Rechercher

/ languages

Choisir langue
 

Proche-Orient

Israël justifie les liquidations de Palestiniens

Israël, dont l'armée multiplie les liquidations de proches de Yasser Arafat, invoque son droit à l'autodéfense. Les Palestiniens parlent d'assassinats politiques.
Inaugurée du temps d'Ehoud Barak, la campagne d'assassinats ciblés contre des responsables palestiniens se poursuit sous la direction d'Ariel Sharon. Le chef du gouvernement israélien n'y met qu'une exception, Yasser Arafat lui-même. «Il ne risque rien, du moins de notre part», a récemment déclaré Ariel Sharon. Pourtant, dans la nuit de dimanche à lundi, des roquettes tirées par des hélicoptères de l'armée israélienne ont frappé des bâtiments de la police palestinienne à Gaza situés à quelques dizaines de mètres seulement des bureaux et du domicile de Yasser Arafat.

Face aux critiques internationales, y compris celles des Etats-Unis, le gouvernement israélien assume sans complexe cette stratégie de liquidation des dirigeants palestiniens. Des ministres d'extrême-droite jusqu'à Shimon Peres, tous justifient cette politique comme relevant de l'auto-défense. «Si un terroriste allume une bombe et que je le tue, c'est de la légitime défense, non? s'exclame un membre du gouvernement israélien. Et si je le tue juste avant qu'il n'allume la bombe, ce n'est plus de la légitime défense?».

Israël adopte «sous réserves» le rapport Mitchell

De même Israël multiplie les incursions militaires dans les zones contrôlées (en principe) entièrement par l'Autorité palestinienne en vertu des accords d'Oslo. A la mi-avril, le secrétaire d'Etat américain avait vertement tancé Israël qui venait de réoccuper une partie de la bande de Gaza, contraignant l'armée israélienne à un piteux retrait 24 heures plus tard. La leçon a été retenue. Désormais, chaque intervention militaire en territoire autonome est suivi d'un repli en bon ordre, une fois l'opération menée. Pour l'instant, cette tactique semble payante, du moins à l'égard de Washington dont les critiques sont exprimées sur un ton beaucoup plus conciliant que le mois dernier. En revanche, en Europe, la question d'une remise en cause des accords d'association entre l'Union et Israël est posée de plus en plus nettement par plusieurs pays nordiques et par la France, même si l'on prend soin de ne pas parler de «sanctions».

Dans ce contexte, le rapport de la Commission Mitchell peut jouer un rôle de catalyseur. Le groupe de personnalités internationales présidé par l'ancien sénateur démocrate pour établir les responsabilités sur les causes des violences n'a pas éludé le sujet. S'il ne répond pas à la demande palestinienne d'envoyer une force internationale d'observation, il critique en revanche sévèrement la politique de colonisation suivie par Israël dans les territoires occupés. Ce rapport a été bien reçu par l'administration Bush, ce qui explique que le gouvernement Sharon ne puisse se permettre de le rejeter explicitement. En fait, quelques jours après l'accord des Palestiniens, Israël vient à son tour d'adopter le rapport Mitchell, tout en formulant des réserves sur sa principale recommandation: l'appel au gel de la colonisation juive.

Aux Etats-Unis, l'administration Bush a opéré un virage significatif par rapport à sa position initiale de désengagement au Moyen-Orient. Devant la tournure prise par les événements sur le terrain et les appels de tous à un engagement plus actif des Etats-Unis au Moyen-Orient, le point de vue américain a évolué. Abou Mazen, le principal négociateur palestinien des accords d'Oslo, côté palestinien, se trouve actuellement à Washington pour y rencontrer Colin Powell. Les Palestiniens veulent y voir le signe qu'après avoir snobé Yasser Arafat depuis son arrivée au pouvoir alors qu'il a reçu aussitôt Ariel Sharon, George Bush se préparerait à accueillir à la Maison Blanche le leader palestinien, de façon à redonner aux Etats-Unis le rôle de principal parrain du processus de paix qu'ils avaient sous la présidence de Bill Clinton.



par Olivier  Da Lage

Article publié le 14/05/2001