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Affaires politico-financières

Claude l'appelle «<i>Chirac</i>»

Claude Chirac, la fille cadette du chef de l'Etat, a été entendue comme témoin, mercredi 11 juillet, sur l'affaire des billets d'avion payés en liquide. Officiellement conseillère en communication de son père, elle lui est devenue indispensable, au point que son influence déborde largement la gestion de l'image présidentielle.
Elle est sans doute la seule à pouvoir engueuler le président. A 38 ans, à la fois fille dévouée et conseillère intransigeante, Claude Chirac règne à l'Elysée, dans l'ombre, veillant sur la communication présidentielle. Rien ne lui échappe. La cravate de travers comme la caméra mal placée. Persuadée depuis longtemps que son père doit «faire jeune», elle flaire l'air du temps, observe l'évolution des m£urs. Lors du débat sur le Pacs, tandis que sa mère, Bernadette, incite le président à une ligne conservatrice, elle suggère avec succès une position plus tolérante.

Collaborant avec lui depuis plus de dix ans, elle commence par s'occuper de ses voyages, puis elle multiplie les initiatives propres à lui forger une image de rassembleur, de président moderne, proche des gens, loin du «facho-Chirac» des années 70 et 80. Elle lui ôte ses lunettes, jugées trop technocratiques. Pour ses allocutions télévisées, elle lui fait adopter le prompteur. Issue de la publicité, elle va parfois trop loin. Ainsi, lorsqu'elle transforme Jacques Chirac en fan de Madonna, posant en sweat-shirt et chaussures de tennis, baladeur sur les oreilles. Les humoristes s'en régalent.

La fille du président fuit les mondanités élyséennes

Son plus grand succès : avoir contribué à porter son père à l'Elysée, en 1995. Pendue à son téléphone portable, elle dirige l'intendance, orchestre les réunions électorales, supervise l'annonce de la candidature et prépare le débat avec Lionel Jospin. En permanence, elle est en contact avec son père, qu'elle appelle «Chirac». Après la victoire, elle fait mine de vouloir partir vivre aux Etats-Unis. Hors de question : son président de père la retient auprès de lui pour en faire, avec Jacques Pilhan, l'ancien conseiller de François Mitterrand passé à son service, la co-responsable de la cellule communication de l'Elysée.

Au fil des années, et après la mort de Pilhan en 1998, elle s'impose au point que les barons chiraquiens fulminent. Pas moyen de joindre le président sans passer par elle. Jacques Chirac n'en a cure. Sa présence, aurait-il dit un jour, «n'est pas négociable». Amour filial, complicité extrême, leurs liens sont indéfectibles. Cette mère célibataire d'un petit Martin, âgé de cinq ans, porte des tenues décontractées et fuit, autant que possible, les mondanités élyséennes. Mais en cas de coup dur, le chef de l'Etat peut compter sur elle. C'est grâce à sa fille qu'à six mois de son élection, au plus bas dans les sondages, il a trouvé la force de continuer. Aujourd'hui, alors que le «clan Chirac» est dans la tourmente des affaires, elle est plus que jamais à ses côtés, et même en première ligne, lorsqu'elle témoigne devant les juges. Dans une jungle politique où les courtisans les plus serviles peuvent changer de camp, Jacques Chirac sait qu'avec Claude, il est à l'abri d'une trahison.



par Philippe  Quillerier-Lesieur

Article publié le 12/07/2001