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Côte d''Ivoire

Le RDR joue sa survie politique

A la suite des législatives de dimanche, le FPI de Laurent Gbagbo enregistre une certaine avance sur le PDCI de Laurent Dona Fologo, en obtenant 91 sièges contre 71, alors que 8 sièges seulement restent à attribuer. Mais le PDCI pourrait renverser cette tendance lors des partielles prévues dans les jours à venir, si le RDR poursuit sa stratégie de boycottage. Une stratégie qui n'est pas étrangère à la « crise existentielle » qu'il traverse.
« Nous devons combattre pour assurer notre propre existence en tant que parti ». Henriette Dagri Diabaté, officiellement numéro 2 du RDR, en l'absence du président Alassane Ouattara, est une femme courageuse qui ne pratique pas souvent la langue de bois. Surtout lorsqu'elle doit assumer des responsabilités inattendues.

Promue de facto leader d'un parti qui dès sa naissance avait nourri beaucoup d'espoirs chez tous les réformateurs désireux de se débarrasser progressivement de l'héritage houphouëtiste, elle est aujourd'hui obligée de gérer une crise qui pourrait provoquer la marginalisation définitive d'un parti qui représente la majorité des Ivoiriens du nord. En analysant froidement les résultats des législatives du 10 décembre - que le RDR a décidé de boycotter à la suite de l'invalidation de Ouattara par la Cour suprême - elle a dit que ce scrutin n'a pas été « un échec total pour le RDR », et que « les Ivoiriens et la communauté internationale ont pu constater que le vote s'est déroulé sous la menace ». Avant d'ajouter : « Il y a beaucoup d'élections qui arrivent et nous serons présents partout ». Ce qui pourrait indiquer que le RDR participera aux élections partielles qui devraient se dérouler prochainement dans une trentaine de circonscriptions du nord, où elles n'ont pu se tenir de dimanche.

Le résultat final des élections législatives ivoiriennes dépend désormais du principal absent : le RDR. S'il décide de participer à ces partielles, il peut les remporter presque toutes, comme en 1995, et se retrouver à l'assemblée avec autant de députés. S'il opte, en revanche, pour la poursuite du boycottage, ces sièges vont très probablement être remportés par des candidats du PDCI de Laurent Dona Fologo, qui compte déjà 70 députés (auquel il faudrait ajouter une quinzaine d'indépendants issus de ses rangs). Ce qui lui donnerait la possibilité de rester le premier parti, avec une centaine de sièges, contre 91 seulement pour le FPI du président Laurent Gbagbo.

« D'une manière ou d'une autre, nous serons perdants »

Mais cette position d'arbitre « malgré lui » n'est visiblement pas des plus faciles à gérer. Car, comme l'a confié l'un de ses sympathisants : « d'une manière ou d'une autre nous serons perdants ». Le RDR a en effet fait la preuve de son incapacité à se donner une cohérence politique, notamment en matière d'élections, et semble être victime du principal reproche qui lui est fait à Abidjan: « être au service d'un seul homme », Alassane Ouattara, qui, de plus, brille souvent par son absence lorsque le parti a le plus besoin de consignes claires et de leaders déterminés et clairvoyants.

Première conséquence de cette situation, l'apparition de divisions profondes, notamment au sujet du boycottage, une arme que le RDR a souvent utilisé dans le passé, et qui ne peut satisfaire ceux qui désirent accéder au pouvoir, ne serait-ce que sur le plan local. Ainsi, un groupe de candidats, qui affirment représenter une soixantaine des candidats du parti, a osé manifester son mécontentement et a finalement défié les consignes du parti. Un seul parmi eux a été élu, à Tehini, dans le nord-est de la Côte d'Ivoire. Madame Diabaté n'a pu que regretter ce geste et dire qu'il « ne représentera par le RDR au Parlement ». Avant de préciser : « il ne faut pas vouloir participer à tout prix à des élections ou à un parlement si les règles du jeu sont faussées ». Mais il faut aussi - disent de nombreux Ivoiriens - « accepter de se soumettre aux verdict des urnes ». Un risque que le RDR n'a pas souvent assumé, même pas lorsqu'il s'agissait de se prononcer sur la nouvelle constitution qui est à l'origine de l'invalidation des candidatures de son leader. L'été dernier le RDR a voté lui aussi en faveur d'un projet constitutionnel - qui a été finalement adopté par 86% d'Ivoiriens - et depuis il ne peut raisonnablement le remettre en cause. Sous peine de laisser transparaître son incohérence.

Alassane Ouattara est sorti de son silence pour affirmer, depuis sa résidence de Mougins (Côte d'Azur) que les législatives « ne sont pas valables », en raison notamment de leur faible niveau de participation ( environ 35%). Mais il a été aussitôt contredit par des juristes ivoiriens. Le professeur Martin Bléou a tenu à rappeler que « le niveau de participation ne détermine pas juridiquement la validité d'une élection ». C'est d'ailleurs la règle qui prévaut dans la plupart des pays de la planète, à commencer par les Etats-Unis. A force de ne pas vouloir « se compter » sur le plan électoral, ni de se donner une ligne politique claire, le RDR risque de pousser ses meilleurs candidats vers d'autres partis ; mais aussi de se cantonner de plus en plus dans son « réduit nordiste ».



par Elio  Comarin

Article publié le 12/12/2000