voix s'élevant jusque dans le parti Démocrate pour demander au vice-Président de reconnaître sa défaite.
Mais moins de deux heures plus tard, la cour suprême de Floride remet le presque loser Al Gore en selle. Par quatre voix contre trois, les juges cassent la décision de leur confrère Saul Sanders. Ils créditent le vice-président de 168 voix supplémentaires provenant d'un rapide comptage manuel interrompu dans le comté de Miami Dade et portant sur des bulletins de vote imparfaitement perforés, mais laissant voir une intention claire. Et surtout, ils ordonnent le nouveau décompte immédiat de près de 10 000 de ces bulletins, dans lesquels les Démocrates ont bon espoir de trouver les 349 voix qui les séparent du bureau ovale.
L'euphorie démocrate n'a pas fait long feu. Moins de 24 heures après cette décision, la Cour suprême des Etats-Unis, saisie en appel par les avocats du candidat républicain, arrête tout. Par cinq juges contre quatre, elle ordonne la suspension des décomptes manuels jusqu'à lundi où elle prévoit d'entendre, à nouveau, les plaidoiries des deux camps. Chaque équipe disposera de 45 minutes pour exposer ses arguments. Peu de temps avant, Bill Clinton estimait : «Je crois que plus les gens penseront que le décompte des voix est exact, et plus le vainqueur, quel qu'il soit, aura de légitimité». Les juges ne l'ont pas entendu. A Tallahassee, capitale de la Floride, on interrompt le comptage selon un rituel bien établi.

L'intoxication reprend

Les Républicains rient, les Démocrates pleurent, les Américains attendent et l'intoxication reprend. Les Républicains affirment que les nouveau bulletins décomptés leur donnent un gain net de 42 voix. Les Démocrates prétendent quant à eux avoir un gain net de 58 voix. On se bat pour chaque vote dans «l'Etat du soleil», car les 25 grands électeurs qui seront nommés ici feront basculer le résultat final. Si tant est qu'ils soient nommés avant mardi, délai légal.

«Je trouve vraiment triste que l'on donne l'impression de décider d'une élection du président des Etats-Unis par des procès (...) après que le résultat de l'élection a été certifié», a estimé James Baker, l'émissaire spécial de George W Bush en Floride. Sans doute préférerait-il que la décision ultime revienne à l'Assemblée de Floride. Les parlementaires, majoritairement Républicains, se tiennent prêts à voter mercredi un texte accordant les 25 grands électeurs de Floride au candidat républicain.
En attendant, ce sont les juges de la Cour suprême de Floride qui détiennent les clés de la présidence. Dans le New York Times d'aujourd'hui, RW Apple Jr écrit : «Maintenant, nous savons. Ils sont simplement comme nous tous, séparés en leur milieu, divisés en deux groupes hostiles». Cette fois, les «sages» n'ont pas caché leurs dissensions. Le juge Scalia, chose rare, a justifié la position majoritaire dans une déclaration affirmant que Bush avait les arguments les plus convaincants. Son confrère Stevens estimait pour les dissidents que «la majorité s'écartait de trois règles vénérables de retenue de la justice». Il se pourrait bien que lundi, Georges Bush ne gagne que d'une voix : celle d'un juge.



par Philippe  Bolopion

Article publié le 10/12/2000